Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



ABEL Louis, Marie, Vincent



Louis Abel est né le 13 août 1899 à Magrie (Aude), Il habite 26 rue Auguste Merillon à Bordeaux (Gironde) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Marguerite Pons et de Vincent, Auguste Abel. Ses parents habitent au 188 rue François de Sourdis à Bordeaux.
Il est employé de commerce, voyageur de commerce, puis fabricant en chaussures selon son registre matricule militaire créé en 1920. Il sera déclaré en état de faillite par le tribunal de commerce de Bordeaux (la date est malheureusement illisible). A Auschwitz il se déclare forestier. Il a les cheveux châtain foncé et les yeux bleus, le front découvert et le nez moyen. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1919, Louis Abel est mobilisé par anticipation (le 20 avril 1918) comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le lendemain au 9ème régiment du Génie. A l’instruction jusqu’au 21 septembre 1918, il est envoyé « aux armées », sur le front (combats de Verdun) avec le 9ème bataillon du 9ème Génie. Il est toujours « aux armées » après l’armistice du 11 novembre,  jusqu’au 21 avril 1919. Le 14 décembre 1920, il est transféré au 144ème régiment d’infanterie. Il est démobilisé le 15 avril 1921, « certificat de bonne conduite accordé ».
En application du traité de Versailles, la première occupation militaire de la Ruhr par l’armée française va avoir lieu en mai 1921 : le gouvernement rappelle les réservistes (les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent alors de 100.000 à 210.000 hommes). Louis Abel est donc « rappelé à l’activité » le 15 mai 1921 (article 33, loi 8 mars 1905) et arrive au 144ème Régiment d’infanterie le 16 mai 1921. Il est affecté au 26ème Régiment d’infanterie le 9 juin, puis réaffecté au 2ème Chasseurs le 18 juin 1921 dans le cadre de l’occupation des pays Rhénans. Il est à nouveau démobilisé le 28 juin 1921.
A la déclaration de guerre, il est « rappelé à l’activité » le 3 septembre 1939 dans le cadre de la mobilisation des réservistes. Il est affecté au 185ème COMA (entrepôt d’effets). Il arrive au corps le jour même. Il est hospitalisé pour coliques néphrétiques à l’hôpital complémentaire Institution du Parc à Bordeaux le 29 novembre 1939. Il en sort le 12 janvier 1940, avec une permission de convalescence jusqu’au 20 janvier et dirigé sur l’entrepôt de la gestion d’effets. Il rejoint le dépôt de la 18ème DI. de COMA le 16 avril 1940 et aussitôt dirigé sur le dépôt de la 17ème section d’exploitation « aux armées ».
Embarquement à Brest
pour la Norvège
Il est alors désigné pour faire partie de la deuxième division légère de chasseurs (corps expéditionnaire de l’Europe septentrionale). Le 26 avril 1940, Louis Abel embarque à Brest à destination de la Norvège. Débarqué à Gasgow (Ecosse) le 1 mai 1940. En Norvège du 2 au 21 mai, il est réembarqué le 22 et débarque à Brest le 25 mai. Affecté à la 10ème Division d’Infanterie, celle-ci est engagée dans le cadre de la campagne de la Somme (Bresle) du 25 mai au 8 juin 1940. Il participe aux opérations de repli du 9 au 21 juin.
Il est considéré comme « militaire sur pied de guerre » du 26 juin au juillet 1940. Louis Abel est démobilisé le 27 juillet 1940.
Pendant l’Occupation, Louis Abel est arrêté une première fois le 6 novembre 1940, à Bordeaux, à son domicile, pour "aide à l'ennemi" et "activité gaulliste".
Il est condamné à 14 mois de prison par un tribunal allemand (ou selon une autre source : 11 mois de travaux forcés en Allemagne). Le 14 août 1941, il est écroué à la prison de Rheinbach (au sud-ouest de Bonn). Il est libéré le 17 janvier 1942.
Louis Abel est à nouveau arrêté le 21 avril 1942. Il est enfermé au Fort du Hâ (1). Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 26 mai 1942 (en même temps que Robert Levillon), en vue de sa déportation comme otage.
A Compiègne il reçoit le n° matricule "5969". Des membres de sa famille effectuent en vain une démarche auprès des services de la "Délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés»  (De Brinon). 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Abel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 45168 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « triangles rouges à Auschwitz».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Louis Abel meurt à Auschwitz le 27 septembre 1942 d’après les registres du camp (Death Books from Auschwitz). Le certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz (N° 32975) porte la mention : catholique. Cette date est reprise par l’arrêté du 12 novembre 1987 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès paru au Journal Officiel du 28 janvier 1988. Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué  (26-07-1948), démarches effectuées par son frère.

  • Note 1 : « Dès le mois de septembre 1940 les Allemands ont utilisé la Prison militaire pour y incarcérer des civils français ; la prison du Fort du Hâ regorgeait déjà de monde par suite des arrestations massives opérées dès l’arrivée des Allemands. Les premiers incarcérés à la Prison militaires étaient des hommes ; pendant deux semaines environ ils ont été gardés par des surveillants civils du Fort du Hâ placés sous les ordres de gradés allemands, puis très rapidement un personnel militaire allemand a pris tous les services de la prison sous le commandement du capitaine Bickel » (in blog de Jacky Tronel, Histoire pénitentiaire et Justice militaire).
Sources
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en octobre 1993).
  • Registres matricules militaires.
  • Photo embarquement à Brest en 1940 © ECPAD ministère de la Défense.
Biographie rédigée en novembre 2010, complétée en juillet 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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