Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



PEROT Jean, Marcel




Matricule "46255" à Auschwitz

Jean Pérot est né au quartier du Tronchat le 25 décembre 1921, à Saint-Léger-sur-Dheune (Saône-et-Loire). 
Il habite au 1 rue de Metz (aujourd'hui rue Maurice Thorez) à Homécourt (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Mathilde, Antoinette, Pierrette, Berthoux, 18 ans, sans profession et de Jean, Eugène Pérot, 29 ans, chaudronnier, son époux. Ses parents habitent chez ses grands-parents maternels (François Berthoux né en 1878, ouvrier à l'usine sidérurgique et Mélanie, née en 1880). 
En 1931, Jean Pérot, ses parents et grands-parents habitent au 153 avenue de la République à Homécourt.
L'usine sidérurgique d'Homécourt
En 1936, Jean Pérot est apprenti-mécanicien à la Compagnie des forges et aciéries de la Marine et d'Homécourt. Son père est hospitalisé (pendant la guerre 1914-18, il a été blessé et perdu un œil).
Ouvrier sidérurgiste (aide-monteur) à cette usine, Jean Pérot est un "jeune catholique, très sportif et qui chantait magnifiquement" selon Charles Dallavalle (1). 
Pendant la guerre civile espagnole, Jean Pérot participe aux collectes de solidarité en faveur des Républicains. Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.

La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). A Homécourt la Préfecture recense 1 sabotage de voie ferrée et 3 sabotages de freins de wagons, à Auboué commune voisine de deux kilomètres : 2 sabotages de lignes téléphoniques, 2 sabotages d’installations industrielles, 3 sabotages de voies ferrées.
Jean Pérot s'est engagé dans la Résistance. Il est le chef d'un groupe de O.S. (organisation spéciale) du PCF (Charles Dallavalle mentionne qu’il est son chef de groupe). Le 31 janvier 1942, le sous-préfet de Briey propose l’internement de Jean Pérot "réputé pour ses sentiments communistes" au Centre de séjour surveillé d’Écrouves.
Le sabotage du transformateur d’Auboué, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Jean Pérot est arrêté le 7 février 1942, par des policiers allemands et français, à la suite du sabotage du transformateur d'Auboué, le même jour qu'Amédéo Cavalli (lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942). 
D'abord incarcéré à la prison de Briey, il est transféré à celle de Nancy (Charles III). Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Perot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Jean Pérot est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46255".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Jean Pérot meurt à Auschwitz le 30 octobre 1942 d’après les registres du camp.
L'Est Républicain 25 mai 1945
Il est homologué "Déporté politique" au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI), comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit. 
A la Libération madame Jean Hypolite (nous ne connaissons pas la raison pour laquelle ce n'est pas la famille qui a effectué cette recherche), habitant au 1 rue de Metz, fait paraître un avis l'Est Républicain du 25 mai 1945. Le Block 20, salle 10 mentionné dans l'avis est le Block de l'infirmerie à Auschwitz I, et la salle 10 est réservée au malades du typhus. Etant donnée la date de décès de Jean Pérot, il n'a pas pu communiquer cette information à sa famille (les quelques survivants français n'ont le droit d'écrire qu'à partir de juillet 1943), c'est certainement le seul rescapé d'Homécourt, Jacques Jung, qui l'a fait savoir.

Sources

  • Témoignages de Charles Dallavalle, ouvrier sidérurgiste aux usines Marine Wendel d’Homécout avant guerre et Résistant. (1972).
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli).
  • M. Jean Pierre Minella, maire d'Homécourt (9 mars 1989).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • www.stleger.info/les72StLeger/region6/71e.auschwitz.htm
  • Dossiers administratifs de résistants, service de la Défense.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2017 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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