Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



CORNE Henri


Matricule 45210 à Auschwitz

Henri Corne est né le 15 septembre 1897 à Vesoul (Haute-Saône).
Il est le fils de Louise Flousey, 16 ans, sans profession et de Louis Corne, 24 ans menuisier, domiciliés au 27 rue de la Tuilerie à Vesoul. 
Il habite 53 rue Grosjean prolongée à Vesoul au moment de son arrestation.
Lors du conseil de révision, Henri Corne habite à Vesoul. Il y travaille comme menuisier. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 63, pèse 60 kg, a les cheveux brun clair, les yeux gris-brun, le front couvert, le nez et le visage ovale. Il a des taches de rousseur et une fossette au menton.
Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
1915, deuxième groupe d'aviation (wikipédia)
Conscrit de la classe 1917, il s’engage volontairement pour la durée de la guerre le 12 juillet 1915 au 2ème groupe d’aviation. Après avoir combattu sur le front du Nord et du Nord Est, il est affecté au 22ème régiment d’aviation de bombardement. Engagé avec l'armée d'Orient le 27 octobre 1916, il passe au 3ème groupe d’aviation le 1er janvier 1917, et au 1er groupe d’aviation  (1er groupe d’ouvriers d’aviation) le 28 août 1919.
Il est mis en congé illimité de démobilisation le 22 septembre 1919.
En mai 1920, il habite au 184 avenue du Président Wilson à la Plaine Saint-Denis.
Henri Corne se marie le 12 novembre 1921 à Vesoul, avec Madeleine Germaine Houriez. Il habitent à Juniville (Ardennes) en mai 1922 puis au 21 rue d’Isly à Lille en juin.
En avril 1927, le couple déménage à Vesoul, place du Champ de foire. Le 21 mai 1930, il épouse Germaine, Jeanne, Antoinette Dravigueynée en 1895 à Saint-Germain en Haute-Saône.
En février 1938, le couple a déménagé 53 rue Grosjean prolongée à Vesoul.
Henri Corne y est artisan menuisier, associé à Jean Didier (lui aussi militant communiste, qui sera arrêté en même temps qu’Henri Corne). 
L'Humanité du 11 septembre 1934
Henri Corne anime la cellule de Vesoul du Parti communiste avec Pierre Cordier, chiffonnier. « Il fut le candidat du PC à l’élection cantonale d’octobre 1934 dans le canton de Port-sur-Saône » (Le Maîtron). Le Radical socialiste Liautey est élu dès le premier tour.

Le 24 septembre 1938, lors de la crise des Sudètes, il est « rappelé à l’activité » en application de l’article 40 de la loi du 31 mars 1928, et affecté au 78e Régiment régional, centre de mobilisation de cavalerie n° 7. Henri Corne est renvoyé dans ses foyers le 8 octobre.
Henri Corne est mobilisé le 24 août 1939 au 78ème régiment régional (dépôt de cavalerie n°7). 
Après l’armistice du 22 juin 1940, la Haute-Marne est coupée en deux par la ligne de démarcation. Une partie du département est en « zone interdite » (le retour des réfugiés ne pouvait s’y faire), et pour les nazis, elle est destinée à devenir une zone de peuplement allemand (un retour à la Lotharingie - soit pour la France un territoire englobant la Lorraine, l’Alsace et la partie du Nord située à l'est de l'Escaut, tandis que l’autre moitié se transforme en territoire de stationnement des troupes allemandes. « Département industriel, ses richesses prennent le chemin de l’Allemagne ; département agricole, il pourvoit à l’approvisionnement des nombreux régiments (…) » in La Haute-Marne dans la guerre 1939-1945 (Marie-Claude Simonnet, Didier Desnouvaux, et Lionel Fontaine). 
Henri Corne est arrêté le 22 juin 1941 par la police allemande assistée par la police française. Cette arrestation s'inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 23 Haut-Saônois seront arrêtés.
A Vesoul, en moins de trois heures, la police municipale arrête Georges Cogniot (universitaire, dirigeant national communiste, évadé de Compiègne le 22 juin 1942), Jules Didier (évadé de Compiègne en 1943, il rejoint les maquis du Jura), l’horloger Koulikowski, d’origine russe, sympathisant communiste et Lucienne Weil, institutrice communiste.
Six autres Haut-Saônois sont arrêtés puis déportés à Auschwitz comme Henri Corne dans le convoi du 6 juillet 1942 : Gustave Baveux, Pierre Cordier, Jean Favret, Albert Morel, Zéphyrin Toillon, Gilbert Vorillon.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par les Allemands (ici à Lure, puis à Vesoul - et peut-être Chaumont), les Haut-Saônois sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht (le Frontstalag 122) qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Corne est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45210".
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé au 30 novembre 1942.
Le nom d’Henri Corne est inscrit sur le monument aux morts de Vesoul, place des Allées et sur le monument commémoratif départemental «La Résistance à ses 687 martyrs 1940-1945», place du 11e Chasseurs à Vesoul. La mention “Mort pour la France” est inscrite sur son acte d’état civil (27-10-1947). La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 26-02-1988).
Son épouse a mentionné Albert Morel (rescapé n° 45896 de Lure) et Jean Tarnus rescapé n°46129 de Baroncourt (55), comme camarades de détention l’ayant connu en camp d’internement ou en déportation.

Sources
  • Correspondance avec Mme Elizabeth Pastwa et Mme Denise Lorach, conservatrices au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (septembre 1991).
  • Henri Corne est cité par le général Pierre Bertin dans son ouvrage « Résistance en Haute-Saône ».
  • Correspondance avec Maurice Choquet, FNDIRP Jura, 2 février 1991.
  • Correspondances avec Jean Louis Chognard (octobre 1991), professeur à Rioz, auteur d’un travail sur Résistance et Déportation à Rioz.
  • Correspondance de Jean Louis Chognard et Pierre Grosdemange, responsable des FFI de Rioz après septembre 1943 qui a recueilli les souvenirs de Jules Didier (militant communiste arrêté le 22 juin 1941, évadé de Compiègne en février 1943 et qui rejoignit les maquis du Jura).
  • Correspondance avec Maurice Decousse, Fédération des Résistants et Déportés de la Haute-Saône (28 ocobre 1991).
  • « Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français », Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom et tome 23, page 185.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen et Val de Fontenay. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • © Archives en ligne : Etat civil et Registres matricules militaires de Haute-Saône.
  • Recensement de la population de Vesoul / 1936.
Notice biographique rédigée en avril 2011, complétée en 2015 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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