Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



VOILLEMIN Pierre, Marius


Matricule "46200" à Auschwitz

Pierre, Marius Voillemin est né le 16 décembre 1918 à Troyes (Aube). 
Il habite quai des Ursulines à Joinville (Haute-Marne), au moment de son arrestation. Son père, Marius Voillemain, né le 26 juin 1986 à Beauvoisin (Jura), âgé de 32 ans, est stucateur.
Pierre Voillemin est communiste et travaille comme employé de commerce.
Après l’Armistice et l’Occupation allemande, René Bousquet, avait fait établir dès septembre 1940 en tant que Préfet de la Marne des listes de “communistes notoires” et effectuer des enquêtes dans les entreprises. Nommé par Vichy Préfet de Région (Marne, Haute-Marne et Aube) le 28 août 1941, René Bousquet va continuer cette politique dans la Haute-Marne. Avec l’invasion de l’Union soviétique le 22 juin 1941, les autorités allemandes se sont fait remettre les notices individuelles des communistes connus, déjà arrêtés ou incarcérés par la police française.  Le 10 septembre 1941, c’est le début de la « politique des otages ». Lire dans le blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942).
Pierre Voillemin est arrêté avec son père (1) le 23 juin 1941 à Joinville, (LA 2668) par la police française, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (une soixantaine de militants syndicalistes et / ou communistes à la prison de Chaumont pour la Haute-Marne), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich” (le Frontstalag 122). 
D'abord incarcéré à Chaumont, Pierre Voillemin est interné à Compiègne à la demande des autorités allemandes et y arrive le 27 juin.
Photo montage à partir original © Pierre Cardon
Pierre Voillemin figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne (nés entre 1912 et 1922), aptes à être déportés "à l’Est", (Kommunistischer Häftlinge des Interniertenlagers)  en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV-198). 
Il reçoit le numéro matricule "604" à Compiègne.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Voillemin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46200".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Le 8 décembre 1942, Pierre Voillemin entre à "l’infirmerie" du camp (le Revier).
Pierre Voillemin meurt à Auschwitz le 20 mars 1943 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1279). Son acte de décès civil établi en France après la Libération porte toujours la mention «mort en mars 1943 à Auschwitz». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 1er septembre 2001). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Pierre Voillemin a été homologué "Déporté politique". Un Robert Voillemin figure également sur cette plaque (victime civile). 
  • Note 1 : Il existe au DAVCC une fiche au nom de Marius Voillemin, né le 26 juin 1986 à Beauvoisin (Jura), arrêté à Joinville le 23 juin 1941. Agé de plus de 55 ans, âge limite retenu par les Allemands pour les convois de déportés politiques (il a 56 ans en 1942), il n'a pas été déporté.
Sources
  • Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen  (dossier individuel consulté en février et décembre 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp, ce qui est la cas pour Pierre Voillemin.
  • Site internet Mémorial «GenWeb » (fiche complétée par Jacquot Raymond le 20-12-2004).
Notice biographique rédigée en novembre 2010, complétée en 2015 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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