Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



Raymond Montégut : écrire notre histoire…


Nous n’oublions pas, vous n’oublierez pas !

Dans une lettre qu’il adresse le 24 septembre 1974 à son camarade Hadrien Humbert, Raymond Montégut  réfléchit sur l’histoire commune à tous les déportés de leur convoi à Auschwitz. Cette lettre est symbolique de ce qu’ont dit ou écrit la plupart des rescapés qui se sont exprimés sur ce sujet.

« Cher Humbert. J’ai reçu et lu avec émotion ta lettre du 18-9-74. Tu me narres ton odyssée. Elle est, elle aussi, unique, mais nous avons chacun notre histoire, nous les heureux rescapés. L’écrire ce n’est pas facile. Certes, il y eut parmi nous les grands, par le courage, par la volonté de vivre, par l’action qui les animait, au milieu de cette multitude de désespérés. Créant la solidarité par la bouchée de pain durant l’hiver 42-43, chantant dans les greniers pour le Noël 42-43, sans rien dans le ventre, pour encourager et voir sourire ses camarades. Oui, il y eut parmi nous des grands par le courage, par la volonté de vivre, par l’espoir qui les animait dans le résultat final, fut-il lointain, au milieu de cette multitude de désespérés.
Des grands ? Des chanceux devrais-je dire - car le Kommando donnait la vie ou la mort !
Est-ce à dire que les autres furent des petits ? Les autres ? 

Les derniers tziganes
Ils sont morts de faim, d’épuisement, de maladie, de la soif, d’une balle tirée par un SS faisant de l’homme une cible, un carton, gazés parce que maigres, parce que « musulmans » comme les appelaient les bourreaux SS, suicidés et suppliciés. Ils sont des millions ! Bébés au berceau, des enfants marchant à peine, des adolescents que les bourreaux faisaient travailler jusqu’à l’épuisement, vieux papas, vieilles mamans, femmes enceintes, et les infirmes, tous étaient voués à la mort.
Leurs histoires, à eux ? C’est ce génocide sans précédent dans l’histoire de notre humanité. 
Leurs crimes ? Ce fut d’être des israélites, de croire au communisme, au socialisme. D’autres encore parce que démocrates, parce que chrétiens, parce qu’aussi luttant pour leur indépendance et voulant rester des hommes libres.
Tous ces êtres, toutes ces victimes ont une histoire mon cher Humbert. Une histoire immortelle, parce que tous sont des martyrs ! Ce sont eux qui stigmatisent par leur mort le racisme, la dictature d’un état ou d’un homme. Leur mort est une offrande à la liberté et un enseignement à la fraternité.
Ecrire notre histoire, nous les survivants, les rescapés, les miraculés, les chanceux. Dire nos souffrances, mais aussi notre déchéance morale et physique dans ces camps d’extermination sadique, massive, méthodique, scientifique ! C’est faire preuve de courage, mais c’est surtout dire au monde : nous n’oublions pas, vous n’oublierez pas ! ».
Raymond Montégut
Matricule 45.892

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