Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



FERNEX LOUIS EUGENE HENRI



Louis Fernex le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "45537" à Auschwitz

Louis Fernex est né le 16 mai 1906 à Paris (XII°).

Il habite à Tinchebray puis à « la Folie », à Fresnes, près de Tinchebray (Orne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Blanche, Célestine Decory et de Claude, Louis Fernex son époux.
Il est ouvrier métallurgiste à Tinchebray.
Louis Fernex est membre du Parti communiste. Il est secrétaire du Syndicat des Métaux CGT de Tinchebray. En 1940, il est au chômage.
«A partir d'août-septembre 1940, à Tinchebray, des membres de l'ex-parti communiste et des militants syndicalistes parviennent à se "retrouver", sous l'impulsion de Faustin Merle, employé aux contributions indirectes depuis sa mutation de Creil en novembre 1939. En août 1940, alors que les industries connaissent un chômage important consécutif aux événements, Merle fait la connaissance de deux ouvriers momentanément sans travail, Alphonse Leguidecoq et son beau-fils Louis Fernex, qu'il emploie à débiter du bois » (1).
Courant février 1941, les premières réunions clandestines ont lieu le soir chez Faustin Merle, et des exemplaires de L'Avant-Garde sont distribués à Tinchebray. « Les 9 et 10 juin 1941, des tracts sont à nouveau distribués à Tinchebray. Dans le courant de la nuit du 16 au 17 juillet 1941, d'autres tracts sont glissés sous les portes dans quelques maisons de cette même localité » (1).
Louis Ferneix est arrêté le 18 octobre 1941, dans la même opération de police et le même jour que Lucien Blin, Justin Daguts, Maurice Denis, Eugène Garnier, Léon Leriche et Christ Vannier, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz. « Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (2). Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : « Des arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). 
Ouest Eclair 16 janvier 1942
Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’Occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».
Arrestation après son évasion
Il s'évade lors de la perquisition de son domicile
Par la coupure de presse ci-contre (en date du 26 octobre 1941 in Le Journal de la Ferté Macé et de l’arrondissement de Domfront, nous savons qu’il est arrêté une première fois chez Alphonse Legildecocq (3) au hameau de la Folie. Et qu'il s'évade à nouveau (ce que confirme la coupure de presse de l'Ouest Eclair (en fuite en date du 16 janvier). L’enquête de gendarmerie effectuée après la Libération dans le cadre de l’attribution du titre de Déporté politique mentionne : « évadé à la suite d’une perquisition, repris début 1942 à son domicile lors de son arrivée pour un court séjour passager ». 
Louis Fernex est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 19 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Fernex est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45537". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (4) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
D’après le témoignage d’Eugène Garnier, à bout de forces, il aurait envoyé un coup de poing à un SS. Celui-ci l’aurait alors étouffé à l’aide d’un manche de pioche, puis décapité (un supplice fréquemment utilisé par les SS, révèlé par Amicale d'Auschwitz en 1947, dessin ci-contre). Toutefois Louis Fernex est déclaré mort à Auschwitz le 17 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 283), et cette date est celle d’une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau, « sélection » au cours de laquelle près de 150 « 45000 » ont été assassinés.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Fresnes. 
La CGT a édité une photo à sa mémoire, à partir de sa photo d’immatriculation
  • Note 1 : Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ). La résistance communiste à Tinchebray, par Stéphane Robine.
  • Note 2 : Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ). Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
  • Note 3Alphonse Leguildecocq avait été arrêté fin mai 1941 en même temps que Léon Leriche et Faustin Merle (celui-ci s’était échappé). Leguildecoq et Leriche avaient été condamnés à un mois de prison, puis relâchés.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés.
Sources
  • Mairie de Tinchebray (décembre 1988).
  • Témoignage d'Eugène Garnier.
  • Dessin in "Témoignages sur Auschwitz". Publication de l' Amicale d'Auschwitz 1947.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
Notice biographique  réalisée en avril 2001 (modifiée en  2011 et 2018), pour l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association «Mémoire Vive». Par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, , auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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