Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



MATRISCIANO JEAN


Jean Matrisciano
© Musée de la Résistance, Blois
Rue à Selles -sur -Cher
Jean Matrisciano est né le 15 janvier 1923 à Chabris (Indre).
Célibataire, il habite avec sa sœur et ses parents au 19 rue des Jeux à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Catherine, Marguerite Dhenin, 28 ans, sans profession et de Joseph Matrisciano, 31 ans, cordonnier, son époux. Son père, né à Marigliano (dans la banlieue de Naples, Italie) est d’opinions socialistes. Jean a des sœurs, dont l'une a épousé Louis Macquaire, qui sera déporté à Buchenwald.
Jean Matrisciano est ouvrier céramiste dans une entreprise de Selles-sur-Cher.
Carte lettre du camp de Compiègne
adressée à son père
Jean Matrisciano est arrêté par des gendarmes (français et allemands), le 1er mai 1942, au domicile de ses parents, en même temps que son père Joseph Matrisciano.
Ces arrestations s’inscrivent dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 20 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés en 1941), rafle opérée dans tout le département en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942 (1). L’un des gendarmes est tué, l’autre blessé. Parmi les militants arrêtés, 5 seront fusillés le 5 mai 1942. Treize d’entre eux seront déportés comme  Jean Matrisciano à Auschwitz : Quatorze d’entre eux seront déportés comme Victor Budin à Auschwitz : Moise BodinGustave CrochetAndré FillouxJoseph FillouxMathieu FillouxOctave HervauxCamille ImpérialEdouard Roguet, Albert RobertIsidore PetatDaniel Pesson, et Céleste Serreau.
Jean et Joseph Matrisciano sont conduits à la maison d’arrêt d’Orléans. Son père est relâché le 16 mai 1942. Jean Matrisciano est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), probablement le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Carte lettre du 22 mai 1942
A Compiègne il reçoit le numéro matricule "5324", au bâtiment C5, chambre 9. 
Carte lettre du 15 juin 1942
Jean Matrisciano envoie deux carte-lettres à ses parents depuis le camp. La première le 22 mai 1942, dans laquelle il pense que son père «doit être rentré maintenant», et le 15 juin. Puis une lettre plus longue, datée du 24 juin, concerne essentiellement les modalités d'envoi des colis (tous les internés de Compiègne ont eu faim, et cherchent à améliorer l'ordinaire du camp grâce aux colis de leurs familles).

Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Matrisciano est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45862 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Jean Matrisciano meurt à Auschwitz le 12 octobre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 789). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération portait la mention «décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 8 mars 1995), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz
Il a été déclaré "Mort pour la France" le 28 avril 1947. Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. 
Hommage à Jean Matrisciano le 8 mai 2012
in ©  La Nouvelle république 
Son nom a été honoré par une plaque, et une rue de Selles-sur-Cher porte son nom.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Selles-sur-Cher, devant la mairie, place du Marché et sur une stèle dans l’église abbatiale.
Le 8 mai 2012, un hommage solennel lui a été rendu. Une plaque de rue a son nom a été inaugurée.
  • Note 1 : Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. Il me l’a confirmé par lettre en 1990. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils furent surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvrit le feu. Un Feldgendarme a été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaises, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Une cinquantaine d’hommes soupçonnés d’être communistes furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie (avec cinq autres Loir et Chériens arrêtés le 22 juin 1941 et déjà à Compiègne depuis plusieurs mois), du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz». Dans « Combattants de la Liberté - La Résistance dans le Cher » Marcel Cherrier relatant le 1er Mai 1942 évoque cet évènement « le hasard veut qu’au même moment, à Romorantin, une équipe de jeunes conduite par Max Tenon exécute deux Feldgendarmen » et il cite le nom des huit militants fusillés parmi les quarante otages arrêtés dans le Cher à cette occasion (c’est la même région militaire, les représailles décidées par les Allemands).
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par le maire adjoint de Selles-sur-Cher (18 juillet 1990).
  • "La Résistance dans le Loir-et-Cher ", Op. édité par l'ANACR en 1964.
  • Liste établie en 1977 par le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, et communiquée à la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb. Monique Diot Oury.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Musée de la Résistance, Blois.
  • Plaque de rue © Pierre Cardon
Notice biographique rédigée en février 2011, complétée en 2012, 2017 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Aucun commentaire: