Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



LE FRANC Robert, Charles, Gabriel




Robert Le Franc est né le 27 juin 1898 à Rouen (Seine-Maritime), il habite 84 rue d'Ecosse à Dieppe (Seine-Inférieure / Seine Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Clémence Cavoret, 25 ans, employée des PTT et de Vincent, Paterne Le Franc, 29 ans, employé au tramway, son époux. Ses parents habitent à Cailly.
Conscrit de la classe 1918,  Robert Le Franc est mobilisé pendant la guerre par anticipation en 1917, comme tous les conscrits de sa classe. Il est incorporé le 17 avril 1917. Il arrive au 1er dépôt des équipages de la flotte le 20 comme matelot de  3ème classe. Il est apprenti marin sans spécialité (16 avril 1917).
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m74, qu’il a les yeux gris et les cheveux châtain et qu’il possède un niveau d’instruction classé 3 (possède une instruction primaire développée).
Après trois années de service, il est renvoyé dans ses foyers le 16 avril 1920. Classé dans la Réserve au titre des équipages de la flotte, il est versé dans la réserve de l’armée de terre en 1931.
Le usines Couaillet frères
Il se retire au Bout d’Amont à Saint-Nicolas d’Aliermont.
Le 20 septembre 1920, à Saint-Nicolas-d'Aliermont, il épouse Denise Decaux, horlogère et militante communiste. Le couple a un fils, Gabriel.
Robert Le Franc est dans l'horlogerie comme son père. Il travaille comme ajusteur dans une usine d’horlogerie à Saint-Nicolas-d'Aliermont à 12 km de Dieppe, à l'usine Couaillet frères, haut lieu du savoir-faire horloger de précision du début du 18ème siècle à nos jours. 
Il est secrétaire du syndicat CGT des métaux de Dieppe.
1936. l'UL CGT de Dieppe
Robert Le Franc est membre du Parti communiste, il est élu conseiller municipal de Saint-Nicolas-d'Aliermont, de mai 1935 à mai 1940.
Il a été classé par l’armée au titre de la Réserve comme « Affecté spécial » en 1938. Au moment de la mobilisation générale, il reste donc à son poste de travail. Il habite Dieppe au 84 rue d'Ecosse le 20 juin 1939.
Mais il est rayé de l’Affectation spéciale par mesure disciplinaire (Décret ministériel 666 1/2 du 8 mars 1940) et dirigé sur le dépôt d’infanterie 33 de Cherbourg. Il y arrive le 15 mars 1940. 
Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. A partir de 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet René Bouffet réclame aux services de police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps - outre l’état civil, l’adresse et le métier - d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression. 
Pendant l’Occupation,  il est arrêté en raison de ses activités politiques passées. 
Après avoir été écroué dans les cachots du Palais de justice de Rouen, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). En comparant son numéro d’immatriculation à Compiègne (1402) avec celui des militants communistes de Dieppe et d’Eu portant des numéros voisins (Arpajou (1) 1439, Delestre 1440 et Ducroc 1404), on peut considérer qu’il a probablement été arrêté entre le 26 juin et le 17 juillet 1941
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Robert Le Franc est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Les barbelés d'Auschwitz © Claudine Cardon-Hamet
Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45765 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Robert Le Franc meurt à Auschwitz, le 29 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 302 à « Franc Le, Robert »). L’acte de décès transmis le 7 mai 1947 par le ministère des anciens combattants à l’état civil de Dieppe porte la date du 9 octobre 1942. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

A la Libération, la première réunion de l’Union locale des syndicats de Dieppe (le 16 octobre 1944) est placée sous la présidence d’honneur de Robert Arpajou, ancien secrétaire de l’UL, déporté et mort à Sachsenhausen. Joseph Hertel, lui-même interné pendant 38 mois (il est élu député en octobre 1945) rend hommage à Charles Delaby (des Marins), Jacques Delestre (des Dockers),  Robert Lefranc (des Métaux), Jules Mettay (des Produits chimiques).
Il a été déclaré «Mort pour la France» le 5 juin 1957. Son nom figure sur le monument aux morts (déportés, fusillés) de Dieppe. Une rue de Saint-Nicolas-d'Aliermont honore sa mémoire.
Mémorial PCF Rouen 
© Thierry Prunier 
/ Mémorial Genweb
Son nom est honoré sur le monument commémoratif du PCF, dans la cour de la fédération du P.C.F. au 33 place Général de Gaulle à Rouen, "- Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l' ESPOIR et le Désespoir".
Robert Arpajou
  • Note 1 : Robert Arpajou, né le 29 juin 1886 à Maureillas (66). Secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Dieppe. Il est arrêté le 26 juin à Dieppe. Il reçoit au camp de Compiègne le numéro 1439. Il est déporté à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943. Il y meurt le 6 avril de la même année.
Sources
  • Courrier de Charles Pieters, adjoint au maire de Dieppe, président de la FNDIRP à Roger Arnould (10 août 1979).
  • M. Henri Ayache, maire de Saint-Nicolas-d'Aliermont, lettre du 17 juin 1992 (acte de naissance et acte de décès).
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (page 125 et annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime (page 6).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site internet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine Maritime.
  • © Archives en ligne de Seine-Maritime. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • Usines Couaillet © Musée de l'Horlogerie de Saint-Nicolas d'Aliermont 
Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire vive » sur les “45000” et les “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2015 et 2018. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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