Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus.
Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi est désormais le dernier rescapé du convoi.
L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



Le 8 juillet 1942 : tonte, désinfection, « paquetage » et « visite médicale ».


Ces témoignages viennent en complément de l’article du blog : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.

Marcel Cimier  8 juillet 1942 Photo restaurée
Dans le Block 27, les arrivants doivent se dévêtir totalement. Puis ils sont tondus, cheveux et poils. Marcel Cimier (1) écrit : «Nous étions tous méconnaissables, nous avions bien de vraies touches de bagnards». Ils reprennent ensuite la file devant le Block 26 pour la désinfection. Ils entrent par dix dans une petite salle. (…) Puis, ils subissent un simulacre de visite médicale : on se borne à leur demander s’ils sont malades, s’ils ont eu la malaria ou une maladie contagieuse (2).
On leur examine la bouche. (…) Ensuite, ils sont passés à la toise et pesés. Sous la menace de nouveaux coups, ils doivent enfiler des tenues rayées dont certaines avaient déjà été portées.

E. Michel après la Libération
Emmanuel Michel (3) se souvient : «Nous recevons un pantalon, une veste rayée bleu et blanc, une chemise crasseuse (...). Nos nouveaux vêtements sont maculés de taches rougeâtres et noires et (...) nous tentons de chasser de notre esprit la pensée que ces vêtements sont rouges et noirs du sang de nos prédécesseurs martyrisés».
Crânes rasés, barbes mangeant leurs visages et leur donnant un air terrible, ils sont ensuite photographiés, derrière une plaque indiquant BV-F (criminel professionnel - Berufsverbrecher français), y compris ceux de nationalité étrangère.
Dehors, attendant leur tour, d’autres voient circuler des véhicules chargés de corps sans vie. 

Adrien Humbert
Adrien Humbert écrit (4) : « Pour la première fois, je vis passer une grande charrette de cadavres (...) jetés pêle-mêle. Je ne pus les compter ; il y en avait trop. J’étais effrayé car je n’avais jamais rien vu de si affreux. Tous ces cadavres nus avaient l’air d’enfants squelettiques, avec des membres virils qui paraissaient énormes. Les genoux avaient l’air de grosses boules. Les hanches et les épaules ressemblaient à des portemanteaux ».

Notes

1 - Marcel Cimier, Cahier, p.17. «Cahiers de mémoire : Déportés du Calvados », 1995. Extraits du Cahier rédigé à partir de 1957-1958 par Marcel Cimier (page 96 à 98). Ouvrage publié par le Conseil général du Calvados (direction des archives départementales). Les extraits publiés dans «Mille otages pour Auschwitz» pages 268 et 269 sont légèrement différents, tirés du manuscrit lui-même.
2 - La tonte, la désinfection et la douche avaient pour but d’empêcher la pénétration, dans le camp, des maladies contagieuses. Le 1er juillet 1942, le premier cas de typhus était déclaré.
3 - Emmanuel Michel, Auschwitz, antre du crime et du sadisme, Éd. Clairefontaine, Deauville, 1946, p. 18.
4 - Adrien Humbert, Cahier, p. 6.

Claudine Cardon-Hamet
in « Mille Otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », éditions Graphein, réed. 2000, pages 25/26, épuisé.

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