Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



MARTEAU SERGE, CHARLES


Matricule "45839" à Auschwitz

Serge Marteau est né le 2 janvier 1913 à Monthou-sur-Cher (Loir-et-Cher).
Il habite à l'écluse de Thésée (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie Chipault, 20 ans et d’Édouard Marteau, 27 ans son époux.
Barrage écluse de Talufiau
© Robert Malnoury
Serge Marteau est éclusier, employé d’Etat, au barrage-écluse de Talufiau (abîmé par les crues du Cher en 2000, il sera détruit en 2002). 
Il a épousé Hélène Davause.
Il est membre du Parti communiste (information ARAC 41).
La carte des « passeurs » de la ligne de démarcation
Collection Villa in blog © Tharva
Avec l'Occupation allemande, son écluse se trouve sur la ligne de démarcation. Comme d'autres éclusiers (Doris, Émile Mandar, Pierre Pinon, Jean Sentou, Georges Sirot, Tardiveau), Serge Marteau devient « passeur », c'est-à-dire qu’il fait passer la ligne de démarcation à son écluse. "Les réseaux de résistance belges avec Louisette Carlier-Lambert, ainsi que nombre de citoyens, d'habitants de Monthou, souvent autour de l'abbé Godin ou des FTPF, auront recours à leurs services, pour faire passer la ligne". On lira dans le blog de la famille Villa (© Tharva) l’histoire de plusieurs d’entre eux (Émile Mandar, Pierre Pinon, Jean Sentou).
Serge Marteau est arrêté à son domicile le 23 juin 1941, par des gendarmes français et allemands, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Trois autres militants sont arrêtés le même jour et seront comme lui déportés à Auschwitz : Roger Clément, Francis Gauthier et Clotaire Paumier. Son oncle, Désiré Marteau sera également arrêté  et déporté à Buchenwald (voir plus loin)
Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes et syndicalistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la Maison d'arrêt de Blois pour les Loir-et-Chérins arrêtés), certains sont envoyés sans jugement au camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122), à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
A Compiègne, il reçoit le numéro matricule "1032". Il figure sur la liste de recensement (décembre 1941) des communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922 « aptes à être déportés à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto Von Stülpnagel (archives du CDJC IV 198).Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Serge Marteau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Lettre jetée sur le ballast
Depuis le wagon, Serge Marteau a lancé sur le ballast un petit mot à destination de son épouse. Ce mot, ramassé et posté par un cheminot malgré les consignes allemandes, est arrivé à destination. Lire dans le blog : Les lettres jetées du train
Lettre de Thérèse Marteau
à madame Vieugé
L'épouse de Serge Marteau, à la demande de son mari fait savoir à madame Vieugé, épouse de Fernand Vieugé interné comme lui à Compiègne, que leurs maris sont partis travailler en Allemagne et qu'ils sont de 1100 à 1200 du camp (le FT 122).
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45839".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Dessin de Franz Reisz 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Serge Marteau meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 784). Cette date est celle d’une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau, « sélection » au cours de laquelle près de 150 « 45000 » ont été assassinés.
Il a été déclaré "Mort pour la France". 
Le titre de « Déporté Résistant » lui a été attribué. 
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Thésée.
Un autre déporté nommé Désiré Marteau est honoré à Thésée : il est né le 27 décembre 1897 à Thésée (et non à Amboise, comme indiqué sur d’autres sites). Il est un des oncles de Serge Marteau (il est le fils de Silvain Marteau et de Marie Augustine Doreau, comme Edouard, le père de Serge). Il est déporté le 27 janvier 1944 depuis Compiègne à Buchenwald, matricule « 44154 ». Il est affecté au kommando de travail d'Ellrich sur des chantiers dépendants du "Sonderstab Kammler" (creusement de galeries souterraines ou de tous les travaux de génie civil en surface). Il meurt à Ellrich le 28 janvier 1945.

Sources
  • "La Résistance dans le Loir-et-Cher ", Op. édité par l'ANACR en 1964.
  • Liste établie en 1977 par le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, et communiquée à la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la division (ou pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en juillet 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en février 2011, complétée en 2014 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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