Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



DE FOOR Cyrille, Alphonse



Matricule "45.431" à Auschwitz
Une rue de Montataire porte son nom


Cyrille De Foor est né le 1er juillet 1911 à Montataire (Oise). 

Il habite au 2 rue Lesiour dans cette même ville au moment de son arrestation. Il est le fils de Maria, Irma Van Hoecke, née en 1881 à Lootenhulle, non loin de Gand (Belgique) et d'Emile De Foor, ouvrier d'usine. La naissance est déclarée par Théophile Vispoel, né en 1881 en Belgique, manœuvre dans la métallurgie, avec lequel sa mère vit à cette date au 50 rue des Nations à Montataire, avec deux autres de ses enfants, nés De Foor, Emerance, née en 1904 à Montataire et Robert, né en 1909 à Creil. 
Sa mère aura quatre autres enfants (Augusta, née en 1913, Albert, né en 1915, Gabrielle, née en 1918, et Gisèle, née en 1920) et habite au 48 bis rue des Nations en 1921.
L'usine Wallut de Montataire
Cyrille De Foor travaille dès 15 ans dans la métallurgie de Montataire : à l'usine Wallut en 1926, puis aux Forges de Montataire entre 1931 et 1936 comme lamineur.
Le 24 août 1935, il épouse Lucile, Fernande Deweerdt. Elle est plieuse «Aux 100.000 chemises» (recensement de 1936).  
Le couple habite au 2 rue Lesiour au moment de son arrestation.
Il est un militant communiste, avant et après 1939.
Dès le début juin 1940, l'Oise est envahie par les troupes de la Wehrmacht. Nombre de villes et villages sont incendiés ou dévastés par les bombardements. Département riche en ressources agricoles, industrielles et humaines l’Oise va être pillé par les troupes d’occupation. Ce sont les Allemands qui disposent du pouvoir réel et les autorités administratives françaises seront jusqu’à la Libération au service de l’occupant (Françoise Leclère-Rosenzweig, in « L’Oise allemande »).
Le 1er décembre 1940 il est convoqué à la gendarmerie, et selon le rapport de gendarmerie,  il déclare ne pas renier ses idées.
Il est arrêté le 16 juillet 1941. Le même mois, sont arrêtés :  Marc Quénardel (de Montataire), Paul Crauet (4541) Georges Gourdon (45622), Marcel Bataillard (45203) et André Gourdin (45621), Gustave Prothais (46018), Jules Dubrulle, Paul Réau (46038), tous déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Il est remis à leur demande aux autorités allemandes qui l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), peu de jours après. Il est enregistré sous le numéro matricule 1310.
Le 18 septembre 1941, le commissaire spécial de la Sûreté nationale de Beauvais écrit à Paul Vacquier, Préfet de l’Oise, pour l’informer que "le Kreiskommandant de Senlis a demandé de lui transmettre une liste de quinze individus, choisis parmi les communistes les plus militants de la région creilloise, destinés, le cas échéant, à être pris en qualité d’otages. En accord avec le commissaire de police de Creil, la liste a été établie". Cyrille Defoor y est inscrit en 1è position de cette liste avec la mention « déjà interné ». Parmi les autres noms de cette liste, cinq d’entre eux seront comme lui déportés à Auschwitz : Marcel Bataillard, Paul Crauet, Georges Gourdon , André Gourdin,  Cyrille De Foor, Marc Quénardel
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf l’article du blog : Les wagons de la Déportation
Cyrille De Foor est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45431 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Cyrille De Foor meurt à Auschwitz le 21 mars 1943 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 300).
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération (le 30 octobre 46, jugement déclaratif de décès) porte toujours la mention «décédé l’an 1943, le 15 mars à Auschwitz (Pologne)». Même pour une différence de quelques jours, Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Cyrille De Foor est déclaré "Mort pour la France" le 6 mars 1947. La mention «Mort en déportation» a été ajoutée à son état civil le 23 novembre 1989.
Une rue de Montataire porte son nom.

Sources
  • Correspondance en mai 1991 avec Jean-Pierre Besse, historien, collaborateur du Maitron (communication de ses recherches aux archives départementales de l'Oise, séries M et W 8250, et auprès de l'état civil de la mairie de Montataire).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P consultées en 1992).
  • Photo de l'usine Wallut, © DR ministère de l'agriculture, conseil général et régional.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Photo de Cyrille De Foor d’après © Cédric Hoock in Mémorial Genweb 
  • Montataire, recensements de 1911 (vue 110), 1921 (vue 119) et 1936 (vue 22/ 128).
Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007 complétée en 2010, et 2018. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Aucun commentaire: