Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



LAISNE Edmond


Matricule "45716" à Auschwitz

Edmond Laisné est né le 18 novembre 1913, à Valognes (Manche). 
Il est le fils de Jeanne Pesnel, couturière et d’Edmond, Charles, Auguste Laisné, cordonnier, son mari. Son père, conscrit de la classe 1899 est exempté de service militaire à cette date. Mais il est rappelé lors de la mobilisation générale de 1914. Classé service auxiliaire au 136è RI, comme cordonnier, il sera réformé en 1916 pour tuberculose pulmonaire ouverte. La commission de réforme l’impute au service en 1917. Il meurt à Valognes le 11 novembre 1918. Son fils sera de ce fait pupille de la Nation.
Célibataire, Edmond Laisné travaille comme ouvrier peintre en bâtiment et est domicilié à Octeville (Manche) au "Restaurant Raoul", rue Berthelot. 
Avant son départ comme volontaire dans les Brigades internationales, il est domicilié 19 Rue de l’Hôtel-Dieu à Valognes (Manche). 
Edmond Laisné travaille chez « Le Barbanchon » à Cherbourg (une entreprise familiale de peinture fondée en 1924 qui exista jusqu'en 2017), puis il est embauché dans l’entreprise artisanale de Louis Lacroix à Valognes.
En août 1936, Edmond Laisné adhère au syndicat CGT du Bâtiment, et devient secrétaire du syndicat du Bâtiment de Valognes.
Conscrit de la classe 1933, il effectue un an de service militaire au 4ème groupe du 404è RADCA (régiment d’artillerie de défense contre avions), stationné à Chartres).
En avril 1937, il adhère au Parti communiste à Valognes, parrainé par Bailly secrétaire du rayon de Cherbourg. Il devient trésorier de la cellule de Valognes, avec Frédéric Anne (adhérent en 1937 secrétaire de cellule-adjoint et secrétaire-adjoint du syndicat CGT du Bâtiment de Valognes).
Pendant la guerre civile Espagnole, Edmond Laisné s’engage dans les Brigades internationales.
Il arrive en Espagne le 21 décembre 1937, quatre jours avant son camarade Frédéric Anne qui arrive le 25 décembre 1937 (1). Il est incorporé à la 3è compagnie du bataillon de renfort, au centre d’instruction militaire de Villanueva de la Jara, puis il est affecté en février 1938 au 4è bataillon (le bataillon Pierre Brachet, un bataillon franco-belge) de la 14è brigade (dite la « Marseillaise », la "Marsellesa"). Un autre militant communiste Ernest Gourrichon, qui sera comme lui déporté à Auschwitz, est dans ce  même bataillon.
La 14è Brigade est engagée à Caspe, Calaceite, Caseres. Le 18 mars, la 14è Brigade couvre les Brigades Internationales qui traversèrent l'Ebre près de Tortosa. Dans la nuit du 24 au 25 juillet 1938, la 14è Brigade commence la traversée de l'Ebre. 
La traversée de l'Ebre juillet 1938
Il participe à l’offensive républicaine du passage de l’Ebre, le 28 juillet 1938 et jusqu’en septembre. A la fin de juillet 1938, la "Marsellesa" difficilement reconstituée, retraverse l'Ebre à Mora pour se diriger dans la Sierra de Pandols afin de soutenir la 45è Division. Elle y reste jusqu'au 23 septembre, où elle conclut son intervention avec une contre-attaque au Coll del Cosso. Ce jour là, tous les brigadistes sont retirés du front et rentrent progressivement dans leurs pays (excepté les allemands, italiens et hongrois). Un autre « 45000 » est également dans le même secteur, et aux mêmes dates qu’Edmond Laisné. Il s’agit de Paul Brun, commissaire politique de la 4è compagnie.

Le 21 novembre 1938, Edmond Laisné remplit le questionnaire de rapatriement.
Il est arrêté le 9 septembre 1941 à Cherbourg (Manche) en tant que : "suspect - a combattu dans les brigades internationales en Espagne".

Il est interné à la prison maritime de Cherbourg du 10 septembre 1941 au 29 octobre 1941, à la prison de St-Lô du 29 octobre 1941 au 30 octobre 1941, transféré le 30 octobre 1941 à la demande des autorités allemandes. Qui l’internent le 30 octobre 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule "2137". Son nom figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel. 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et«une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Edmond Laisné est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le part)i communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Entrée du Camp d'Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45716" selon la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz.
Il n’y a pas de dossier au BAVCC le concernant (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains, Ministère de la Défense, Caen). Il n'est pas reconnu officiellement comme "Mort en déportation".


  • Note 1 : Frédéric Anne : Caporal chef de pièce dans la compagnie de mitrailleuses du bataillon "Henri-Barbusse" de la 14e Brigade (la Marseillaise), il fut blessé. Il rentra en France le 12 novembre 1938) : Le Maitron, Arch. AVER (liste de rapatriés : Cherbourg, Manche). - Arch. RGASPI, Moscou, 545/6 ; RGASPI 545.6.1038 liste des Brigadistes français en Espagne républicaine ; RGASPI 545.6.44.
Sources
  • Comité d'Histoire de la Deuxième Guerre mondiale de la Manche, correspondant Marcel Leclerc (AD 50 - 129 J) relevé par Arnaud Boulligny.
  • Liste de recensement des communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922 et aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC. IV-98).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Le Maitron, Edmond Laisné, notice de Daniel Grason. Dossiers des brigades internationales dans les archives du Komintern, fonds du Centre russe pour la conservation des archives en histoire politique et sociale (RGASPI), Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), campus de l’Université de Paris X-Nanterre, microfilms acquis par la BDIC et l’AVER-ACER, bobine cote Mfm 880/21. 
Biographie rédigée en 2011, complétée en 2018, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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