Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



CROCHET GUSTAVE



Matricule "45414" à Auschwitz

Gustave Crochet est né le 28 juillet 1888 à Châteauroux (Indre). 
Il habite Haute Hoche, dans le quartier de la Ratière à Romorantin (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation. Il est le fils de Louise Léonard, 28 ans, ménagère et de Jean Auguste Crochet, 25 ans, couvreur, son époux. Ses parents habitent au 40 boulevard St Louis à Châteauroux.
Gustave Crochet passe le certificat d’études primaires. 
Il épouse Marie, Louise, Juliette Thoreau le 15 septembre 1906 à la mairie de Châteauroux (âgée de 20 ans, fille de vignerons, elle habitait Châteauroux). 
Selon sa fiche matricule militaire, Gustave Crochet mesure 1m 70, a les cheveux et les sourcils bruns, les yeux gris, le front haut, le nez long, la bouche moyenne, le menton rond et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire élevée) et le « Brevet de conduite des autos ».
Au moment du conseil de révision, il travaille comme chaufournier à Châteauroux (spécialiste en four à chaux). 
Conscrit de la classe 1908, Gustave Crochet, soutien de famille, est appelé au service militaire et incorporé au 90ème Régiment d’infanterie le 8 octobre 1909. Il est nommé clairon (caporal-clairon) le 23 octobre 1910.
Il est « envoyé dans la disponibilité » le 23 septembre 1911, « certificat de bonne conduite accordé ». Il est classé dans la réserve comme auxiliaire
En septembre 1912, le jeune couple vient habiter en région parisienne, domicilié à Hyères (Seine / Essonne) au 22 rue des Nonnains. En juin 1914, ils ont déménagé au 13 de la même rue.
Il est classé dans la réserve comme « service auxiliaire » pour « arthrite chronique au coude droit et fracture en quinconce de la jambe ».
Le 12 septembre 1914, le couple est revenu boulevard Saint-Louis à Châteauroux.
Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 entraîne sa mobilisation : la commission de réforme le classe alors « service armé » (en vertu des arrêtés du 9 octobre qui rappellent les soldats classés « services auxiliaires ») et il est affecté au 49ème Régiment d’artillerie. Le 23 décembre il est transféré au groupe cycliste de la 5ème division de cavalerie. Il est nommé Caporal le 29 avril 1915.
Il est transféré au 65ème Bataillon de chasseurs à pied le 5 décembre 1915. Il est évacué le 11 décembre pour « adénite cervicale spécifique ».
Le 21 janvier 1917, il « passe » au 29ème Bataillon de chasseurs à pied. Il est blessé (plaies et fracture aux phalanges de la main droite) le 16 avril 1917 à Moussy-sur-Aisne (2ème bataille du Chemin des Dames, lors de l’offensive Nivelle. Pertes françaises 200.000 hommes !)
Le 12 février 1918, il est proposé pour un changement d’arme (l’aviation) par la commission de réforme du Mans pour « séquelles de congestion de la base du poumon droit et poussées rhumatismales subaïgues intermitentes ». Il est « remis clairon » par décision du Lieutenant-colonel du 1er centre d’instruction.
Le 18 février 1918, il « passe » au 2ème groupe d’aviation. Le 7 mars, il passe au 1er groupe d’aviation. La 5ème commission de Réforme de la Seine du 5 avril 1919 le déclare «  inapte personnel navigant», pour « limitation des mouvements de l’épaule  et du coude droits ». Il sera proposé pour une pension de 10 % en 1921 par la commission de réforme de Tours.
Le 7 mai 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation, « certificat de bonne conduite accordé ». 
Il sera titulaire de la carte du combattant, n° 26610, qu'il obtient dans le département du Loir-et-cher.
Démobilisé, il est artisan à son compte, fabricant de fours de boulangerie à Haute-Roche (Romorantin). Il travaillera par la suite comme plombier-zingueur.
Il est à nouveau classé dans la réserve comme auxiliaire à la 9ème section des infirmiers militaires à Châteauroux (maintien par les commissions de réforme en 1927 et 1928).
« Gustave Crochet était un bon vivant - écrit Georges Larcade - il était à l’origine du comité des «ratons de la Ratière», un des premiers comités de quartier qui connaissait un grand succès». « Les statuts ont été déposés en octobre 1936 - note Christian Boulard, président de l'association des riverains en 2006 -. Gustave Crochet en fut le premier président ». « Le 30 septembre 1936, Gustave Crochet, premier président, déposait les statuts. C'est lui qui a monté, animé celle qui allait devenir l'une des plus importantes associations de quartier à Romorantin » La Nouvelle République (23/04/2016).
Le 15 octobre 1937, il est "dégagé de toutes obligations militaires".
Il est membre du Parti communiste. 
Pendant l'occupation, c'est en raison de ses opinions politiques qu'il est est arrêté le 18 avril 1941, le même jour que le patron et les ouvriers de l'entreprise Benoist-Bourgeois. Il est libéré sans jugement.
Il est arrêté à nouveau à Romorantin à son domicile et en présence de sa femme, le 1er mai 1942. Cette arrestation s’inscrit dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 140 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés en 1940 ou 1941) dans 3 départements (Cher, Loir-et-Cher, Loiret). Il s'agit d'une opération de représailles à la mort d'un Feldgendarme à Romorantin la nuit du 30 avril 1942. Lire dans le blog : Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations
13 romorantinais sont arrêtés. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Moise BodinVictor Budin, Gustave CrochetOctave Hervaux,  Edouard Roguet,  Daniel Pesson.
Gustave Crochet est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), probablement le 9 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gustave Crochet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45414".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Gustave Crochet meurt à Auschwitz le 27 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 187). Son état civil porte toujours la mention «décédé le 6 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne). Cette date qui est celle du départ du convoi, reproduit l’état civil fictif établi après la Libération. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945. Le Death Books from Auschwitz a été publié en deux gros volumes par le Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau dès 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
In © Mémorial Gen-Web
A la Libération, son épouse Marie-Louise sera aidée par le COSOR (comité des œuvres sociales de la résistance). 
Gustave Crochet a été déclaré "Mort pour la France" le 31 octobre 1947. 
Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de de Romorantin-Lantenay (quai de l’île Marin et dans le vieux cimetière).

Sources
  • Mairie de Romorantin (communications de Mme Valin - fiches de dénombrement des Internés et Déportés, service des Statistiques - et Mme Vally, Archiviste (1990).
  • "La Résistance dans le Loir-et-Cher ", Op. Édité par l'ANACR en 1964.
  • Liste établie en 1977 par le président de l’ADIRP du Loir et Cher, Georges Larcade, et communiquée à la commission d’histoire de la FNDIRP.
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLIV-67. Chartres 23-10-1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en février 2011 (complétée en 2018) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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