Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



GIRARDI Richard




Matricule "45607" à Auschwitz

Rescapé

Richard Girardi est né le 25 février 1921 à Turin (Italie). Il habite au 53 rue Pasteur à Villerupt-Cantebonne (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation, adresse de ses parents. 
Il est le fils de Lionella Valente née en 1896 à Monteforte (Italie) et d'Ettore Girardi, né en 1889 à Turin,  son époux.
Richard Girardi  a 2 frères cadets et une sœur, tous nés à Villerupt : Aurèle, né en 1925, Elsa, née en 1927 et Maggiorino, né en 1930.
Richard Girardi  est naturalisé en 1938.
Il est célibataire. D’abord employé (profession notée lors du recensement de 1936), il est ensuite ajusteur-mécanicien (DAVCC), comme son père qui est ajusteur à l’usine Micheville de Villerupt, au moment de son arrestation.
Il n'est membre d'aucun parti, mais il a participé à la grève du 30 novembre 1938 massivement suivie dans son usine où il est délégué syndical CGT.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Richard Girardi pense que c'est la direction de l'entreprise qui a fourni son nom à la Préfecture, après le sabotage du transformateur d'Auboué : tous les militants arrêtés en février avaient participé à cette grève.
Le 21 février 1942, des policiers allemands et français l'arrêtent à son domicile.
Richard Girardi est emprisonné pendant 30 heures à la maison d'arrêt de Longwy, passe quelques heures par la prison Charles III de Nancy. Il passe dix jours au camp d'Ecrouves, près de Toul. Le 5 mars 1942, avec Maurice Ostorero et Germain Pierron (lettre du 10 novembre 1972), il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Richard Girardi est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45607". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Richard Girardi est affecté à Birkenau au Block 4 B et aux Kommandos Terrasse et Béton Colonne
Il est au Block 11 pendant la quarantaine.
Le 7 septembre 1944 il est transféré à Gross Rosen où il porterait le matricule 41141 (incertain).
Puis, nouveau transfert, le 10 février 1945 pour Leitméritz (Kommando de Flossenbürg), en wagons à marchandises découverts, par grand froid. Il y est interné jusqu'au 8 mai. Les survivants reçoivent un laissez-passer frappé de la croix gammée. 

Richard Girardi raconte « Deux SS nous ont conduits sur une route en dehors de la ville (c’était le 8 mai) à quelques kilomètres. Puis ils nous ont dit de continuer seuls. Les deux SS ont fait demi-tour. Après avoir marché deux ou trois kilomètres nous avons entendu des coups de mitraillettes, et au loin (vu) déboucher un tank russe, avec beaucoup de soldats. C’était fini ».
Richard Girardi est hébergé par des cultivateurs, jusqu'à ce qu'un camion américain le conduise à l'hôpital de Halle, où il est soigné durant cinq semaines.
Un avion US le ramène au Bourget, le 17 juin 1945. Dernière étape : l'hôtel Lutétia, pour 3 jours avant de regagner la Lorraine.

L'Est Républicain 26 juillet 1945
Son père Ettore a fait paraître un avis de recherche dans le Républicain Lorrain du 26 juillet 1945 pour obtenir des nouvelles qu'il n'a pas eues depuis août 1944.
Richard Girardi a été Homologué « Déporté politique » en 1953.
Jarny, 1980
Adhérent à la FNDIRP dès sa création, Il a été très longtemps trésorier de la section locale d’Audun-le-Tiche.
Il s’est marié avec Servanne Beugnot, a été père d’un enfant, Jacky. 

Jarny 1980 avec Giobbé Pasini et Germain Pierron
En 1980 à Jarny, Richard Girardi participe à la cérémonie des noces de diamant de son camarade Giobbé Pasini (âgé de 88 ans) avec un autre rescapé du convoi du 6 juillet 1942, Germain Pierron.
Richard Girardi est décédé en 2015.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources
  • Richard Girardi a donné à Roger Arnould en 1973 une liste des déportés de Meurthe-et-Moselle et communiqué de nombreux documents à la FNDIRP (Carte de Compiègne. Laissez-passer SS daté du 8 mai 1945, attestation de la Légation française à Prague pour demande de rapatriement (22 mai). Fiche de contrôle du rapatriement daté du Bourget).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Val de Fontenay, novembre 1993.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Richard Girardi en 1989.
  • Documents envoyés par M. Alain Casoni, maire et conseiller général de Villerupt (avril 1989) : acte de décès et documents concernant les déportés de Villerupt, fournis par M. Henry Pilarczyk, président de la section FNDIRP de Villerupt, juin 1991.


Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 


Affiche de la conférence du 5 juillet 1997
salle Pablo Picasso à Homécourt


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