Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus.
Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi est désormais le dernier rescapé du convoi.
L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



BRESOLIN Louis



Louis Bresolin

Louis Bresolin est né le 13 février 1909 à Bassano (Italie). Il habite 19 rue Edouard Dreux à Valleroy au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Félicita Bordignon, née en 1866 à Cittadella (Italie) et de Luigi Bresolin, né en 1859 à Soria (Italie), cantonnier.
Il a deux frères : Antoine, né en 1905 à Bassano et Marcel, né en 1929 à Valleroy.
La famille Bresolin est arrivée en France en 1926
En 1931 la famille habite chez son frère Antoine, marié à Amélie (née à Udine), qui travaillant à la mine de Valleroy est logé par celle-ci. 
Un wattmann et sa loco
Louis et Marcel sont wattmann (conducteurs de locomotrices électriques pour les wagonnets transportant le minerai) à la mine et leur père est cantonnier à la ville de Valleroy.
Louis Bresolin épouse Pierrina Peni née en 1912 à Gonars (province d'Udine). Le jeune couple habite seul en 1936 au n° 435 du quartier de la mine (les noms de rues ne sont pas indiqués sur le registre de recensement). Son frère Antonio a un fils Angelo, né en 1935 à Valleroy. Cette année-là, Louis Bresolin est naturalisé français.
Louis Bresolin est secrétaire du syndicat CGT des  mineurs de Valleroy. 
Il n'est pas membre du Parti communiste mais "de tendance antifasciste" (rapport de police).
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174)
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 

Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre. Le 20 février 1942 des Feldgendarmen l'arrêtent (Antoine Vanin, 46171, rescapé, et Emile Tunési, qui feront eux aussi partie du convoi du 6 juillet 1942 sont arrêtés le même jour). Il s’agit de la deuxième vague d’arrestations d’otages qui suit dans tout le département (Auboué, Audun, Longwy, Jarny, Homécourt, Valleroy, Villerupt, Valleroy) le sabotage du transformateur d'Auboué (lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942).
Louis Bresolin est probablement incarcéré, comme Antoine-Bruno Vanin de Valleroy à la prison de Briey le 20 février 1942 et il a sans doute subi le même parcours : interné au camp d’Ecrouves le 23 février et à Nancy le 5 mars. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 10 avril 1942. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Louis Bresolin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks »responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu, même si le n° "45.299" correspondant au visage ci contre pourrait correspondre avec l'agrandissement de la photo d'avant guerre publiée dans le livre des frères Magrinelli. 
Le numéro «46223 ??» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
L'entrée du camp d'Auschwitz
Le maire de Valleroy à rapporté le témoignage d’Antoine-Bruno Vanin selon lequel son camarade Louis Bresolin serait mort dès son arrivée au camp, tué à coups de bâtons. Selon la liste communiquée par la mission néerlandaise de 1948, la mort de Louis Bresolin a été enregistrée le 18 septembre 1942 (date reprise par l’arrêté du 4 septembre 2007 portant apposition de la mention Mort en déportation sur les actes et jugements déclaratifs de décès).
Une allée de Valleroy porte son nom.

Sources
  • Réponse à ma demande d’informations de M. R. Besnier, maire de Valleroy (3 octobre 1989).
  • Photo in "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle" (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 246.
  • Auboué (Paul Viard), pages 150 et 151.
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz (n°31850).
  • Recensement de la population de Valleroy 1931 / 1936.

Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 



Affiche de la conférence du 5 juillet 1997
salle Pablo Picasso à Homécourt

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