Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



PIERRON Nicolas, Germain

En 1980 à Jarny,  cérémonie à l'occasion des noces 
de diamant de Giobbé Pasini, 88 ans, 
photographié avec deux de ses camarades "45000", 
Richard Girardi et Germain Pierron.

Matricule "45985" à Auschwitz

Rescapé


Nicolas,Germain (prénom d'usage) Pierron  est né le 15 novembre 1912 à Clémency (Grand Duché de Luxembourg). Germain Pierron habite 9 rue du Viaduc à Thil (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Anna Kohn, née en 1882 à Hautecharrage, épouse Pierron.
Germain a sept sœurs et frères : Ferdinand, né en 1906 Hautecharrage, Marie en 1921,  Aurélie en 1915, Cyrille en 1922, Lucien en 1923 tous quatre à Hussigny, Félicienne en 1927 à Audun-le-Roman et Jean-Marie en 1932 à Thil
Il est de nationalité française, et célibataire au moment de son arrestation. Il est magasinier, puis machiniste.
Il n'est membre d'aucun parti politique, mais est permanent syndical CGT (à la mention de profession au recensement de 1936, il est écrit : syndicat). En 1936, il habite avec sa mère, veuve et ses sœurs et frères au 1 rue des Sors, à Thil.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.

La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174)
A partir d'avril 1941, Germain Pierron est contacté par Marcel Rémy (1) et participe à des distributions de tracts et journaux anti-allemands. Il est membre du Front National (certificats de Camille Thouvenin - déporté, secrétaire régional CGT mineurs en 1945 - et Marcel Rémy).
20.000 F pour dénonciation
de la Préfecture + 10.000 F de l'usine
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 

Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Dans le questionnaire rempli par son camarade Peiffer en 1989, il a évoqué le sabotage du transformateur d'Auboué.
Le 21 février 1942, des feldgendarmes de Longwy arrêtent Germain Pierron comme otage après le sabotage du transformateur d'Auboué, pour "complicité avec des organisations anti-allemandes" (lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942).
En même temps que lui sont arrêtés Maurice Ostorero, Richard Giradi, Amilcare Casagrande, et Finetti.
Ecroué à la prison de Longwy Germain Pierron est interné au camp d'Ecrouves le 23 février.
Germain Pierron est remis aux autorités allemandes à leur demande. Comme pour son camarade Maurice Ostorero, le dossier du tribunal allemand spécifie : "déportation" et "communiste" entouré au crayon rouge.
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne le 5 mars 1942 en vue de sa déportation comme otage. Le registre allemand indique : "Déportation communiste".
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Germain Pierron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Germain Pierron est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule "45985". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz I, Germain Pierron est affecté aux Kommandos Construction, Boulangerie, et de nouveau Construction (Bauhof) après la quarantaine au Block 11.
Le 28 août 1944, il est transféré à Sachsenhausen. 
Germain Pierron est libéré en avril 1945, et regagne la Lorraine le 3 juin. Sa fiancée était sans nouvelles depuis juillet 1942.
Il se marient et ont deux enfants.
Lorsqu'il remplit ce questionnaire en présence de Germain Pierron, le 20 mai 1989, Henri Peiffer note que son pauvre camarade parle avec difficulté "il est exténué et je ne peux insister. Sa vue, sa démarche, tout est déficient. Pauvre Germain. Il pèse peut-être 36 ou 37 kg. Il lui reste les os, avec la peau dessus. Je suis traumatisé par son gabarit de "musulman" (c'est ainsi que les déportés appelaient leurs camarades devenus cachexiques), sa maigreur extrème". Henri Peiffer écrit également "cela me réfère à mon état de 1942". Il y joint une photo de son ami Germain lors d'une visite médicale, que je ne reproduit pas, par respect pour sa mémoire, tant il est abîmé, amaigri.
Germain Pierron meurt à Thil le 25 août 1993, 5 jours avant son vieux camarade de déportation Henri Peiffer.
© Alain Girod
Une plaque portant son nom est apposée sur le four crématoire de Thil, monument commémorant les déportés de la commune. Elle est voisine de celle de son camarade Maurice Ostostero.
Germain Pierron a été homologué Déporté politique, le titre de Déporté résistant lui ayant été refusé au motif qu'il avait été arrêté "à titre d'otage ".
  • Note 1 Il est arrêté en août 1941, déporté à Mauthausen et rescapé des camps. Compt tenu des anciennes responsabilités syndicales de Germain Pierron, peut-être s'agit-il du secrétaire du syndicat CGT des PTT d’Épinal et membre de la commission administrative de l’Union départementale CGT des Vosges (seule source disponible : Remy Marcel in Le Maitron). 
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Henri Peiffer (20 mai 1989). 
  •  "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle" (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 229.
  • Certificat d'appartenance au Front National.
  • Lettre de M. Roger Piva, 1er adjoint au Maire, le 16 novembre 1993.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen. novembre 1993.
  • Photo de la plaque "in memoriam" © Alain Girod
Biographie rédigée en juin 1997, mise à jour en 2017 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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