Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



SLOWINSKI Stanislas


Matricule "46260" à Auschwitz

Rescapé

Stanislas Slowinski est né le 11 mars 1901 à Mierzecice en Pologne.
Il habite au 258 Avenue de l'Argonne à Saint-Pierremont, agglomération de Trieux-Mancieulles (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.

Il est le fils de Juliana Pavinlkik (ou Pavelka) et de Jean Slowinski, son époux.
Il est manœuvre, mineur à la mine de Saint-Pierremont.
Maryana Slowinski en 1943
Le 26 octobre 1924, il épouse Maryana Slempitinik, née le 8 septembre 1906 à Dabrowa. Le couple a trois enfants : Casimira, née le 20 septembre 1927 à Mancieulles (1), Marian, né le 9 septembre 1929 à Mancieulles (il est apprenti mineur en 1945),  Amélia née le 30 décembre 1939 à Mancieulles. 
En 1931, la famille habite au 20 rue de la Somme à Mancieulles.
Marian Slowinski en 1943
En 1936, la famille a déménagé au 42 rue d’Argonne. Zdzislaw (Stanislas) Slowinski né le 26 avril 1932 à Mancieulles habite avec eux (Neveu ou cousin, il est le fils de Severina Spikowski et de Stanislaw Slowinski, né  le 31 octobre 1890 à Baranow, Pologne, mineur lui aussi).
Stanislas Slowinski est membre du Parti communiste et militant à la CGT entre 1936 et 1939 (source policière). 
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174)
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre. Stanislas Slowinski est arrêté le 20 février 1942, comme otage, en même temps qu'Angel Bolognini et Henri Creutzer.
Interné au camp des internés politiques d'Ecrouves, il en est extrait le 2 mars 1942 et il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 5 mars 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) en vue de sa déportation.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Stanislas Slowinski est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Stanislas Slowinski est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46260". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Affecté à Auschwitz 1, il est hospitalisé au Block 28 (Source Musée d'Auschwitz), où les détenus médecins et infirmiers sont polonais. Il reçoit au début 1943 - comme les autres détenus Polonais - l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 28 août 1944, il est transféré à Flossenbürg en Haute-Bavière avec 30 autres "45.000""(il y est enregistré le 31 août 1944  sous le matricule "19.898") avec 30 autres "45.000". C'est un camp de "nouvelle génération" où les déportés extraient le granit destiné aux plans colossaux de constructions nazies, qui à partir de 1943 travaille pour l'avionneur Messerschmitt.
On ignore les itinéraires suivis par Stanislas Slovinski, Jean Tarnus et Gabriel Torralba à partir de Flossenbürg à partir de l'évacuation du camp.
Maryana Slowinski a quitté Mancieulles le 23 octobre 1943 pour Trieux, accompagnée des quatre enfants (elle quittera la ville en 1945, d’après les témoignages des voisins, après le décès du petit Casimir survenu le 5 avril 1945 à Briey : il était né de père inconnu le 31 mars 1944. Son acte de naissance indique que Stanislas Slowinski "est actuellement interné en Allemagne").
Grâce aux renseignements fournis par les Mairies de Mancieulles et de Trieux, on sait que "libéré en mai 1945, il a bénéficié de l'aide médicale temporaire" ce qui indique un état de santé précaire. D'après les informations recueillies par les services municipaux auprès des habitants du quartier, il ne subsisterait aucun parent de cette famille, qui est "vraisemblablement repartie en Pologne".
Stanislaw Slowinski a témoigné à propos de Joseph Matis en 1946 : de lui il dit « il a été arrêté le même jour que moi. Transféré à Ecrouves, puis Compiègne. Il était robuste et de forte constitution ».
Stanislas Slovinski serait décédé le 1er juin 1946. ses camarades rescapés ne lont pas revu. Il n'y a pas eu de demande d'homologation comme "Déporté politique". 
  • Note 1 : Compte tenu de la complexité de l'orthographe des noms polonais, l'état civil de Mancieulles avait recopié par erreur la date de naissance de Stanislas Slowisnski à la place de celle de son épouse au moment de la naissance de leur fille Casimira... mais indiqué la bonne ville de naissance de la mère, d'où source de confusion !
  • Note 2 :Louise Creutzer se souvenait de Stanislas Slowinski, arrêté en même temps que son frère. Elle a épousé Adrien Bermand, né en 1913 à Mancieulles, qui sera déporté « NN » en 1943 à Erzinger, kommando de Natzweiler. Libéré à Allach le 30 avril 1945, il est mort des suites de sa déportation.
Sources
  • Courrier au maire de Trieux, M. Christian Eckert et réponse de celui-ci (26 mai 1992).
  • Mairie de Mancieulles. Actes de naissance des 3 enfants Slowinski et celui de zdzislaw.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, février 1992, novembre 1993, Caen.
  • LA 18335, camp d'Ecrouves.
  • 2 photos in contrôle des étrangers, changement de domicile, mairie de Trieux.
  • Recensement de Mancieulles / 1936
Notice biographique rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com


Affiche de la conférence du 5 juillet 1997
salle Pablo Picasso à Homécourt

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