Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



THOMAS Yves, Guy

Yves, Guy Thomas © DR

Matricule "46145" à Auschwitz

Yves Thomas est né le 5 janvier 1910 à Thonnance-lès-Joinville (Haute-Marne). Il habite 81 rue des Alliés à Saint-Dizier (Haute-Marne) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie Clément et d’Eugène Thomas son époux.
Le 18 février 1933 à Saint Dizier il épouse Jeanne, Marie Méon (née le 30 janvier 1912 à Sauvigny, Meuse, décédée le 22 février 1965 à Saint Dizier). Le couple a un enfant. 
Il travaille comme homme d'équipe à l'Exploitation SNCF de Saint-Dizier.
Sous l’Occupation, Yves Thomas est arrêté le 22 juin 1941 à St Dizier, pour “menées communistes“. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy ( La maison d’arrêt de Chaumont,  27 rue Val Barizien, pour les Haut-marnais)  ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
A Compiègne, il reçoit le matricule "582".
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Yves Thomas est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à son arrivée à Auschwitz sous le numéro 46145 (© in musée d’Etat d'Auschwitz-Birkenau)(1)Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Yves Thomas meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1245), dans les jours qui suivent une importante «sélection» des « inaptes au travail » destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau. 
Il décède le m^me jour qu'Adrien Thomas. Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «mort à Auschwitz le 30 août 1942». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 1/09/2000). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. 
Son nom figure sur la stèle commémorative de la SNCF à Saint-Dizier.
Il est homologué "Déporté politique " au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant au «Front National pour la libération et l’indépendance de la France  dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.

Note 1 : Le numéro «46146 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’ayant pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules, c’est pourquoi, il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz». Depuis sa parution, la mise en ligne des numéros matricules par le Musée d’Etat d'Auschwitz-Birkenau a permis de publier avec certitude le numéro 46145.

Sources
  • Correspondances avec Jean-Marie Chirol, animateur du «Club Mémoires 52» : communication de ses recherches aux archives départementales et auprès de l'état civil des mairies (1992-1994).
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Courrier (1992) de Georges Savary, responsable de la FNDIRP de Saint-Dizier, ancien interné à Compiègne (arrêté en même temps qu’Henri Quérel et d’autres communistes de Saint-Dizier) et déporté à Sachsenhausen.
  • Photo in Site internet © Mémorial «GenWeb».
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense (dossier individuel consulté en décembre 1992).
  • DAVCC, Ministère de la Défense : "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz (N° 31868). 
  • © Site du Musée d’Etat d'Auschwitz-Birkenau.
Notice biographique rédigée en novembre 2010, complétée en 2015 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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