Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus.
Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi est désormais le dernier rescapé du convoi.
L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



Des causes de décès fictives

Registre des actes de décès

Après la mort d’un détenu immatriculé au camp d’Auschwitz, un certificat de décès était rempli pour le bureau d’état-civil d’Auschwitz. 
L'état civil du camp établissait 2 copies (les «Zweitbücher») dont l'une était destinée à l'administration centrale de la SS à Berlin et l'autre était classée à Auschwitz même (on a retrouvé dans les archives de Moscou, les 46 volumes emportés par les troupes soviétiques en janvier 1945).
Agrandissement du "certificat de décès" de Georges Varenne 
Lorsque l’on examine ces registres, on constate que les mentions portées sur le certificat de décès, sont répétitives : par exemple «Kachexie bei Darmkatarrh» (cachexie par entérite), «Schwäche des Herzmuskels» (faiblesse du muscle cardiaque ou «Schwaches Herz und Fleckfieber » (faiblesse cardiaque et typhus), "Urämie" (urémie).  
Grâce au témoignage d’une des déportées employée à l’état civil d’Auschwitz, on sait que ces mentions sont fictives : les détenus avaient ordre d’indiquer une cause naturelle choisie au hasard sur une liste de maladies.
Nous avons une illustration de ces falsifications avec les cent quarante-huit déportés du convoi du 6 juillet déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 (ce même jour un nombre important d’autres détenus du camp sont déclarés décédés à ces mêmes dates). 
D’après les témoignages des rescapés qui connaissaient bien certains d’entre eux, ces «45000» ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» dans le camp des «inaptes au travail».
Mort par piqûre de phénol
L’historienne polonaise Héléna Kubica a minutieusement relevé ces falsifications sur les actes de décès dans son étude sur la mort officielle pour cause de «pneumonie bilatérale» d’enfants polonais. En comparant les actes de décès avec les mentions portées sur les registres de la morgue par la Résistance du camp, elle montre qu’ils ont en fait été tués par injection d’une piqûre de phénol dans le cœur (ci-contre une photographie du livre de la morgue où j'ai entouré le numéro matricule de François Gauthier). En accolade on lit le mot polonais “spizla” (seringue),  in Death books from Auschwitz).
Héléna Kubica explique également comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz».

Claudine Cardon-Hamet

Lire également dans le blog : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz., ainsi que l’article du «Patriote Résistant» de mars 2011 Mention « Mort en déportation » et dates de décès

Sources
  • Helena Kubica : “Polish children and young people” p. 206, et “Methods and types of treatment”, p. 318 in“Auschwitz 1940-1945”, tome 2. Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau 2000.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). Tome 1.

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