Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



MAISON Fernand, Victor, Omer


Fernand Maison en 1931
Matricule "45816" à Auschwitz


Fernand Maison est né le 5 novembre 1894 à Amiens (Somme). 
Il habite au 30 rue Victor Hugo à Marissel, commune actuellement rattachée à Beauvais (Oise) au moment de son arrestation
Il est le fils de Victorine Fauvelle, 27 ans, ménagère et de Joseph, Maximilien, Omer Maison, 40 ans, charron son époux. Ils habitent au 24 boulevard Garibaldi à Amiens (Somme). Il a trois demi-sœurs et frère, nés d’un premier mariage de son père avec Euphrosine Fauvel : Aménaïde, née en 1877, Marie née en 1881 et Félix, né en 1885.
Selon sa fiche matricule militaire Fernand Maison mesure 1m 72, a les cheveux châtain clair et les yeux marron, le front moyen, le nez rectiligne. Au moment du conseil de révision, il travaille comme mécanicien à Notre-Dame-du-Thil (Oise) où habitent ses parents. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1914, Fernand Maison, comme tous les jeunes hommes de sa classe après la déclaration de guerre est mobilisé dès la fin de l’année. Incorporé le 1er septembre 1914 au 4ème régiment d’artillerie lourde, caserné à Remiremont, où il arrive le 8. 
Il « passe » au 2ème régiment d’Infanterie coloniale à Brest le 4 octobre 1914. Il est nommé caporal le 1er décembre 1914 (campagne d’Argonne). Il « passe » au 6ème régiment mixte du corps expéditionnaire d’Orient, le 12 juin 1915 engagé aux Dardannelles.
Croix de guerre
étoile de bronze

 et médaille Serbe
Il a été nommé à l’ordre du jour du régiment (14 octobre 1915) : Toujours volontaire pour les missions périlleuses. A déjà fait deux patrouilles de nuit. A dirigé avec le plus grand calme l’équipe du fortin A 23. Est resté 1 h 30 en dehors du parapet et passant à certains moments tout à côté des ouvrages turcs ». Il reçoit la Croix de guerre, étoile de bronze.
Il est nommé sergent le 29 novembre 1915 (campagne des Dardanelles). Rapatrié en France, il  « passe » au 23ème régiment d’infanterie coloniale le 4 mai 1917, « aux armées ». Il « passe » au 4ème régiment d’infanterie coloniale le 15 avril 1918. Le 10 août 1918, il « passe » au 12ème Bataillon malgaches. Le 1er janvier 1919, il est placé en « congé illimité de démobilisation » par le 1er Régiment de Chasseurs malgaches, « certificat de bonne conduite accordé ». 
Outre la Croix de guerre, il est titulaire de la médaille commémorative Serbe de la grande guerre et de la médaille Interalliée.
S’il est maintenu « bon service armé » pour la réserve de l’armée active, il subira des séquelles de paludisme (une pension temporaire de 10% lui est accordée en 1921, renouvelée en 1926 et devenue permanente en 1929 par la commission de réforme d’Amiens).
Le 11 juin 1919, il a été embauché comme ouvrier d’atelier aux Chemins de fer du Nord.
Pour l’armée cet emploi le fait alors « passer » « affecté spécial » en tant que réserviste de l’armée active, à la 5ème section des chemins de fer de campagne: c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit.
Comme Fernand Maison a changé d’entreprise, il est rayé de cette « affectation spéciale » en 1922. En mars il habite alors à Abancourt (Oise).
En octobre 1928, il a déménagé au 66 rue de Villers à Notre-Dame-du-Thil.
En octobre 1933, il habite au 12 impasse Marguerite à Beauvais.
En janvier 1936, il est à nouveau classé « affecté spécial » au titre de la Société du Gaz de Beauvais, comme mécanicien.
Le 12 juillet 1919, à Notre-Dame-du-Thil, il épouse Lucienne, Georgette Rogeau, née le 29 avril 1901 à Beauvais. Le couple a une fille, Fernande qui naît en 1920. 
Avec sa fille et sa femme, en 1931
Fernand Maison est employé du gaz. Membre du Parti communiste, il est secrétaire de cellule.
Sa femme et sa fille Fernande sont tuées sous les bombardements de juin 1940 à  Beauvais (ce décès n'était pas enregistré sur l'acte de naissance de son épouse en 1992 - réponse de la Mairie de Beauvais, mais Fernand Maison est indiqué comme veuf sur son acte de décès).
Dès le début juin 1940, l'Oise est envahie par les troupes de la Wehrmacht. Nombre de villes et villages sont incendiés ou dévastés par les bombardements. Département riche en ressources agricoles, industrielles et humaines l’Oise va être pillé par les troupes d’Occupation. Ce sont les Allemands qui disposent du pouvoir réel et les autorités administratives françaises seront jusqu’à la Libération au service de l’occupant (Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande »)
On ignore sa date d'arrestation mais on sait qu'il est connu comme communiste par la police française. 
Remis aux autorités allemandes à leur demande, celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Fernand Maison est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45816" d’après la liste établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Fernand Maison meurt à Auschwitz le 27 janvier 1943 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 760). Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz»». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.


Sources
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en juin 1992)
  • Etat civil mairie de Beauvais (1992). Avis de décès, établi le 7 novembre 1946.
  • Recherches de Madame Benoit, enseignante, belle-sœur de Marcel Bec (correspondance mai 1993).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires.
  • Etat civil en ligne d'Amiens.
  • Remerciements à M. Jérôme David pour son envoi de photos  : Fernand Maison était le grand-oncle de sa mère (juin 2018).
Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2010 complétée en 2011, et 2018. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Aucun commentaire: