Le convoi des "45 000"

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BEDET Louis, Georges, Roger



Matricule "45220" à Auschwitz

Louis Bedet est né le 19 juin 1895 à Bettaincourt-sur-Rognon (Haute-Marne), fils de Louis, Athanase Bedet et de Louise, Pauline, Isabelle née Leneveu. Il habite à Vecqueville (Haute-Marne) au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire nous apprend qu'il est ouvrier d'usine au moment du conseil de révision et que son père est décédé. Louis Bedet a les cheveux et les yeux noirs, le nez rectiligne et large, le visage ovale. Il sait conduire et soigner les chevaux, conduire une voiture et qu'il est vélocipédiste. Il est soutien de famille. 
Conscrit de la classe 1915, il est engagé volontaire. Caporal au 109ème Régiment d’Infanterie, puis au 156ème. Il est hospitalisé à la date du 21 août 1915. Il est gazé en 1916, évacué et hospitalisé le 17 novembre 1917. "Il ne nous parlait jamais de cette époque, mais j'ai entendu parler  du « chemin des Dames » et du « Mort-Homme » " écrit son fils Jean.
Le 31 juillet 1920, à Boulaincourt (Vosges), Louis Bedet épouse Marie Dussange. Le couple a deux garçons (André est né le e 18 mai 1921 et Jean est né 7 octobre 1924). 
Louis Bedet est ajusteur d’entretien aux usines Ferry-Capitain de Bussy-Joinville (commune de Vecqueville). Dans cette même usine travaillent également Georges CollinEdmond GentilBernard Hacquin et Louis Thiéry qui seront également arrêtés et déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.
Militant syndicaliste, il est adhérent CGT (carte confédérale n° 31460 de la Fédération des Chemins de fer du 1er mai 1919). En juin 1936 il est à la Fédération CGT des Métaux (carte confédérale CGT n°2738473 de juin 1936). 
Il dirige les grèves de 1936. « Le patron ne pouvait garder le loup dans la bergerie. Il en fut de même pour moi, qui fus sur les listes du STO à 18 ans » écrit Jean Bedet. Membre du Parti communiste, “Il avait - écrit son fils - le cœur communiste, un vrai“. Il l’avait quitté en 1938. En 1940, il a tout fait pour s’engager, «révolté par la drôle de guerre».
Camions allemands à Chaumont
Louis Bedet est arrêté le 23 juin 1941 par les polices allemande et française, en même temps que Georges Collin, Albert Bernardin, Joseph Lapoire (1) et 4 autres militants (témoignage de Jean Bedet, fils de Lois Bedet). Il s'agit vraisemblablement de Georges CollinEdmond GentilBernard Hacquin et Louis Thiéry.
Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la prison de Chaumont pour la Haute-Marne. 
Louis Bedet est Interrogé à la Kommandantur de Joinville, puis écroué à la prison de Chaumont. Avec ses camarades, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Louis Bedet y reçoit le matricule "599". Il participe au creusement du célèbre tunnel qui permit l'évasion de 19 responsables communistes le 22 juin 1942. Il l’écrit dans une lettre lancée par dessus le mur à Compiègne, mais « il avait eu peur des représailles sur la famille et avait préféré rester ». Lire dans le blog : 22 juin 1942 : 19 internés s’évadent du camp de Compiègne par un souterrain.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Bedet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941
Louis Bedet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45220". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Louis Bedet meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in « Death Books from Auschwitz » Tome 2, page 62). Le jugement déclaratif de décès établi au lendemain de la Libération (7 novembre 1946), n’avait pu fixer de date, mais l’avait déclaré décédé, puis « mort pour la France ». Lorsque le ministère a fait procéder à l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 25 avril 2008), il a été ajouté à l'acte de décès "décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, et non décédé sans autre renseignements», soient les 5 jours prévus par le décret après le départ du convoi. Il était pourtant possible d'inscrire la vraie date, puisque dl'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz date de 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Louis Bedet a été déclaré "Mort pour la France", le 9 octobre 1947. Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (n°1157 0400). Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Vecqueville
Un de ses fils, André, qui s’était réfugié en zone libre en 1941, s’est engagé dans l’armée de l’armistice, puis au maquis de Haute-Savoie à l’arrivée des Allemands. Il est co-auteur du livre « les Glières ». Son autre fils, Jean, réfractaire au STO (il a 18 ans en 1943), rejoint son frère au maquis des Glières. Il est fait prisonnier après l'attaque du maquis des Glières (1944). Deux blessures. Convoyé en train en direction d’un camp de la mort, dans la nuit du 13 au 14 août 1944, il parvient à s'évader. Il est «Interné résistant ».
  • Note 1 : Albert Bernardin, né le 27 juillet 19014 à Eurville (52), interné à Compiègne, est déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen, où il meurt le 24 février 1944. Joseph Lapoire, né le 14 novembre 1913 à Hayange (54) est déporté le 23 janvier 1943 à Sachsenhausen. Il est libéré à Dachau le 19 avril 1945
Sources
  • Lettre de son fils, Jean Bedet (15 avril 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Site internet Mémorial «GenWeb» (Stéphane Protois).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • © Photo "des allemands sur le stade Voltaire" in www.ville-chaumont.fr/1944
  • Correspondance avec sa bru et sa petite-nièce.
Biographie rédigée en novembre 2010 (modifiée en 2011 et 2018) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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