Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



ROGUET EDOUARD, ANDRE, LOUIS



André Roguet identification FNDIRP 41
André Roguet  photo ©  Claude Roguet
Matricule "46065" à Auschwitz

Edouard, André, Louis Roguet est né le 2 août 1891 à Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher). Il habite rue du Progrès à Romorantin au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie-Louise Feuillet, 25 ans, confectionneuse et d'Eugène Edouard Roguet, 25 ans, tisseur en drap.
André Roguet est cardeur sur laine et habite dans le 18ème arrondissement de Paris au moment de son Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 62, a les cheveux châtain moyen et les yeux bleus, le nez moyen et le visage plein. Il a un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure).
Conscrit de la classe 1911, Edouard Roguet est classé soutien de famille indispensable le 29 août 1912. Il est appelé sous les drapeaux le 10 octobre 1912 et est incorporé au 113ème Régiment d’Infanterie le même jour. Il est nommé soldat de 1ère classe le 9 novembre 1913.
Il part en campagne le 5 août 1914. Il est évacué le 13 septembre 1914. Il repart au Front le 22 janvier 1915.
Camp de Giessen (KG)
André Roguet est fait prisonnier le 23 février 1915 en forêt d’Argonne. Il est en captivité au camp de Giessen jusqu’au 29 décembre 1918, date de son rapatriement.
Du 10 décembre 1918 au 13 août 1919, il est au Dépôt. 
Il épouse Marie-Rose, Geneviève Couvret le 26 avril 1919, à Romorantin. Elle est née le 25 juillet 1900 à Romorantin.
André Roguet est démobilisé le 16 août 1919 par le 5ème Section de Commis Ouvriers d’Administration. 
Pour tout ce qui concerne sa vie militante, voici des extraits de l’excellente biographie publiée par le Maîtron (notice Thérèse Burel) établie à partir de l’ouvrage de L. Jardel et R. Casas, « La Résistance en Loir-et-Cher » et des renseignements fournis par Robert Roguet, K. Loustau et G. Larcade.
« Fils d'Édouard Roguet, ouvrier aux tissages Normant et libre penseur, André Roguet fut élève du collège de Romorantin puis travailla comme rattacheur à la même usine que son père après avoir obtenu son certificat d'études. Parti travailler à Paris à dix-huit ans, il devint ouvrier paveur et adhéra au Parti socialiste ainsi qu'à la CGT. (... service armé). A son retour de captivité, il fut démobilisé en août 1919 puis se maria. Il travailla comme gardien au camp de Pruniers puis retourna aux Établissements Normant où il devait rester jusqu'en 1938".
Ouvrier tisseur à la société des Etablissements Normant à Romorantin, il reçoit la médaille d'honneur en des ouvriers et employés (JO du 30 juillet 1929).
"Membre de la section socialiste locale, il se prononça en faveur de l'adhésion à la IIIe Internationale. Sa section rallia la SFIC à l'unanimité (…) En 1923, André Roguet prit la tête de la section communiste. En 1926, il faisait partie du comité fédéral du Loir-et-Cher ainsi que du comité régional du PC. En 1930, la cellule de Romorantin, dont il était alors secrétaire, aurait compté 35 à 40 cotisants et 100 sympathisants environ. Il était alors signalé comme destinataire de journaux antimilitaristes tels que « le Conscrit » ou « le Libéré ». Responsable, à la même époque, du syndicat de son entreprise, André Roguet assurait les secrétariats du syndicat CGTU du Textile de Romorantin et de l'Union locale CGTU.
En 1932, secrétaire du rayon de Romorantin qui regroupait sept cellules et 150 adhérents et secrétaire trésorier de la cellule des adultes de Romorantin groupant trente adhérents, André Roguet se présenta aux élections législatives dans la circonscription de Romorantin (…). Candidat aux élections municipales partielles d'avril 1933, il recueillit 257 voix sur 1524 suffrages exprimés. 
Ets Normant (aujourd'hui Matra)
Organisateur en 1934 des manifestations antifascistes du 12 février, il fut l'animateur en 1935 de la grève des établissements Normant, où il avait su maintenir un noyau syndical CGTU important, et un des signataires des accords avec la direction. Cette même année, il brigua encore en vain un siège de conseiller municipal.
Délégué en mars 1936 au congrès de réunification syndicale de Toulouse, André Roguet fut élu, à son retour, secrétaire du syndicat CGT de l'usine Normant et trésorier de l'Union locale, assurant cette dernière fonction jusqu'en 1940. En juin 1936, il organisa la lutte revendicative dans son établissement puis signa en octobre un contrat collectif avec la direction. En avril 1937, il devint secrétaire du syndicat CGT des ouvriers et ouvrières en drap de Romorantin et le demeura jusqu'en avril 1938. Il fut délégué en juin au congrès de la Fédération du Textile à Paris. Candidat au conseil général en octobre 1937 pour le canton de Romorantin, il obtint 254 voix au 1er tour sur 3 789 suffrages exprimés puis se désista pour le socialiste Beaugrand. Entré le 20 avril 1938 à l'entrepôt de matériel de l'armée de l'Air de Pruniers, il devint secrétaire CGT des ouvriers de l'entrepôt de l'Air, membre du bureau et trésorier de l'Union locale de Romorantin. Le 23 mai 1940, ne voulant pas se désolidariser de l'action du Parti communiste, André Roguet fut licencié du camp de Pruniers. Il fut également radié du conseil des prud'hommes.
En juin 1940, il y eut perquisition à son domicile, puis il fut arrêté comme communiste, emprisonné à Chaon (Loir-et-Cher) puis à Nantua. Il s'évada, revint à Romorantin en septembre 1940 et travailla quelque temps aux services municipaux de la ville, comme manoeuvre, puis dans deux entreprises romorantinaises. Il s'efforça de reconstituer clandestinement le PC avec Bernard Paumier. En décembre 1940, il appartenait à la nouvelle direction régionale clandestine du parti et contribua plus tard à jeter les bases à Romorantin des premiers groupes armés des FTP. » (Le Maitron).
Edouard Roguet est arrêté une seconde fois, comme otage, le 1er mai 1942, à son domicile (1), par des gendarmes allemands accompagnés de gendarmes français. 

Cette arrestation s’inscrit dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 140 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés comme lui en 1940 ou 1941) dans 3 départements (Cher, Loir-et-Cher, Loiret). 
Cette rafle est opérée en représailles à la mort d'un Feldgendarme à Romorantin la nuit du 30 avril 1942. Lire dans le blog : Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations
13 romorantinais sont arrêtés. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Moise BodinVictor Budin, Gustave CrochetOctave Hervaux,  Edouard Roguet,  Daniel Pesson.

André Roguet est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), probablement le 9 mai, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Roguet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
André Roguet, le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le matricule "46065".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz identifiée par la FNDIRP (ADIRP du Loir-et-Cher) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Edouard Roguet meurt à Auschwitz le 24 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 1011). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 19 mai 1998), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
In © Mémorial Gen-Web
Edouard Roguet a été décoré, à titre posthume, de la Médaille de la Résistance, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Romorantin, dans le vieux cimetière.
Ses deux fils ont été des militants communistes connus : l'un deux, Robert, fut secrétaire de la Fédération communiste du Loir-et-Cher de 1950 à 1957.
Claude Roguet
  • Note 1 :  Claude Roguet, un de ses fils, a témoigné de cette arrestation (La Nouvelle république) : « Je ne me rappelle pas grand-chose, mais je me souviens très bien de quand ils sont venus arrêter mon père. C'était en pleine nuit, dans cette maison (rue du Progrès). Il y avait des gendarmes allemands et français ». Il se souvient de la stupeur des gendarmes lorsqu'ils avaient aperçu le dessin réalisé par son frère : « Il avait dessiné mon grand-père, mais, eux, ont cru que c'était Staline ! ».
Sources
  • Archives en ligne de Romorantin-Lanthenay.
  • Registres matricules militaires en ligne du Loir-et-Cher.
    Photo en civil @ Musée de la Résistance et de la Déportation du Loir-et-Cher à Blois.
  • Photo La Nouvelle République
  • Fiches de dénombrement des déportés et internés, communiquées par Mme Valin (Mairie de Romorantin, 1989).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 40, page 253. Note de Thérèse Burel.
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie (complétée en 2017) rédigée à partir du Maîtron et des documents de l’ADIRP du Loir-et-Cher en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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