Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



COLLAS Pierre, Louis, Jules.



Pierre Collas le 8 juillet 1942
Matricule "45383" à Auschwitz

Pierre Collas est né le 14 mars 1914 à Savonnières-en-Perthois (Meuse) où il habite au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Lucie, Léontine Champlon et d’Adrien Collas son époux.
En 1931, il habite chez ses parents au 9 rue de l'Eglise à Savonnières-en-Perthois.
Il travaille à cette époque comme carrier, à la carrière de Savonnière "Le Granit", comme son père.
Pierre Collas est marié avec Huguette.
Fin juin 1940, La Meuse est occupée : elle est avec la Meurthe-et-Moselle et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté.  La présence militaire, policière, administrative et judiciaire de l'occupant y est nettement plus importante que dans le reste de la zone occupée. La région est essentiellement agricole et le Parti communiste (3% des voix aux élections de 1936) y est presque inexistant. Son activité est pratiquement interrompue après l'arrestation, entre le 21 et le 23 juin 1941, de vingt communistes qui sont internés à Compiègne, antichambre de la déportation. Parmi eux Jules Allaix, Lucien Bonhomme, Adrien Collas, Pierre Collas, Charles Dugny, Henri Fontaine, Antoine Laurent, Pierre Lavigne, Jean Nageot, Jean Tarnus, qui seront tous déportés à Auschwitz, le 6 juillet 1942.
Pierre Collas est arrêté en même temps que son père, Adrien Collas entre le 22 et le 23 juin 1941. Son arrestation et celle de plusieurs autres militants communistes ou syndicalistes meusiens a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands, avec l’aide de la police française, arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, les meusiens sont envoyés, à la demande des autorités allemandes, le 27 juin 1941, au camp de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122 administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Selon Henri Pasdeloup(1), le groupe des Meusiens est immatriculé le 28 juin 1941 entre les numéros 542 et 564. 
liste de recensement des jeunes communistes
du camp de Compiègne aptes à être déportés "à l’Est", 
Pierre Collas reçoit le n° matricule "538". Son nom est porté sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC). 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Collas est déporté en même temps que son père Adrien Collas à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». 
Lui et son père se trouvent dans le même wagon que celui de Robert Collignon, d'Eurville en Haute-Marne, qui mentionne leur présence dans la lettre qu'il jette sur le ballast pour sa femme, lors d'un arrêt vers Revigny. Ramassée par un cheminot, elle lui sera envoyée. Lire dans le blog : Les lettres jetées du train
Robert Collignon mentionne sa présence dans le wagon,
 avec son père
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45383".
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Pierre Collas meurt à Auschwitz-Birkenau au début 1943. On trouve en effet son nom et son matricule à l'infirmerie de Birkenau le 12 janvier 1943 (liste relevé par André Montagne et Claudine-Cardon Hamet). 
L'arrêté du secrétaire d'État aux anciens combattants en date du 9 novembre 1987, portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes ou jugements déclaratifs de décès a retenu la date fictive et identique à celle de son père ("décédé le 15 mars 1943 à Auschwitz (Pologne)". (J.O. du 24 décembre 1987). 
in © Mémorial Genweb
La mention “Mort en déportation” est apposée sur l’acte de décès de Pierre Collas (J.O. du 24-12-1987). Pierre Collas et son père sont honorés sur le monument aux morts de Savonnières-en-Perthois.

  • Note 1 : Henri Pasdeloup, n° 59206 à Sachsenhausen, récit sur le départ des "45000", in "Sachso", page 36, par l'Amicale d'Oranienburg-Sachsenhausen. Il mentionne "collas père", ainsi que Lavigne, Laurent, Dugny, Nageot, Bonhomme.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Renseignements fournis par la Mairie de Savonnières.
  • Courriers à Mme Huguette Henry, veuve de Pierre Collas (juillet 1991).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Notice biographique rédigée en 2011, complétée en 2015 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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