Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



THOREZ Georges, Henri, Emile



Georges Thorez © collection Jeanne Peinoit
Georges Thorez est né le 18 novembre 1905 à Les Attaques (Pas-de Calais). 
Ecluse de Varangéville
Il est batelier à la Société Saint-Gobain à bord de la péniche Montcalm à l’écluse de Varangéville, en amont de la passerelle de Dombasle, au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Eléonore, Alixe Triquet, 25 ans et d’Edgard, Auguste, Désiré Thorez, 33 ans, batelier, son époux.
Il a quatre filles (dont Marcelle, Muguette et Jeanne).
Autour du 20 décembre 1941 à l’écluse de Remefling, près de Sarguemines en Lorraine occupée, il prend à son bord cinq prisonniers français évadés pour leur faire passer la frontière clandestinement. Muguette alors âgée de 11 ans se souvient : « Mon père a chargé ces gens en pleine campagne (…) c’était vers le 20 décembre, à l’arrêt du soir.(…) on les a gardé plusieurs jours, la navigation était lente, le canal était couvert de glace qu’il fallait briser avec les péniches. Ils étaient cinq, un de Frouard, quatre de la région parisienne.(…) ils ont mangé avec nous (…) mis dans la double cloison où ils restaient debout la journée entière. (…) nous avons navigué plusieurs jours en territoire allemand frontalier. Le bateau était visité aux écluses par les Allemands. A celle de Lagarde, à la frontière, ils ont sondé le chargement de charbon avec des piques en fer. Je me souviens que nous avons passé la nuit de Noël à Einville en France occupée et les soldats nous ont quitté (…)».
Georges Thorez, "d'opinions communistes", est arrêté à Dombasle le 28 décembre 1941 par deux gendarmes français. Son bateau est perquisitionné par les Allemands le 30 décembre après son déchargement. 

Témoignage de Muguette Bodren,
 une des filles de Georges Thorez
La raison  de son arrestation, comme passeur de prisonniers évadés, est déclarée en 1955 par les services de gendarmerie. Quoique les archives de la gendarmerie aient été détruites à la Libération, l’opinion générale des mariniers en 1947 est qu’il a été l’objet d’une dénonciation. C'est d'ailleurs ce qu'affirme sa fille Muguette, qui désigne le patron du café.
Témoignage d'Arthur Reigner
Arthur Reignier, marinier, collègue de Georges Thorez se souvient : « En décembre 1941 Georges Thorez a recueilli en Moselle 5 prisonniers de guerre français évadés, les a cachés sur son bateau Saint-Gobain N°2, entre les cloisons séparant le logement et la cale de chargement de charbon, ceci à Remefling et leur a fait passer clandestinement la frontière à l’écluse N° 12 de Lagarde. Il a parlé de ce passage au café du port à Dombasle, où il a été arrêté, probablement sur dénonciation et transféré à Charles III, pour n’avoir pas parlé, m’a-on dit à l’époque» (témoignage recueilli par Jeanne Peinot née Thorez en 1993). Au sortir de cet interrogatoire, Georges Thorez a des dents cassées et des doigts écrasés.
Ecroué à la prison Charles III, Georges Thorez, reçoit la visite de son père3. Celui-ci à force de harceler les gendarmes apprend où son fils a été emmené. Celui-ci a été remis aux autorités d'occupation à leur demande et interné en février 1942 au camp de Royallieu à Compiègne où il reçoit le matricule N° 2444.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Thorez est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date précise de son décès à Auschwitz. On ignore sur quelle base elle a été fixée au 21 octobre 1942 par le tribunal de Première instance de Nancy. 
Clément Coudert, rescapé du convoi, interrogé à cet effet la situant à la « fin septembre 1942 ».
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1950.
Il a été déclaré "Mort pour la France" le 22 mars 1956.
Il a reçu à titre posthume la Croix de guerre et la Médaille militaire.

L'Est Républicain des 3 et 4 juin 1945
Le 3 juin 1945, son père, comme des dizaines de membres de familles de déportés, fait paraître une demande d'informations dans "L’Est Républicain", à la rubrique « Recherche de déportés » destinée à recueillir des informations auprès des déportés rescapés.
Pendant 42 ans, sa fille Jeanne Peinoit, née Thorez, a recherché les causes de l’arrestation de son père, la date et les circonstances de sa mort.
A partir du 20 février 1957 elle s’adresse à tous les services compétents (ODAC, ACVG). Alors même que le titre de « déporté politique » a été attribué à Georges Thorez en 1950, les réponses successives des services ne lui apportent aucune certitude. En 1964 le Ministère des anciens combattants (ACVG) l’informe que Georges Thorez a été « arrêté le 28 décembre 1941, interné à Nancy puis à Compiègne d’où il aurait été déporté vers Auschwitz », Il lui a fallu attendre le 23 mai 2002,  
pour avoir la confirmation, à la suite de mes propres recherches dans les archives, que son père était bien mort en déportation à Auschwitz
En août 2002, Jeanne Peinoit peut prendre connaissance du dossier de son père au Archives deu ministère des anciens combattant, où elle y lit le témoignage de Clément Coudert : « Lors de mon, internement à Auschwitz, j’ai connu Thorez Georges qui était originaire de Dombasles. Il est décédé des mauvais traitements que lui ont fait subir les Allemands. D‘après mes souvenirs… fin septembre 1942 ».
Elle découvre avec tristesse que Clément Coudert habitait Neuves-Maisons jusque à son décès en 1973, tandis qu'elle qui habitait depuis 1944 dans une rue voisine. Le 26 février 2004, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation l'informait que la mémoire de son père était reconnue, que son nom figurait dans la nouvelle édition du livre Mémorial des Déportés partis de France.

Sources

  • Lettres de la fille de Georges Thorez, Jeanne épouse Peinoit née Thorez (25 avril 2001 et 12 juin 2002).
  • Dossier et témoignage élaborés par Mme Jeanne Peinoit (26 juin 2004).
  • © Photo de Georges Thorez, collection Jeanne Peinoit.
  • Témoignage d’Arthur Reignier, né en 1923 (5 mars 1993).
  • Témoignage la fille de Georges Thorez, Muguette épouse Bodren, née en 1932 (le 9 septembre 2003)
  • Dossier individuel de Georges Thorez au Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Val de Fontenay et Caen. 
  • L'Est Républicain des 3 et 4 juin 1945, © montage Pierre Cardon
Notice biographique rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2010 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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