Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



COLLIN Georges, Louis



Georges Collin à Auschwitz
Matricule "45387" à Auschwitz


Georges Collin est né le 4 avril 1894 à Poissons au domicile de sa mère et déclaré à Sémoutiers (Haute-Marne). Il habite au 203 rue du Maréchal Pétain (1) à Thonnance-les-Joinville, (Haute-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Louise Collin, 29 ans, sans profession, célibataire.
Lors du conseil de révision, Georges Collin  habite à Poissons. Il y travaille comme domestique. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 73, pèse 63 kg, a les cheveux châtain, les yeux bleus, le front et le nez moyen et le visage ovale. "il sait monter à cheval, conduire et soigner les chevaux, conduire une voiture" selon les items militaires remplis au moment de son conseil de révision.
Conscrit de la classe 1914, Georges Collin est mobilisé à la déclaration de guerre. Il est affecté dans les équipages de la Flotte. Embarqué, il survit au naufrage de son navire, coulé par les Allemands.
Le 21 juillet 1919, à Thonnance-les-Joinville, il épouse Germaine, Gabrielle Tarrasse. Le couple aura deux filles : Éva et Marcelle. 
Germaine Collin décède prématurément. Le 6 août 1932 à Fontaines-sur-Marne, Georges Collin épouse en secondes noces Marie, Eugénie, Anna Bédet. Le couple aura deux filles : Georgette et Ninon.
Georges Collin travaille à la fonderie Ferry-Capitain de Bussy Saint-Georges (commune de Vecqueville). Dans cette même usine travaillent également Louis Bedet, Edmond Gentil, Bernard Hacquin et Louis Thiéry, qui seront eux aussi arrêtés et déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Membre du Parti communiste, il est arrêté le 23 juin 1941 par les polices allemande et française, en même temps que Louis Bedet (45220), Albert Bernardin, Joseph Lapoire (2) et et 4 autres militants (témoignage de Jean Bedet, fils de Lois Bedet) : à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom "d’Aktion Theoderich", les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. Une soixantaine de Hauts-Marnais, syndicalistes et/ou communistes connus sont arrêtés dans cette opération.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy ( La maison d’arrêt de Chaumont,  27 rue Val Barizien pour les Haut-Marnais), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
A Compiègne, il reçoit le matricule "601", est affecté au Bâtiment 17.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Georges Collin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45387".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Georges Collin meurt à Auschwitz le 26 août 1942 d’après la liste établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Son état civil établi dans les années d'après guerre (jugement déclaratif de décès enregistré le 25 mai 1946) porte la date "décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)". Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué le 26 novembre 1952, carte N° 1119 03164 délivrée à Mme Marie Eugénie Collin.
Son nom est honoré sur les monuments aux morts de Thonnance-les-Joinville et de Joinville.
  • Note 1 : La rue Maréchal Pétain a été débaptisée : elle est devenue "Grande rue". Marie Collin y habitait toujours en 1946.
  • Note 2 : Albert Bernardin, né le 27 juillet 19014 à Eurville (52), interné à Compiègne, est déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen, où il meurt le 24 février 1944. Joseph Lapoire, né le 14 novembre 1913 à Hayange (54) est déporté le 23 janvier 1943 à Sachsenhausen. Il est libéré à Dachau le 19 avril 1945.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Lettre de M. Jean Bedet qui le cite comme arr^eté en même temps que son père (1992).
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen  (dossier individuel consulté en décembre 1992).
  • © Archives en ligne : Etat civil et Registres matricules militaires de Haute-Marne.
Notice biographique rédigée en novembre 2010, complétée en 2015 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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