Le convoi des "45 000"

Erreur technique

Pour les articles concernant Fernand Devaux, Taper "Devaux" dans le "champ de recherche"







TARNUS Jean, Louis



Jean Tarnus le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "46129" à Auschwitz

Rescapé

Jean Tarnus est né le 7 mai 1914 au domicile de ses parents aux cités Saint-Pierre à Bouligny (Meuse). 
Jean Tarnus habite au « Café du Peuple », rue d’Éton à Dommary-Baroncourt (Meuse) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Christine Picard, 40 ans, ménagère, et de Léandre Tarnus, 33 ans, mineur à Bouligny. Il est reconnu par son père le 7 mai 1914 et par sa mère le 24 octobre 1934 (mention du 7 novembre 1934).
Comme son père, il est une "gueule jaune", mineur de fer à Amermont-Dommary. 
La mine d'Amermont à Bouligny
C’est la mine la plus profonde du bassin (moins 280 m), l’une des plus productives et surtout la plus dangereuse. A cause du grand nombre d’accidents, elle a été surnommée la « Mine rouge ». « Rouge comme le sang des mineurs qui y ont laissé la vie par centaines » écrit sur son site François-Xavier Bibert, auteur d'une étude sur les mines meusiennes.
Le 11 juillet 1935, Jean Tarnus épouse Rosa Adam à Dommary-Baroncourt. Le couple aura deux enfants. 
Jean Tarnus est membre du Parti communiste.
A la déclaration de guerre, Jean Tarnus est mobilisé au 160è Régiment d'Infanterie de forteresse, affecté sur la ligne Maginot dans le secteur de Boulay (situé entre les secteurs fortifiés de Thionville et Faulquemont)
Jean Tarnus est fait prisonnier (montage © Pierre Cardon)
Jean Tarnus est fait prisonnier en 1940 (sans doute fin juin). L'avis n° 44 du "centre national d'information sur les prisonniers de guerre" à partir des renseignements fournis par les l'Autorité militaire allemandes en date du 27 novembre 1940, mentionne qu'il est encore prisonnier à cette date. 
Fin juin 1940, La Meuse est occupée : elle est avec la Meurthe-et-Moselle et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté.  La présence militaire, policière, administrative et judiciaire de l'occupant y est nettement plus importante que dans le reste de la zone occupée.
La région est essentiellement agricole et le Parti communiste (3% des voix aux élections de 1936) y est presque inexistant. Son activité est pratiquement interrompue après l'arrestation, entre le 21 et le 23 juin 1941, de vingt communistes qui sont internés à Compiègne, antichambre de la déportation. Parmi eux Jules Allaix, Lucien Bonhomme, Adrien Collas, Pierre Collas, Charles Dugny, Henri Fontaine, Antoine Laurent, Pierre Lavigne, Jean Nageot, Jean Tarnus, qui seront tous déportés à Auschwitz, le 6 juillet 1942.
Jean Tarnus revient à Dommary-Baroncourt : soit il a bénéficié d'un « congé de captivité » concernant les mineurs afin de faire redémarrer l’exploitation des mines de fer particulièrement utiles à l’économie allemande, soit il s'est évadé d'un Oflag.
A partir du 1er avril 1941 Jean Tarnus adhère au "Front National pour la libération et l’indépendance de la France" (groupement de Bouligny) dès sa création (1). 
Le 21 juin 1941, des membres de la Gestapo l'arrêtent à son domicile, la mention portée sur son dossier est "détenu communiste sur ordre du BDS". Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands, avec l’aide de la police française, arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (Verdun), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Après un court emprisonnement à Verdun, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 27 juin 1941 à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule "563". 
Georges Cogniot, qui sera «Lagerältester» (doyen du camp) pour l’administration allemande du camp jusqu’au 10 juin 1942, et dirigeant de l’organisation communiste clandestine, fait affecter Jean Tarnus aux cuisines (lire dans le blog : La solidarité au camp allemand de Compiègne). 
L'entrée du souterrain
A Compiègne, Jean Tarnus fait partie du nouveau petit groupe des cuisiniers, avec Louis Eudier, Legal, Louis Morel, Gaston Mallard, Louis Richard, Georges Terrier), groupe désigné par Georges Cogniot (le «doyen» du camp pour les allemands, mais qui est également responsable de l’organisation communiste clandestine). Ce groupe de cuisiniers est mis dans le secret du creusement du souterrain : ils doivent pouvoir témoigner qu'ils sont incommodés par les odeurs émanant du puisard censé être bouché, et dont la réparation masquera le creusement du tunnel !
Avis de Von Stülpnagel 14 décembre 1941
Le nom de Jean Tarnus figure sur la liste de recensement des 197 jeunes communistes du camp de Compiègne "aptes à être déportés à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Tarnus est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46129". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (3) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz I, après avoir travaillé au Kommando Schlosserei (serrurerie), Jean Tarnus est affecté à la laverie et à la désinfection. Il y assure des liaisons utiles au comité clandestin de résistance et à l'aide aux françaises du convoi dit des "31.000". Lire dans le blog Un élargissement de la solidarité profite aux « 45000 » .
Carnet de Roger Abada. Tarnus : linge
Ci-contre une page du carnet de Roger Abada. 
Dès sa libération au camp de Dora, celui-ci avait noté les éléments marquants de sa déportation. Sur cette page de son carnet figurent quelques-uns des membres du groupe français de Résistance à Auschwitz. Jean Tarnus y figure avec la mention "linge". Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11Le 28 août 1944, Jean Tarnus fait partie du groupe de trente et un "45.000" qui sont transférés d’Auschwitz à Flossenbürg, où ils sont enregistrés le 31 août 1944. Jean Tarnus y reçoit le matricule "19.881". On ignore son itinéraire à partir de Flossenbürg (comme pour Stanislas Slovinski et Gabriel Torralba). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Jean Tarnus regagne la France, via Nancy le 30 mai 1945.
Il divorce de Rose Adam (jugement du tribunal de Verdun du 22 juillet 1948). Il habite alors à Bouligny. Le titre de «Déporté Résistant» lui est refusé le 11 juillet 1956 : la commission départementale pour justifier son refus "s'étonne que l'intéressé ait pu subsister si longtemps à Auschwitz" ! 
Il se remarie à Bouligny le 13 février 1957 avec Marguerite, Charlotte Orcel. Jean Tarnus reçoit le titre de «Déporté politique» en 1959.
Jean Tarnus meurt à Montpellier (Hérault) le 14 août 1981.
  • Note 1 : Le  "Front National pour la libération et l’indépendance de la France" est créé le 15 mai 1941. A l'époque abrégé en "Front national". Il n'y a aucun lien à voir avec le parti d’extrême droite créé en 1971.
  • Note 2 : Louis Eudier, Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945, imprimerie Duboc, Le Havre. Charpentier de marine, Louis Eudier participa à l’étaiement du tunnel. 
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés.  
Sources
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen, et dossier individuel consulté au Val de Fontenay (ACVG) 1992 - novembre 1993, incluant les courriers des familles à Vichy et les réponses du représentant du gouvernement français auprès du haut-commandement allemand dans le Paris de l'Occupation, Fernand de Brinon (Brinon est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant « délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés »).
  • Carnet de Roger Abada
  • Etat civil de la mairie de Bouligny (10 mars 1994) recueilli par Marguerite Cardon.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).

Notice biographique rédigée en avril 2011, complétée en 2017 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Aucun commentaire: