Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



GOHE Marcel Victorien



Marcel Gohé © Jaky Gohé DR
Matricule "45615" à Auschwitz


Marcel Gohé est né le 11 février 1892 à Condé-sur-Noireau (Calvados). 
Marcel Gohé est domicilié à Darnétal (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Céline Poix, 35 ans, femme de ménage, et de Ferdinand Gohé, 35 ans teinturier, son époux. Il a deux frères aînés, Georges, né en 1880 et Robert, né en 1889.
Conscrit de la classe 1912, Marcel Gohé est exempté de service militaire en 1913 pour «défaut de taille» (il mesure 1 m 49). Il ne sera pas mobilisé lors de la mobilisation générale de 1914, et le 3 avril 1917, la commission de réforme de la Seine-Inférieure le maintien exempté pour « faiblesse générale ». 
Il est manutentionnaire d'entretien à la Réglisserie Risser, Gundill et Lévy.
Marcel et Henriette Gohé
Il s’est marié le 8 mars 1913 avec Henriette Plaisant à la mairie de Saint Léger du Bourg Denis. Le couple a deux filles et deux fils.
Selon un de ses fils, Rémy né en 1924, il n’est pas communiste, mais est un résistant.
Les troupes allemandes entrent dans Rouen le dimanche 9 juin 1940. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen et des Kreiskommandanturen à Dieppe, Forges-les-Eaux, Le Havre et Rouen. A partir de 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes
Marcel Gohé est arrêté le 20 octobre (Paul Le Goupil) ou le 22 octobre 1941 (fiche au DAVCC), « comme communiste». Marcel Genvrin, habitant lui aussi Darnétal et qui sera déporté avec lui, est arrêté le 21 octobre. Ces arrestations sont ordonnées par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et le 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Marcel Gohé est interné à Compiègne le 25 octobre 1941. A Compiègne, il reçoit le numéro matricule 2008. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Marcel Gohé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est immatriculé à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule «45615 ». Son petit fils a reconnu son visage dans la photo d'immatriculation du déporté "45.615". 
Cette photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Marcel Gohé meurt à Birkenau, le 22 octobre 1942 d’après le registre d’état civil du camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 358).
Il a été déclaré «Mort pour la France» et le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 8 décembre 1993.
Son nom figure sur la plaque commémorative inaugurée pour le 40ème anniversaire de la Libération des Camps, qui a été apposée sur le mur de la mairie de Darnétal
Son nom est également inscrit sur la stèle commémorative dans le cimetière communal de la ville.
Son beau frère, Charles Plaisant, déporté à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943, est mort pendant les évacuations en 1945.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Courrier du maire de Darnétal, J.C. Pezler, le 5 mai 1992.
  • Entretien téléphonique avec Rémy Gohé, ancien résistant, ancien combattant 1939-1945, ancien du 7ème bataillon de marche de Normandie (le 12 juin 1992). Il est décédé le 22 décembre 2009.
  • Remerciements à son petit fils, Jacky Gohé, fils de Rémy Gohé, qui a reconnu le visage de son grand père dans la photo d'immatriculation à Auschwitz (juillet 2012) et qui m'a envoyé la photo de ses grands parents.
  • Courrier de Paul Le Goupil, instituteur à Valcanville (Manche). Résistant, il est arrêté le 13 avril 1943. Il sera déporté à Auschwitz. Auteur de "La route des crématoires" aux éditions "L'Amitié par le Livre". Il continue à faire des recherches sur la résistance et la déportation.
  • Témoignages de Lucien Penner, Henri Peiffer, Eugène Garnier.
  • © Archives en ligne du Calvados, Condé-sur-Noireau.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en janvier 1992.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb (relevé Jean Mamez).
Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2000 pour l’exposition de Rouen de l’association « Mémoire vive » sur les “45000” et les “31000” de Seine-Maritime, complétée en 2006, 2011, 2015 et 2018. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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