Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



La rafle des communistes, 28 avril 1942 à Paris


L’arrestation de Claude et Olivier Souef. Arrivée à Compiègne.

Nous reproduisons ici les premières pages des « Notes sur Royallieu » écrites par Claude Souef, interné à Compiègne d’avril à juin 1942 et qui fut par la suite cinéaste, rédacteur en chef de la revue "Ciné Club" édité par la FFCC, puis journaliste à « L’Humanité ». Il est arrêté le 28 avril 1942 avec son frère, Olivier Souef qui sera déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942.
Claudine Cardon-Hamet

28 Avril 42, à l'aube. Il fait encore nuit. Des coups contre la porte. On se lève, ma grand-mère, mon frère et moi. Mon frère s'habille en vitesse et va dans la cuisine, obscure, et qui a une sortie sur la petite entrée donnant sur le palier. A moitié habillé je vais ouvrir. Deux allemands et un inspecteur français. Ils demandent mon frère. Je dis qu'il n'est pas là, qu'il n'habite plus là, espérant que s'ils vont vers le fond de l'appartement, dans les autres pièces, mon frère pourra, par la petite entrée, gagner l'escalier et s'échapper. Après avoir jeté un regard circulaire, un allemand s'éloigne vers une chambre, mais l'autre se dirige vers la cuisine, voit mon frère et appelle son collègue. 
Olivier Souef
Le flic dit de prendre quelques vêtements à mon frère
J'essaie de calmer ma grand'mère, dans tous ses états, au bord de la crise de nerfs. Après une rapide toilette, je m'habille, quand de nouveau on frappe. Ce sont les mêmes qui reviennent. Pour moi, cette fois-ci. Sans doute ont-ils raconté que j'avais dissimulé que mon frère était là, et leur a-t-on ordonné de venir m'arrêter comme  "complice". Si mon frère est connu comme communistes ayant déjà été arrêté, moi je n'ai jamais eu de contact avec la police.
Commisariat du 7° arrondissement, rue de Grenelle, je retrouve mon frère, et d'autres, arrêtés ce jour, puis nous sommes transférés à l'Ecole Militaire. Plusieurs centaines, venant de tous les coins de Paris et de la banlieue sont parqués là, dans  une grande salle, un grand hall, tout en longueur, très haut de plafond, il me semble qu'il y avait une partie en terre battue : peut-être un endroit où un on avait mis des chevaux, un manège. Chacun a un baluchon, une petite valise, un sac à dos. Pourquoi cette rafle ? Nous supposons qu'il s'agit d'arrestations préventives, avant le 1er Mai. Nous restons là un certain temps, le temps que tous les cars de police arrivent et déversent leurs prisonniers. Nous sommes gardés par des allemands qui nous font aligner face au mur. Un des prisonniers n'obéit pas, ou n'a pas compris. Il  reçoit une poussée avec la crosse du fusil sur la tête qui l'envoie s'écraser le visage contre le mur.
Départ pour la gare du Nord. Je ne sais plus si on nous fait monter dans des camions bâchés, des cars de police ou des autobus. Arrivée Gare du Nord, rue de Dunkerque, coté bagages, là où les camions peuvent arriver dans une espèce de cour - elle n'existe plus maintenant, il me semble - qui donne directement sur les quais. Tout le long des quais des soldats armés de mitraillettes, face à un train de marchandises, le classique 40 hommes / 8chevaux. On nous fait monter dans les wagons, sans brutalités excessives, simplement des hurlements et quelques bourrades. Quand un wagon est plein on fait glisser les lourdes portes qui sont bouclées. C’est l'obscurité complète, au début. On n'est pas trop serrés, on peut bouger. Le train démarre. Par une petite ouverture grillagée, quelques trous ou fentes dans les parois de bois on essaye de voir. Ceux qui sont là à l'affût donnent des indications :"on vient de passer la gare de.. " Les commentaires commencent, les questions sur la destination. Au bout d'un certain temps, tout le monde est assis, ou presque. C'est pas la peine de rester debout. Sur le mur du wagon qui fait face au côté porte défile, obscurci, en noir et blanc, et la tête en bas, le paysage que nous traversons. Nous sommes dans une chambre noire.
Le voyage en vérité n'est pas très long. Compiègne. On déverrouille nos portes, nous sautons sur le quai, toujours entourés de soldats armés. Nous traversons une partie de la ville. Pas grand monde dans les rues. L'idée me vient et sans doute pas qu'à moi, ne serait-il pas possible de partir en courant dans une des petites rues que nous croisons ? Mais cela semble impossible, une balle vous rattrape vite. Nous traversons la campagne, nous n'empruntons pas une grande route, mais des chemins de terre. Un pied-bot est parmi nous, peu à peu il rétrograde dans les rangs et se retrouve bientôt seul à l'arrière. Un soldat armé reste à côté de lui. On arrive à Royallieu, le Frontstalag 122, d'anciens bâtiments militaires.

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