Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



LAVIGNE Pierre, Auguste



Pierre Lavigne avec sa classe à Ville sur Cousances / 1938
Pierre Lavigne est né le 16 août 1910 à Verdun (Meuse). Il habite à Jubécourt puis à Ville-sur-Cousances (Meuse) au moment de son arrestation (les deux villages sont distants d’1 km 5). 
Photo parue dans l'ouvrage "Les déportés d'Argonne"
que m'a envoyée l'auteur M. Pierre Lefevre (2)
Élève instituteur à l'École Normale de Commercy (Meuse), il est nommé instituteur à Jubécourt, puis après 1931 à Ville-sur-Cousance, où exerce son épouse, Emilienne, également institutrice, où ils sont logés à l'Ecole. 
Pierre Lavigne est membre du Parti communiste.
Fin juin 1940, La Meuse est occupée : elle est avec la Meurthe-et-Moselle et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté.  La présence militaire, policière, administrative et judiciaire de l'occupant y est nettement plus importante que dans le reste de la zone occupée.
l'Ecole. 
Pierre Lavigne est membre du Parti communiste.
Fin juin 1940, La Meuse est occupée : elle est avec la Meurthe-et-Moselle et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté.  La présence militaire, policière, administrative et judiciaire de l'occupant y est nettement plus importante que dans le reste de la zone occupée.
La région est essentiellement agricole et le Parti communiste (3% des voix aux élections de 1936) y est presque inexistant. Son activité est pratiquement interrompue après l'arrestation, entre le 21 et le 23 juin 1941, de vingt communistes qui sont internés à Compiègne, antichambre de la déportation. Parmi eux Jules Allaix, Lucien Bonhomme, Adrien Collas, Pierre Collas, Charles Dugny, Henri Fontaine, Antoine Laurent, Pierre Lavigne, Jean Nageot, Jean Tarnus, qui seront tous déportés à Auschwitz, le 6 juillet 1942. 
Pierre Lavigne est arrêté le 23 juin 1941 à Ville-sur-Cousances par la Feldgendarmerie, en raison de ses activités politiques anciennes connues. Son arrestation et celle de plusieurs autres militants communistes ou syndicalistes meusiens a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands, avec l’aide de la police française, arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (pour Pierre Lavigne l’ancienne Ecole normale de Bar-le-Duc), les vingt meusiens sont envoyés, à la demande des autorités allemandes, le 27 juin 1941, au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Selon Henri Pasdeloup(1), le groupe des meusiens est immatriculé le 28 juin 1941 entre les numéros 542 et 564. Pierre Lavigne reçoit le numéro matricule "560". 
A Compiègne, il participe au "Comité" du camp des politiques et donne des cours d’initiation au Français à ses camarades internés, avec deux autres internés, Petit et Georges VarenneLire dans ce blog : Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne : cours, théâtre, sport et solidarité.
Depuis le camp de Compiègne, Pierre Lavigne va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Lettre d'Antoine Laurent à sa femme
Dans sa lettre (ci-contre) jetée le 6 juillet 1942 à Lérouville depuis le wagon qui les emporte à Auschwitz, Antoine Laurent mentionne sa présence et celle de Charles Dugny de Lérouville. C’est ce dernier qui se fait connaître des cheminots, qu'il connaît bien. «Personne n'a pu s'approcher du wagon, les Allemands les en empêchaient». Le train parti, les cheminots apportent à madame Dugny « un nombre considérable de lettres » qu'elle s'efforcera de faire parvenir à leurs destinataires, dont celle d’Antoine Laurent.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Lavigne est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 45736 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz». Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a donc fixé fictivement celle-ci au 15 septembre 1942. L’arrêté du 4 novembre 1993 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès (J.O. 4 janvier 1994) conserve cette date.
L'Est Républicain des 3- 4 juin 1945
Le 3 juin 1945, son épouse, comme des dizaines d'autres épouses de déportés, fait paraître une demande d'informations dans "L'Est Républicain", à la rubrique « Recherche de déportés » destinée à recueillir des informations auprès des déportés rescapés.
Pierre Lavigne a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de « Déporté résistant » lui a été attribué le 2 avril 1954 et la carte (n°101821806) délivrée à un « ayant cause », son épouse. 
Plaque sur la Mairie
Une plaque sur le mur de la mairie de Ville-sur-Cousances, honore sa mémoire. Il est également honoré sur le mémorial : "Aux Instituteurs de la Meuse Morts pour la France 1914-1918 - 1939-1945" et sur le Livre d’or des Instituteurs de la Meuse morts pour la France.
Plaque sur la mairie
Un hommage solennel lui a été rendu à Auschwitz par M. André Trouslard le 30 septembre 2015 au nom de l'amicale des Anciens et anciennes élèves des E.N. et I.U.F.M. de la Meuse
  • Note 1Henri Pasdeloup, cheminot de Saint-Mihiel (Meuse), est arrêté le 23 juin 1941 par la Gestapo. Interné à Compiègne il est déporté à Sachsenhausen (n° 59206), récit sur le départ des "45000", in "Sachso", page 36, par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen.
  • Note 2 Contacté par l’intermédiaire de M. André Trouslard (Dossiers documentaires meusiens), monsieur Pierre Lefèvre, m’a envoyé cette photo parue dans son ouvrage.
    Il est Président de la DT Meuse de l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Président de l'UD des Résistants, Déportés, Familles de Fusillés et Disparus de la Meuse, Rédacteur des Dossiers Documentaires Meusiens, Au service de la paroisse Bienheureux Nicolas de l'Ornain, Membre de l'association des Écrivains meusiens "Plume". Je le remercie vivement.

Sources


  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Correspondances avec les mairies de Souilly, Jubécourt et Ville-sur-Cousances (juillet 1989, 1991 et 1993).
  • la veuve de Pierre Lavigne, contactée par téléphone, n’avait pas souhaité s'exprimer (13 février 1990).
  • Témoignage de madame Collin-Dugny.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb, relevé Alain Girod. Photo © Bernard Butet
  • ©  La Voix des Anciens (bulletin des Anciens et anciennes élèves des E.N. et I.U.F.M. de la Meuse) n° 61 de mai 2016, suite à l’hommage rendu le 30 septembre 2015 par les « Amis voyageurs » à Auschwitz.

Notice biographique rédigée en avril 2011, complétée en 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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