Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



ZIEMKIEWICZ Victor



Victor Ziemkiewicz est né le 27 mai 1902 à Exin, en Pologne (1). Il habite au 190 rue Émile Heurteau (aujourd’hui rue des Pommiers), dans la cité ouvrière de la Petite-Fin, à Homécourt. Il est voisin de Jan Krechioch, Wladyslaw Bigos (au 198), Jean Trzeciak (au 196). Il y déménage sans doute après 1936, puisque son nom ne figure pas dans cette rue lors du recensement de cette année-là.
Puits du Fond de la Noue / (carte postale Punti, 
éditeur, Homécourt; Collection : industrie.lu)
Comme ses voisins, il est mineur de fer à la mine du "Puits du Fond de la Noue" à Homécourt.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elles est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). A Homécourt la Préfecture recense 1 sabotage de voie ferrée et 3 sabotages de freins de wagons, à Auboué commune voisine de deux kilomètres : 2 sabotages de lignes téléphoniques, 2 sabotages d’installations industrielles, 3 sabotages de voies ferrées.
Le sabotage du transformateur d’Auboué, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Victor Ziemkiewicz est arrêté le 2 mars 1942, à son domicile, en même temps que  Wladyslaw Bigos, Stanislas Czapla, Boleslaw Ferenc, et Jean Trzeciak  tous polonais et travaillant dans la même mine comme otage dans la vague de répression qui suit le plastiquage du Transformateur d'Auboué (lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942).
Une hypothèse rapportée par Charles Dallavalle a circulé parmi les mineurs : Victor Ziemkiewicz aurait été arrêté par erreur "Il y avait à la mine d'Homécourt un militant syndicaliste et communiste connu, qui avait un nom de la même consonance, quoique avec une orthographe différente, mais qui était prisonnier de guerre en Allemagne. Certains pensent qu'il y a eu confusion de noms".

Victor Ziemkiewicz est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Victor Ziemkiewicz est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le numéro d’immatriculation de Victor Ziemkiewicz à Auschwitz n’est pas connu.
Le numéro « 46212 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Victor Ziemkiewicz meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 1396). Dans les années d’après-guerre, le ministère des ACVG a fixé sa date de décès au 15 juillet 1942.

Note 1 : Exin est le nom de ville retenu par le Journal officiel du 9 septembre 1992. En 1918, après l'armistice, il se situait sur la fameuse ligne Foch que les allemands devaient évacuer. Mais à Auschwitz, il est a été noté Aexin-Bei-Posen (nom également retenu par la FMD). Il s'agit du nom donné à Exin par les Allemands après l'annexion de 1939, comme Gdansk avait été renommée Danzig. Nous avons choisi de conserver le nom polonais.

Sources

  • M. Jean Pierre Minella, maire d'Homécourt (9 mars 1989).
  • Charles Dallavalle, ouvrier sidérurgiste aux usines Marine Wendel d’Homécout avant guerre, Résistant et déporté (témoignages recueillis par Roger Arnould en 1972).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (1992).
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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