Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus.
Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi est désormais le dernier rescapé du convoi.
L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



HENRY Valère

Années 1920
Matricule "46245" à Auschwitz
 
Valère Henry est né le 20 novembre 1900 au domicile de ses parents à Auboué (Meurthe-et-Moselle) où il réside au 35 rue Cités de Coinville au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Félicie Marchal, 30 ans, sans profession et de Joseph Henry, 35 ans, machiniste, son époux.
Conscrit de la classe 1920, il est « non recensé en temps utiles par cause de force majeure » (Auboué est en territoire occupé par les troupes allemandes jusqu'à l'Armistice), Valère Henry est « pris bon pour le service armé » par la commission de réforme de Nancy le 13 mars 1919. 
Son registre matricule indique qu'il est manoeuvre, puis mineur en 1929. Il mesure 1m 64, a les yeux bleus, les cheveux blonds, le visage ovale et le nez rectiligne.
Valère Henry au 61è RAC
Il est incorporé le 15 mars 1920 au 61ème régiment d’artillerie de campagne. Il est nommé soldat de 1ère classe le 11 décembre 1921. Il est mis en disponibilité le 15 mars 1922 et se retire à Auboué « certificat de bonne conduite accordé ».
Amateur de tir sportif, il participe à des concours (il reçoit le premier prix - une montre de marque Unic - lors d'un concours de tir au revolver en novembre 1923, à Villerupt).
Le 11 décembre 1926, il épouse à Auboué Christine, Marie Colson. Le couple aura trois  filles.
Forage de la mine du Paradis
Embauché le 3 janvier 1929 comme mineur de fer à la mine du Paradis (Auboué), Valère Henry est secrétaire du syndicat des Métaux CGT dès sa fondation (le 1er août 1936) et membre de la Commission exécutive régionale des mineurs CGT. 
Il est membre du Parti communiste et diffuse l'Humanité (il est issu d'une vieille famille de militants communistes (son oncle "Emilien, ouvrier mineur, collait des tracts au fond bien avant le Front populaire" et ses neveux Maurice et Roger sont membres de JC (d'après Magrinelli, Op cité P. 198).
Il est licencié après la grève du 30 novembre 1938 avec Charles Schneider et une grande partie du conseil syndical CGT. 
Il effectue trois « périodes » militaires de quinze jours (en octobre 1928, septembre 1938 et avril 1939) au 406ème RAC.
Quoique père de 3 enfants vivants et rattaché à ce titre à la classe 1914, Valère Henry est mobilisé à la déclaration de guerre et « rappelé à l’activité » le 21 août 1939. Affecté au 402ème DCA-DAT le 22 août, il « passe » au 6ème BOA à Chalons sur Marne le 12 avril 1940. Il est démobilisé par le Centre de démobilisation d’Auboué le 5 octobre 1940.
Outre une spectaculaire action la nuit du 13 au 14 juillet 1941 (un drapeau tricolore  de 4 mètres sur 4 fixé sur un pylône installé non loin du viaduc traversant Auboué, inscriptions hostiles à Vichy, à l'Allemagne ou appelant à adhérer la Jeunesse Communiste…) la résistance communiste, délaissant les incendies de récoltes, impopulaires, effectue (entre 1940 et 1943) plusieurs actes de sabotages à Auboué recensés par la Préfecture : 3 sabotages de voie ferrée, 2 sabotages de lignes téléphoniques et 2 sabotages d’installations industrielles (in Magrinelli P. 251). Les deux neveux de Valère Henry, membres des jeunesses communistes, "voltigeurs d'Auboué" selon l'appellation de Camille Thouvenin (responsable régional du PC, arrêté le 23 juillet 1941).
C’est précisément à la suite de l’une d’elles (le 4 février : Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942) que  Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages. 

Valère Henry est arrêté par des Feldgendarmen, le 7 février 1942, en même temps que Louis BresolinArsène DautréauxRené FavroMaurice Froment, Valère HenryCharles Mary, Jean Pérot, Primo Pasquini (1), Joseph Schneider, Serge Schneider et Emile Tunési.
Serge Schneider est le fils de Joseph Schneider. Jeune communiste, il raconte leur arrestation : "Etant encore à table avec mes deux camarades (Favro et Froment), nous avons été emmenés tous les trois dans la prison de la gendarmerie d’Auboué, puis le lendemain avons été transférés à la prison de Briey". " Le 7 février un car nous attendait à la porte de la prison de Briey avec 16 camarades, dont mon père qui avaient été arrêté le matin. Une douzaine de « feldgendarmes » nous entouraient pour nous conduire à la prison de Nancy. Mon père fut mis directement au secret, le reste de la troupe a été séparé en deux groupes pour occuper deux cellules".   

Valère Henry est incarcéré à la prison Charles III de Nancy, puis remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 2 mars 1942, en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Valère Henry est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46245 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Valère Henry meurt à Auschwitz le 28 juillet 1942 selon les registres du camp (et non le 15 juin 1943 comme indiqué sur son registre militaire, repris par Le Maitron). Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz..

La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 21-06-1994).
Il est homologué "Déporté politique" au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Chaque année, une cérémonie a lieu en mémoire des 

FTP du groupe Mario, déportés et fusillés à la suite 
du sabotage du transformateur d'Auboué.

Alfred Rossolini, FNDIRP

Son nom est gravé sur la stèle en "Hommage aux Francs-tireurs Partisans Français d'Auboué, morts aux camps de déportation d'Auschwitz (Maurice Froment, Valère Henry, Charles Mary, Emile Tunési, René Favro, Joseph Schneider) et Oaranienbourg (Génaro Nanini, Wladislaw Koziol, Dario Mériggiola), située en bas à gauche du monument « Auboué à ses glorieux Fusillés Francs-Tireurs Partisans Français" - Square Jean Moulin près du vieux cimetière. Relevé Bernard Butet.

Sources
  • Témoignage de sa fille, Mme Georgette Thomas (1990).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 31, page 300.
  • Arch. Départementales 10 M 103 - "Le Réveil ouvrier".
  • Section des déportés, internés, familles de fusillés d'Auboué : M. Corziani (mars 1991)
  • " Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli)
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Etat civil de Meurthe et Moselle et Registres matricules militaires du canton de Briey.
  • L'Est Républicain du 21 novembre 1923, p.4.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997,
salle Pablo Picasso à Homécourt

Auboué : Le Républicain Lorrain 28/ 02 /2002


Notice biographique rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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