Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



MIGEOT Charles, Edmond


Charles Migeot est né le 4 avril 1889 à Larivière (Haute-Marne). Au moment de son arrestation, il habite cette commune qui a pris le nom de Larivière-sur-Apance en 1924 (et Larivière-Armoncourt depuis 1973). 
Il est le fils d’Adeline Migeot, âgée de 40 ans, vigneronne. Elle est veuve.
Lors du conseil de révision, Charles Migeot habite chez sa mère à Larivière. Il y travaille comme charpentier, scieur de long. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 63, pèse 60 kg, a les cheveux noirs, les sourcils châtain, les yeux gris, le front découvert, le nez moyen, le menton rond, la bouche grande et le visage ovale.
Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1909, Charles Migeot est incorporé 5 octobre 1910 au 152ème régiment d’infanterie, où il arrive le même jour.
« Certificat de bonne conduite accordé », il passe dans la réserve de l’armée le 27 septembre 1912. En mars 1913, il habite Bondy, au 7 rue du Chêne rond, puis place de la République chez M. Courageux. En décembre, il a changé de pension et habite 75 rue nationale à Livry, chez M. Lugue. En janvier 1914 il déménage au 32 rue d’Aubervilliers à Paris 19ème, tous lieux proches des gares.
En avril 1914, travaillant aux chemins de fer de l’Est, il est classé « affecté spécial » en cas de mobilisation.
Avec le décret de mobilisation générale du 1er août, il est considéré comme mobilisé sur son lieu de travail au titre des sections de chemin de fer de campagne du 2 août 1914 au 31 juillet 1919.
Le 3 juin 1916, Charles Migeot épouse Marie Rose Porte à Paris 18ème. Le couple aura 3 enfants.
En juillet 1927, ils habitent près de la gare de Langres. D’abord affecté pour la réserve au Régiment d’infanterie de Langres, caserné à Gerardmer (Vosges), Charles Migeot est à nouveau classé comme affecté spécial aux Chemins de fer de campagne. Puis il est retraité.
Après l’Armistice et l’Occupation allemande, René Bousquet, avait fait établir dès septembre 1940 en tant que Préfet de la Marne des listes de “communistes notoires” et effectuer des enquêtes dans les entreprises. Nommé par Vichy Préfet de Région (Marne, Haute-Marne et Aube) le 28 août 1941, René Bousquet va continuer cette politique dans la Haute-Marne. Avec l’invasion de l’Union soviétique le 22 juin 1941, les autorités allemandes se sont fait remettre les notices individuelles des communistes connus, déjà arrêtés ou incarcérés par la police française.  Le 10 septembre 1941, c’est le début de la « politique des otages ». Lire dans le blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942).
Charles Migeot est arrêté le 22 juin 1941 (pour motif purement politique témoignent l’instituteur et sa voisine) par la police allemande, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la prison de Chaumont pour la Haute-Marne), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. La liste d’Arrestation pour la Haute-Marne (LA 2667) porte la mention « comme communiste ». 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Migeot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule "45879". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur 
sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Charles Migeot meurt à Auschwitz le 31 août 1942 d’après les registres du camp (Sterbebücher von Auschwitz (registre des morts)
Pour Armand Saglier, rescapé n° "46085", il serait mort du typhus fin septembre. C’est cette date, sans doute inexacte que retient l’arrêté du 18 septembre 1995 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès paru au Journal Officiel du 21 décembre 1995 : « décédé en septembre 1942 à Auschwitz »
Charles Migeot a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. 
Son nom est honoré sur le monument aux morts de Larivière-sur-Arpance.

Sources
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1992).*
  • © "Club Mémoires 52", association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002). Les déportés Haut-Marnais. Bettancourt-la-Ferrée, avril 2005, p. 38. 
  • Site internet Mémorial «GenWeb ».
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • © Archives en ligne : Etat civil et Registres matricules militaires de Haute-Marne.

Notice biographique rédigée en novembre 2010, complétée en 2015 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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