Le convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie de la politique de terreur ordonnée par Hitler à partir de septembre 1941 dans les pays occupés d'Europe de l'Ouest, et caractérisée par des fusillades et des déportations d'otages.
L'objectif recherché était de tenter de dissuader les dirigeants et les résistants communistes, prétendument inspirés par le "judéo-bolchevisme", de poursuivre leurs premières actions armées contre des officiers et des soldats de l'armée d'occupation.

Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz dans la série des 45 000 et des 46 000 le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus.
Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi est désormais le dernier rescapé du convoi.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent entreprises en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en avril 1995. Elle est l'auteur de deux livres "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000»", éditions Graphein, Paris, 1997 et 2000, publiant le contenu de sa thèse et d'une édition allégée "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942", éditions "Autrement", Paris, 2005 et 2015.

Une famille décimée


Agathe Novak-Lechevalier, petite fille de Moïse Nowak, déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942, m’a envoyé ce courriel en juin 2014, qui témoigne pour toute une famille de résistants du Calvados décimée par les nazis, comme l’ont été des dizaines d’autres familles de « 45000 ».

« Ma famille a été décimée pendant la guerre : Moïse Novak (*), que vous connaissez, a donc été déporté ; et du côté de ma grand-mère Simone Lelièvre, la femme de Jean Novak, beaucoup d’hommes ont aussi disparu :  son père, Louis Lelièvre, secrétaire de mairie de Douvres la Délivrande, qui distribuait des faux papiers, a été lui aussi déporté ;  
Alexis Lelièvre
le frère de Simone, Alexis Lelièvre, ainsi que son oncle, 
Anatole Lelièvre
Anatole Lelièvre, qui étaient eux aussi résistants, visiblement très engagés, ont tous les deux été arrêtés, détenus à la prison de Caen, et fusillés le jour même du débarquement - ainsi que l’a été aussi mon arrière-grand-père paternel, Louis Lechevalier. 
Louis Lechevalier

C’est à la suite des dernières commémorations du 6 juin que j’ai éprouvé le besoin de chercher les noms de chacun sur internet pour trouver des informations - le deuil a été si lourd dans toute ma famille que le silence a longtemps prévalu , et que, même si je suis chaque année depuis mon enfance présente aux cérémonies qui concernent les déportés ou les fusillés de la prison, je n’avais que peu de renseignements (en dehors de ceux que j’avais obtenus sur Moïse, justement, parce que je m’étais battue il y a quelques années pour qu’il soit inscrit sur le mur du Mémorial de la Shoah, où il n’apparaissait pas).
Et vous ne pouvez pas imaginer quel soulagement intérieur a pu être le mien - je ne peux pas parler de joie, parce que tout cela est trop dramatique, mais vraiment d’un soulagement très profond - lorsque j’ai vu, pour chacun, apparaître quelques lignes où leur histoire était racontée ; et sur votre site en particulier la biographie de Moïse Novak ».
Dessin de Franz Reisz
(*) Moïse Novak est arrêté le 1er mai 1942, par la police française : il figure sur la liste des Juifs arrêtés le 1er mai 1942 (120 otages « communistes et Juifs ») établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands). Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire l'article du blog « le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados »
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Jean Quellien, " Alexis Lelièvre ", in CD-ROM La Résistance dans le Calvados, AERI, 2004
  • Photo Louis Lechevallier © sgmcaen.free.fr/resistance/girault-jean.htm
  • Photo Anatole Lelièvre © Collection Résistance et Mémoire

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