Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



MOTLOCH Ludwik


Matricule "45.904" à Auschwitz


Ludwik Motloch est né le 11 avril 1897 à Ostrava (Tchécoslovaquie).
Il habite 15 rue Alexandre Dreux à Tucquenieux, au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Maria Tormissora ou Tomesowa (1) et de Joseph Motloch son époux.
Il est marié avec Stépanka Butechowa ou Budcha (1), née le 27 février 1898 à Kunicky. Le couple a trois enfants : Libuse (né le 2 février 1921 à Kunicky), Bretislaw (né le 25 février 1927 à Tucquenieux) et Héléna (née le 26 avril 1938 à Tucquenieux).
La mine de Tucquenieux
Ludwik Motloch est mineur aux mines de Tucquenieux.

La famille s’est établie à Tucquenieux en 1932. 
Ludwik et Stépanka Motloch sont naturalisés français en mars 1934. En 1936, ils habitent au 132 rue Alexandre Dreux dans le « quartier village », sans doute numéroté différemment ensuite (la numérotation commence vers la centaine sur le registre de recensement).
Il est adhérent à la CGT après les grèves de 1936.
Après la déclaration de guerre de 1939, Ludwik Motloch est interné pendant deux mois au "centre de rassemblement des étrangers" à Briey, comme Joseph Matis, immigré tchécoslovaque et lui aussi mineur à Tucquegnieux. Libéré, il reprend son travail à la mine, mais se trouve désormais sur les listes de la préfecture.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
Le 23 janvier 1941, il est arrêté sur notification du préfet de Meurthe-et-Moselle et est interné administrativement au camp d'Ecrouves pendant quinze jours à la suite d’une distribution de tracts communistes à Turquenieux.
Le 28 janvier 1942, il est de nouveau arrêté et conduit au camp d’Écrouves. 
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre. 
Ludwik Motloch qui est sans doute encore interné à Ecrouves (en effet, Stanislas Slowinski à son retour des camps se souvenait que Joseph Matis avait été arrêté le même jour que lui, mais il n'a pas mentionné Ludwik Motloch) est pris par la Gestapo de Briey comme otage.  Ludwik Motloch est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Ludwik Motloch est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». 
Cf l’article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45904". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Ludwig Motloch meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après les registres du camp.

Le récent arrêté du 22 mars 2018 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur ses actes et jugements déclaratifs de décès reprend cette date.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune  de Tucquenieux.
Orthographes différentes
selon les documents
  • Note 1 : Les noms d'origine tchèque ou polonaise sont souvent mal retranscris par les services d'état civil ou des ministères et nous avons plusieurs orthographes pour la même personne suivant les documents.
    Orthographes différentes selon les documents
  • Note 2 : Dès le 14 avril 1938, le ministre de l’Intérieur Albert Sarraut demandait une action… en vue de « débarrasser notre pays des éléments indésirables trop nombreux qui y circulent et y agissent au mépris des lois et des règlements ou qui interviennent de façon inadmissible dans les querelles ou les conflits politiques qui ne regardent que nous ». Au mois de novembre 1938 le gouvernement promulgue une loi sur les « étrangers indésirables » : toute personne de nationalité étrangère soupçonnée de porter atteinte à la sécurité du pays pouvait désormais être détenue dans des « centres d’internement » de « rassemblement » ou « centres spécialisés » en raison de leurs antécédents judiciaires et de leur activité jugée « trop dangereuse pour la sécurité nationale » (in : Les camps d’étrangers depuis 1938 : continuité et adaptations. Olivier Clochard, Yvan Gastaut et Ralph Schor).

Sources
  • Fiche d’Etat-civil (étrangers) de la Mairie de Tucquenieux.
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle" (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 349.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Fichier national du Bureau de la division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Val de Fontenay, juillet 1992.
  • Recensement de 1936 / Tucquenieux.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com


Affiche de la conférence du 5 juillet 1997

salle Pablo Picasso à Homécourt

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