A la croisée des deux grandes catégories de la Déportation

Le convoi d’otages parti de Compiègne vers Auschwitz le 6 juillet 1942 occupe une place particulière dans les déportations de France. Placé sous la bannière de la croisade hitlérienne contre le "judéo-bolchevisme" et dispositif de "la politique des otages" destinée à dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs attaques contre des officiers et des troupes de l'armée d'occupation, il s’apparente par ses origines aux fusillades massives d'otages communistes et juifs de septembre 1941 à juillet 1943 et aux premiers convois de Juifs de France dirigés sur Auschwitz-Birkenau entre mars et juin 1942.

Sur les 1170 hommes (plus de mille "otages communistes" et 50 "otages juifs") qui furent immatriculés le 8 juillet 1942 à Auschwitz entre les numéros 45157 et 46326, seuls 119 restaient en vie au jour de la victoire sur le nazisme

Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi serait désormais le dernier survivant du convoi.

L’histoire de ce convoi atypique - dont les premières recherches furent entreprises en 1971 par Roger Arnould (résistant déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP) - a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » (éd. Graphein, Paris, 1997 et 2000, épuisé) qui publie le contenu de sa thèse avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) - et le livre grand public Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 (éd. Autrement, collection Mémoires, Paris, 2005, mis à jour en 2015) édité avec le soutien de la Direction du Patrimoine et de l'Histoire et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Ginette Cros, résistante de la première heure



Ginette Cros, résistante de la première heure, agrégée d’histoire et de géographie. Militante des Lycéens de Paris en 1939, militante clandestine des Etudiants communistes en 1940 avec Olivier Souef, secrétaire générale du Front Patriotique de la Jeunesse» en 1942.  Responsable des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), avec Jean Pronteau. Secrétaire générale de l'Union nationale des Etudiant patriotes. Membre du Comité directeur du Front national. Membre du Conseil National de la Résistance (CNR) où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. Responsable du périodique Le jeune patriote , créé en 1942, puis de Vaillant en 1945.  Combattante Volontaire de la Résistance.  Épouse de René Thuillier député communiste à la Libération.


Ginette, Fernande Cros est née le 26 janvier 1921, à Paris 18ème. Elle est la fille de Marguerite, Emilienne Delabre, et de Paul, Louis Cros, son époux.
Issue d’un milieu à sensibilité de gauche (son père est pacifiste (Briandiste), elle fait ses études secondaires au lycée Jules Ferry à Paris 9ème. Elle y a comme amie, depuis la classe de 5ème, Jeanne Brunschwig (1). A 15 ans, en classe de Terminale, elle reçoit l'enseignement en philosophie de Cécile Angrand, nommée dans cet établissement en 1939. Militante communiste, professeure adorée de ses élèves, celle-ci les amène à réfléchir sur la situation politique, la guerre d’Espagne en particulier, le fascisme installé en Italie et l’Allemagne et les ouvre au marxisme. Au cours de cette année, Ginette Cros lit beaucoup.
Ginette Cros rejoint le groupe des “lycéens de Paris" en 1938-1939, où elle fait la connaissance d'Olivier Souef qu'il avait contribué à créer et dont il était le secrétaire général en 1939. Elle y milite, avec son amie Jeanne Brunschwig, Pierre Daix, Jean Suret-Canale... Initialement inscrite au lycée Fénelon en hypokhâgne, elle s'inscrit au Lycée Rollin pour être plus près d’Olivier Souef que ses amis surnomment "l’Incorruptible" ou "Robespierre" (selon Marie-Elisa Cohen), et qu’elle appelle le " Bolchevik de silex".
Pendant la « drôle de guerre », Olivier Souef et Ginette Cros, se retrouvent à Rennes (Ille-et-Vilaine) où des classes de l'hypokhâgne et la khâgne du lycée Rollin ont été repliées, ainsi que celles d'Henri IV. Olivier Souef est responsable des étudiants communistes de la ville, avec Jean Suret-Canale, Ginette Cros, Pierre Daix et Jeanne Brunschwig.
La mère d’Olivier Souef est également venue à Rennes, car l’Orchestre national de France, où elle est violoniste sous la direction du chef d’orchestre Désiré-Émile Inghelbrecht, y a été replié.
Jean Sirinelli, Jean Suret-Canale, Pierre Daix
(entre eux deux) Olivier Souef et Ginette Cros
Sur une photo parue dans le livre de Pierre Daix « Dénis de Mémoire », on reconnaît de gauche à droite : Jean Sirinelli, Jean Suret-Canale, Olivier Souef et Ginette Cros dont Pierre Daix, qui est derrière eux sur la photo, écrit qu'elle est sa fiancée. Il n'y a cependant pas eu d'engagement officiel. "Je voyais beaucoup Olivier. Nous assistions aux concerts de sa mère, qui m'avait totalement adoptée" dira Ginette en 2000. Cette photo du livre de Pierre Daix est prise lors d'une sortie du groupe du Cercle Laïc au Boël, sur les hauteurs de la Vilaine, en avril 1940, à une quinzaine de kilomètres au sud de Rennes.
Sortie au Boël, collection Ginette Cros
Le cercle laïc est un "Mélange hétéroclite de carabins, PCB, juridiques, littéraires, anglicistes et khâgneux" ainsi que Ginette Cros l'écrit au dos d'une autre photo prise le même jour. Le groupe, qui agit en liaison avec des étudiants en médecine, fait de l'agitation à la Fac', édite des tracts dénonçant le caractère attentiste et impérialiste de la guerre.
Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées. Le 17 juin 1940, Rennes est bombardée. Il y a de nombreuses victimes civiles et militaires.
Olivier Souef et Ginette Cros quittent alors la ville en tandem "avec la cage à tourterelles" accrochée derrière le vélo et se réfugient dans la famille de Ginette, où ses parents l'ont précédée (interview de Ginette Cros en 2000). D'après elle, Olivier Souef, alors coupé des responsables communistes a songé un moment à partir en Angleterre. 
De retour à Paris en juillet 1940, Olivier Souef reprend ses activités à « l'Union des étudiants communistes (UEC) », et tout en travaillant comme « pion » (surveillant dans un établissement d'enseignement), poursuit ses études à la Sorbonne où il obtient une licence de lettres (histoire). 
Ginette Cros revenue à Paris «en juillet ou en août», prépare de nouveaux certificats en vue de sa licence d'Histoire à La Sorbonne (depuis Paris, elle retourne à Rennes le temps de passer l’examen pour son certificat d’études supérieures en Histoire moderne et contemporaine qui est validé le 27 novembre) et poursuit avec le groupe de l'UEC des anciens de Rennes, ses activités illégales, par un travail d’agitation des esprits, des lâchers de tracts en plein amphithéâtre. Ce qu’elle appelle «être comme le levain dans la pâte». «Au début on se réunissait - dit-elle - dans des cafés ou chez Jeanne Brunschwig ». Elle raconte ainsi l’action vengeresse d’un des membres de son groupe, Martini, étudiant en médecine, qui enveloppe un professeur pétainiste (Jean Barthélemy brillant juriste, docteur en droit, qui sera ministre de la justice et garde des sceaux dans le gouvernement de Vichy le 27 janvier 1941) d’un drapeau nazi, en plein amphithéâtre à la faculté de droit.
Après la manifestation patriotique du 11 novembre 1940, les étudiants doivent chaque jour signer un registre au commissariat de leur quartier. Plusieurs d'entre eux sont filés. Le 26 novembre 1940, alors qu’elle doit porter du matériel de propagande chez Jeanne Brunschwig, au 58 rue de la Rochefoucault (Paris 9ème), elle arrive en retard au rendez-vous et se retrouve nez à nez avec "deux flics en imperméables cachou". Apercevant Annie Crémieux, qui a déjà été fouillée, elle joue l'innocente et déclare qu’elle est venue apporter un manuel d'allemand à son amie. Elle n'est ni fouillée, ni arrêtée et, de retour chez ses parents, passe la nuit à détruire tout le matériel compromettant en sa possession. Le lendemain elle est interrogée «fort courtoisement» à la PJ par l’inspecteur Leblanc, qui se révélera par la suite un des tortionnaires des Brigades spéciales (interview de Ginette Cros, 2000). Il s'agit ici des arrestations opérées par des inspecteurs de la BS1 (brigade spéciale anticommuniste des Renseignements généraux à partir du 21 novembre 1940, «missionnés en vue d’identifier et d’appréhender les auteurs de la propagande clandestine communiste dans les milieux universitaires de la Capitale et plus particulièrement au quartier Latin, au moyen de tracts, papillons ou brochures à  tendance communiste »)
Ginette Cros travaille également comme «pionne au collège EPS (Ecole primaire supérieure, filière parallèle à la filière d’excellence des lycées) de Pantin pendant un mois et habite alors chez ses grands-parents à Saint-Ouen. Elle est alors en contact avec Bernard Gilles, Gilbert Mury, Suzanne Terret (2)... Au cours de l'année scolaire 1940-1941, Ginette Cros obtient deux autres certificats de licence d’études supérieures (Histoire du moyen âge et Histoire ancienne), tous deux validés le 8 juillet 1941. 
En zone occupée, le Parti communiste lance au début du mois de mai 1941 un appel à la constitution d'un « Front national pour l'indépendance de la France » qui naît le 15 mai 1941. Ginette Cros devient membre du « Comité national du Front national ». Dans une démarche parallèle, conduite par « l'Union des Étudiants Communistes » (UEC) est créé le 19 septembre 1941 un « Front National Etudiant » (FNE) ou « Front des étudiants patriotiques (FEP) » - autre appellation qui recouvre la même réalité -. 
Elle entre alors dans la clandestinité complète, change d’allure et d’identité
Elle doit changer d’apparence et d’identité, Elle est prise en charge financièrement par le Parti communiste clandestin. Elle reçoit ses directives de François de Lescure (pseudo Henri Germain), membre de l'Union des étudiants communistes (UEC) depuis septembre 1938, «sous-marin communiste dans les organisations légales d’étudiants», délégué de l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) depuis juillet 1940 (voir sa notice dans Le Maitron)
3 cartes d'identité de Ginette Cros
Elle détient successivement plusieurs fausses cartes d’identité : en août 1942, elle se fait appeler Simone Martin, née le 3 juillet 1920 à Rennes, domiciliée au 7 rue Champion à Maisons-Laffitte. En juin 1943, elle est Andrée Lambert, née le 7 septembre 1920 à Paris 17ème, domiciliée rue de l’université à Paris 7ème.
C’est pour elle une plongée brutale dans l’inconnu avec, pour toute première planque, un logement insalubre rue des Petits carreaux dans le quartier du Sentier. Grâce à Rose Mension (née Fuschmann, secrétaire en 1938 d'une cellule communiste du 19ème arrondissement de Paris, épouse de Robert Mension membre du triangle de direction des JC avec René Thuillier) elle dispose de planques à Colombes et à Maisons-Laffitte.
Ginette Cros assure d'importantes responsabilités clandestines dans la Résistance communiste.
René Thuillier
Ginette Cros a rencontré René Thuillier (voir sa notice biographique dans le Maitron) en 1943 à l’époque où il est membre du triangle de direction de l'Union des Jeunesses communistes clandestines de la zone Nord à partir de mars 1943, plus particulièrement chargé de l’unification des organisations de jeunesse résistantes. René Thuillier devient un de ses responsables politiques directs. Il est membre du secrétariat national du FUJP dès sa création en octobre 1943. Arrêté le 21 juillet 1944, il est torturé par la Gestapo rue des Saussaies. Il quitte la prison de la Santé le 17 août avec les 550 autres prisonniers politiques qui s’y trouvaient, les gardiens leur ayant ouvert les portes. Elle le remplace après son arrestation au sein du triangle de direction de la JC qu’il formait avec Robert Mension et Henri Kesteman.  
Bulletin du FPJ
Après l’arrestation de René Thuillier, elle est à la fois membre du triangle de direction de la « Jeunesse communiste » (JC) et secrétaire générale du FEP. Elle précise : « J'ai été assez vite chargée des jeunes du Front national, sur deux secteurs : d'abord du « Front des étudiants patriotiques », ensuite du « Front National de la Jeunesse ». C’étaient des organisations (…) qui devaient toucher les milieux de jeunes et d'étudiants par des actions de masse, en liaison avec la JC. Comme, par exemple, (la protestation) contre le port de l'étoile jaune par les Juifs. Nous avons plusieurs fois descendu le boulevard Saint-Michel en portant des étoiles de fantaisie pour montrer que les jeunes n'acceptaient pas » (interview par Jacques Varin, 14 janvier 1976) ». Elle devient membre du Comité national du Front national et en 1944 de son Comité directeur, où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. Elle est membre du CNR (Conseil national de la Résistance) créé le 27 mai 1943, où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. « C’est René (Thuillier) qui m’y avait  propulsé» dit-elle.
Au cours de réunions clandestines elle y côtoie « Xavier » (qu'elle reconnaît comme étant Georges Bidault), le pasteur protestant Henri Eberhardt, Jean Jousselin, Simonet, Jean Pronteau, Guy de Boissou...
Suivent des prises de risques inévitables. Ainsi, elle manque de peu d’être arrêtée en 1944 rue Hélène, près de La Fourche (Paris 17ème), au domicile de Juliette Renucci (dont le compagnon, Yves Pellanes était un des dirigeants des FUJP). Elle avait été suivie par des policiers des Brigades spéciales qui la filaient en se relayant. C’est la petite-fille d’une crémière de la rue Hélène qui la prévient in extremis de la présence de la police chez son amie Juliette. Elle s’enfuit par une sortie de l’immeuble donnant sur l’avenue de Clichy, et se réfugie avec sa tente de camping en forêt de Saint-Germain où elle campe plusieurs jours à côté d’une maison appartenant à des amis de ses parents. Juliette Renucci est arrêtée et internée à la caserne des Tourelles, 141 boulevard Mortier dans le 20ème. Ginette Cros la fait évader avec trois autres internées, dans une opération de commando FTP au cours de laquelle un des gardiens est tué. Juliette est alors planquée chez la grand-mère de Ginette Cros à Saint-Ouen.
papillon FUJ Marseille 1944
Ginette Cros devient secrétaire générale du « Front Patriotique de la Jeunesse » créé en 1942.  Le FPJ va fusionner en octobre 1943 avec les Forces unies de la jeunesse (FUJ) pour former les Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), dont elle est une des responsables avec Jean Pronteau (3).
Elle est également secrétaire générale de l'Union nationale des Etudiant patriotes, « secondant  Pierre Kast » selon la notice biographique du Maitron de René Thuillier par Marc Giovaninetti.
Après l’arrestation de René Thuillier, elle est à la fois membre du triangle de direction de la « Jeunesse communiste » (JC) et secrétaire générale du FEP. Elle précise : « J'ai été assez vite chargée des jeunes du Front national, sur deux secteurs : d'abord du « Front des étudiants patriotiques », ensuite du « Front National de la Jeunesse »
Collection Dominique
Thuillier-Laudijois
C’étaient des organisations (…) qui devaient toucher les milieux de jeunes et d'étudiants par des actions de masse, en liaison avec la JC. Comme, par exemple, (la protestation) contre le port de l'étoile jaune par les Juifs. Nous avons plusieurs fois descendu le boulevard Saint-Michel en portant des étoiles de fantaisie pour montrer que les jeunes n'acceptaient pas » (interview par Jacques Varin, 14 janvier 1976) ». Elle devient membre du Comité national du Front national et en 1944 de son Comité directeur, où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. Elle est membre du CNR (Conseil national de la Résistance) créé le 27 mai 1943, où elle représente le Front patriotique de la Jeunesse. « C’est René (Thuillier) qui m’y avait  propulsé» dit-elle.
Salle Wagram. Présentation des délégués du FUJP 
à la Consultative (novembre 1944).  Ginette Cros 
est au centre derrière la table.
René Thuillier est le deuxième à sa gauche
Au cours des réunions clandestines elle côtoie « Xavier » (qu'elle reconnaît comme étant Georges Bidault), le pasteur protestant Henri Eberhardt, Jean Jousselin, Simonet, Jean Pronteau, Guy de Boissou...
Elle a contribué à la création du périodique « Le jeune patriote » né en 1942 (4). 
C’est une feuille ronéotée à destination de la jeunesse. 
A la Libération, il est le journal des « Forces unies de la jeunesse patriotique » (FUJP). 
Réunion de travail au "Jeune Patriote"
Elle en anime le « brain trust » comme elle l’écrit au dos d’une photo prise. « Le jeune patriote » a son siège social au 126 rue Lafayette (le siège du Comité central puis de la Fédération de Paris du PCF est au 120). « Le journal, dont 30 numéros sont édités entre octobre 1944 et juin 1945 n'est pas spécifiquement un support de bande dessinée, mais il publie des textes illustrés évoquant la Résistance, les maquis, le colonel Fabien (…) Son faible tirage, les restrictions de papier et les réorganisations des mouvements de jeunesse patriotique et communiste provoquent une réorientation du titre et sa transformation en « Vaillant le journal le plus captivant, organe de l’UJRF » (in Wikipédia).
Une de ses fiertés est d’avoir recruté pour « Vaillant », José Cabrero Arnal, dessinateur espagnol, déporté à Mauthausen, qui contribuera au succès du journal avec Placid et Muzo, puis Pif le chien.
Ginette Cros en tête du groupe FFI à Londres.
A sa droite, avec des lunettes, Jeanne Brunschwig
A Londres salut au monument aux morts
Le 11 novembre 1944, elle défile place des Invalides à la tête de 50 jeunes filles du FUJP, avant de se rendre à Londres où elles vont défiler devant le Cénotaphe. Événement que "l'Avant-Garde" ("le journal des jeunes", édité par la Fédération des Jeunesses communistes de France") du 24 novembre 1944 relate ainsi : 200 FFI - 50 jeunes filles et 150 jeunes gens - membres des FUJP, ambassadeurs de la France en guerre reviennent d'Angleterre.


Fin 1944, Pierre Daix, déporté à Mauthausen où il a côtoyé un des rescapés du convoi du 6 juillet 1942, a acquis la certitude de la mort de son camarade Olivier Souef. 
A son retour, en 1945 il l’annonce à Ginette Cros et à son jeune frère, Claude Souef (in Dénis de Mémoire, p. 69). Elle apprendra en 1945 par un rescapé du convoi qu'il est mort sous les morsures des chiens des SS. 
Elle obtient la carte de « Combattant Volontaire de la Résistance » n° 096000, la carte de combattant n° 654.849 et est décorée de la Médaille nationale de la résistance.
« René Thuillier rédigea quelques éditoriaux pour la revue bimensuelle « Filles de France » au cours de l’année 1945. Parmi elles, Colette Jobard, encore mariée avec lui. Mais il se mit bientôt en ménage avec Ginette Cros, une des dirigeantes des étudiants communistes qu’il avait déjà connue pendant l’Occupation. Le mariage Thuillier-Jobard fut officiellement dissous en avril 1946 » (notice biographique du Maitron par Marc Giovaninetti).
Le 25 décembre 1946, Ginette Cros épouse Alfred, René Thuillier, résistant, responsable du Front uni de la jeunesse patriotique en 1943, torturé par la Gestapo rue des Saussaies, élu député de 1945 à 1941. Elle l’avait connu pendant la Résistance (Le Maitron).
Elle reprend ses études et obtient un certificat d’études supérieures de Géographie générale en juin 1948, ce qui cumulé avec ses certificats précédents obtenus en 1940 et 1941, lui permet d’accéder au grade de licenciée-es-lettres.
Elle est nommée professeur d’histoire au collège de filles de Château-Thierry (Aisne), département dont son époux est député. Puis au collège de jeunes filles à Epernay (Marne). En 1949, quoique ayant envisagé de ne pas se présenter à l’oral parce que malade, elle est reçue deuxième à l’agrégation de lettres, section histoire et géographie.
Elle fait sa rentrée en 1952 au lycée de Montgeron (Essonne), annexe mixte du lycée Henri IV, où elle remplace Madeleine Rebérioux, mutée au Lycée Marcelin Berthelot à Saint-Maur avant d’enseigner à la Sorbonne puis à Paris VIII.
Dès le début de sa carrière d’enseignante, elle a des rapports d’inspection pédagogique élogieux. Le couple Thuillier fait construire une petite maison en 1955 à Montgeron. Ils auront eu deux fils : Daniel né en août 1945, décédé 3 mois après sa naissance, François né en 1946 et une fille, Dominique, née en 1952. Le couple se séparera à l'été 1957. 
Ginette et Jeanne Brunschwig en 1969
A partir de 1955, elle passe ses vacances avec ses enfants aux Sables d’Olonne, en location, dont la première lui est indiquée par un collègue du lycée de Montgeron. Très sportive, elle fait du tennis et de la natation.
Aux Sables d'Olonne
A la retraite en 1981, Ginette Cros s’adonne à sa passion pour la photographie et les voyages. Elle en effectue de nombreux avec l’association des Professeurs d’Histoire et Géographie. Sa fille possède ses 40.000 diapositives, dûment classées, des nombreux sites visités avec son amie Françoise Corteggiani. Elle publie plusieurs ouvrages (sur le Maroc, la Sardaigne et Paris).
Ginette Cros décède subitement le 31 août 2002, à Nevez, pendant une baignade en Bretagne.

Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon
  • Note 1 : Lire sa notice biographique par Alain Dalençon, dans le Maitron.
  • Note 2 : Suzanne Terret fut arrêtée en flagrant délit en février 1943 par la police française du Ve arrondissement de Paris, rue du Pot de Fer, alors qu’elle peignait cette inscription sur un mur : "Etudiant, résiste à la déportation". Emprisonnée à la Petite Roquette (Paris), puis au camp des Tourelles (Paris) et ensuite au camp administratif de La lande Monts près de Tours (Indre-et-Loire), elle tomba malade et mourut d’épuisement le 14 août 1943, le lendemain de son transfert à l’hôpital de Tours (in Le Maitron. Notice Julian Mischi).
  • Note 3 : L’organisation regroupe les Jeunes chrétiens combattants, les jeunes de l’Organisation civile et militaire (OCM), la Fédération des jeunesses communistes de France, les jeunes du Mouvement de libération nationale (MLN), le Front patriotique de la jeunesse, l’Union des étudiants patriotiques, Sport libre, les Jeunes Paysans patriotiques, l’Union des jeunes filles de France, les Jeunes Laïcs combattants, les Jeunes Protestants patriotiques, les Jeunes Francs-tireurs et partisans (FTP).
  • Note 4 : Au comité directeur du « Jeune Patriote » : Andrée Ambroise, Julien Bertheau, Ginette Cros et Henri Rol-Tanguy. Le journal a connu deux périodes d'édition : pendant l’Occupation, de 1942 à 1944, 12 numéros sont publiés (une feuille ronéotée), numérotés de 1 à 12. Le journal sort de la clandestinité et, entre le 13 octobre 1944 et le mois de mai 1945, 30 numéros sont publiés sur les presses de l’imprimerie Seguin. Le 1er juin 1945, le numéro 31 du Jeune Patriote prend le titre de « Vaillant » avec le sous-titre « Le Jeune Patriote », toujours bimensuel, sous la bannière de l'Union de la Jeunesse Républicaine de France (UJRF). 
Sources et illustrations
  • Rencontres avec sa fille, madame Dominique Thuillier-Laudijois,  31/05 et 2/06 2019.
  • Interview audio de Ginette Cros par sa fille / 2000.
  • Photos de Ginette Cros et de René Thuillier © collection Dominique Thuillier-Laudijois.
  • « Gi » aux Sables d’Olonne.
  • Photo de la sortie au Boël, au dessus de la Vilaine, avril 1940, © Dominique Thuillier-Laudijois
  • © Photo Rennes 1940, in cahier central du livre de Pierre Daix « Dénis de Mémoire », collection Témoins, Gallimard.
  • Le Maitron (notice biographique de René Thuillier)
  • Hervé Cultru (préf. Richard Medioni), Vaillant, 1942-1969 la véritable histoire d'un journal mythiqueParisÉditions Vaillant Collector, février 2006, 286 p., relié (ISBN 2-9519925-1-3)
  • Papillon édité par les Forces unies de la Jeunesse patriotique, appelant les jeunes Marseillais à rejoindre les maquis, juin 1944. Revue de la Fondation de la France Libre, septembre 2017 - Numéro 65 page 27.

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