Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



CERVEAUX Roger, Ernest, Alphonse



Matricule "45348" à Auschwitz

Roger Cerveaux est né le 3 novembre 1901 à Reims (Marne).

Il habite 60 rue Voltaire à Breteuil-sur-Noye (Oise) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Irma, Alphonsine, Mathilde Picard, 29 ans, couturière et de Alphonse, Jules, Alfred Cerveaux, 32 ans, cocher, son époux. Il a deux sœurs aînées, Renée, née en 1895 et Yvonne, née en 1898 et un frère cadet, Raymond, né en 1903.
Il épouse Raymonde Denelle le 14 octobre 1924, à Paris 14°. Devenu veuf, il se  remarie avec Madeleine Denant de Breteuil. 
Roger Cerveaux organise à Breteuil "les Jeunes Socialistes". Il est adhérent de la section SFIO de Breteuil en 1931, dont il est membre du bureau comme trésorier général. 
L’Humanité du 3 juillet 1937, candidatures communistes 
de l’Oise au Conseil général et cantonal
Puis il crée une cellule du Parti communiste. 
Il travaille comme typographe à l'Humanité : «il semble qu’il ait effectué quotidiennement le trajet Breteuil embranchement Paris par chemin de fer, son épouse le menait en voiture à la gare de départ » écrit le maire de Breteuil.Il est candidat communiste au conseil d'arrondissement le 10 octobre 1934 (il obtient 390 voix), puis aux élections cantonales de 1937. A Bréteuil même, il obtient 24 % des voix. 
Il se retrouve sans travail après l'interdiction de l'Humanité en 1939. Il est alors saisonnier dans plusieurs  fermes de Bréteuil, puis il est employé chez monsieur Huchez, dont la quincaillerie, détruite en 1940, était réinstallée au "Bonnet Rouge", rue d'Amiens, près de l'actuel "Cap Nord" (Adrien Roger in bulletin municipal).
Dès le début juin 1940, l'Oise est envahie par les troupes de la Wehrmacht. Nombre de villes et villages sont incendiés ou dévastés par les bombardements. Département riche en ressources agricoles, industrielles et humaines l’Oise va être pillé par les troupes d’Occupation. Ce sont les Allemands qui disposent du pouvoir réel et les autorités administratives françaises seront jusqu’à la Libération au service de l’occupant (Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande »)
C'est dans le magasin du "Bonnet rouge" qu'il est arrêté  le 20 octobre 1941 : « les Allemands qui le cherchaient s’adressèrent à l’hôtel de ville. M. Taton, secrétaire de mairie refusa courageusement de leur fournir un quelconque renseignement, ce qui les rendit furieux. C’est alors que la gendarmerie intervint et découvrant son lieu de travail procéda à son interpellation sous le prétexte d'un simple contrôle d'identité(Adrien Roger).
Roger Cerveaux est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf l’article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Roger Cerveaux meurt à Auschwitz le 10 août 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour l’atat civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau Tome 2, page 162).
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz
Il a été déclaré "Mort pour la France" le 9 août 1946.
Son nom figure paradoxalement sur le monument aux Morts parmi ceux des victimes civiles, mais son épouse a déposé une plaque au pied de ce monument : "anniversaire de déportation à mon mari".
La mention “Mort en déportation” est portée sur son acte de décès (J.O. du 20/11/1987).
En 1992, son nom est donné à une rue de Breteuil.


Sources
  • Bulletin municipal n° 1 de Bréteuil, article d'Adrien Roger, conseiller municipal.
  • Informations du maire de Breteuil, M. Patrick Koster (septembre 1991).
  • Article de M. Adrien Roger, conseiller municipal dans le bulletin municipal n° 10 (mars 1993).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 21, page 364.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007 complétée en 2011, et 2018. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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