Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



GETTI René



René Getti le 8 juillet 1942
Matricule "45598" à Auschwitz

Renaldo (René) Getti est né le 25 novembre 1912 à Longlaville (Meurthe-et-Moselle), ville frontalière avec le Luxembourg, où il habite au 1 rue du Villé au moment de son arrestation.
Il est le fils de Barbara Bombilli, 23 ans (1889-1922) et d’Angelo Getti (1886-décédé en 1926 à Mantoue, Italie), manouvrier, cafetier, son époux. Renaldo (René) est français par option à la naissance (1).
René Getti a 3 frères : Amédée (né en 1909, décédé en 1976), Charles (né en 1901, décédé en 1971) et Mario (né en 1915).
René Getti est manœuvre aux aciéries de Longlaville. En 1933, il adhère à la CGT, est membre du bureau de son syndicat.
De la classe 1932, il effectue son service militaire dans l’infanterie.
Il adhère aux Jeunesses communistes, puis au Parti communiste.
Le 9 novembre 1935, à Longwy René Getti épouse Cora, Norma, Carmel, Sylvia Piscione, née en 1919 à Montesilvano (Italie), de nationalité française. Le couple va habiter au 1 rue de Villé à Longlaville en 1936. Ils sont voisins de la famille Guenzi.
René Getti est secrétaire de la section du Parti communiste de Longlaville jusqu’en novembre 1937. 
Emblème des
brigades internationales
Le 2 novembre 1937, René Getti s’engage dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole contre la rébellion du général Franco soutenue militairement par Hitler et Mussolini. Il arrive en Espagne le 5 novembre par l’intermédiaire du comité de Paris (témoignage d'Eugène Charles).
L'Humanité du 2 août 1938
Il est affecté à la 12e Brigade Internationale « Garibaldi », 4e Bataillon, 4e compagnie, 3e section. Sur le Front, il apprend la nouvelle de l’attentat manqué contre Maurice Thorez à Grenoble le 17 juillet 1938. Avec des camarades de sa section, ils envoient un message réclamant l’incarcération de Doriot, soupçonné d’en être l’instigateur. Cette lettre, signée par René Getti, Victor Abril, Macq Guy est publiée dans l’Humanité du 1938.
Le 22 septembre 1938, au cours de l’offensive républicaine du passage de l’Ebre (le fameux « Paso del Ebro ») il est blessé à la jambe droite dans le secteur de Corbera (il a figuré par erreur sur une liste de brigadistes tués à la bataille de Jarama).
Hospitalisé à Tarragone et Igualada, il est rapatrié le 18 décembre. Il est hospitalisé au Val de Grâce (ou à Saint-Antoine) où un de ses frères est allé le rechercher. Il ne s’est jamais complètement remis de ses blessures et ne pourra plus travailler. 
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251.
René Getti est contacté par Guérino Bresciani (3), responsable du secteur de Longlaville au sein d’un groupe du PCF clandestin, dirigé par Joseph Carattoni depuis mars 1941 et qui distribue des tracts dans les usines. Sur l’insistance de son épouse, il n’y donne pas suite à cause des séquelles de sa blessure et participe seulement à deux réunions. Le 24 juin, René Getti est arrêté par des gendarmes de la brigade de Mont-Saint-Martin, puis transféré à la maison d’arrêt de Briey où il est détenu huit jours avant d’être relâché.
Il est arrêté le 9 août 1941, à Longlaville, par la police française, en raison de ses activités politiques d'avant guerre connues. Il est incarcéré à la prison Charles III de Nancy.
René Getti est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstallag 122) en vue de sa déportation comme otage. Il y reçoit le matricule n° "1542".
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
René Getti est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé à Compiègne le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45598".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (4) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
René Getti meurt le 19 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 346). Un nombre très important de déportés d’Auschwitz (dont 148 «45000») sont déclarés morts à ces mêmes dates à l’état civil d’Auschwitz : il est vraisemblable qu’il sont morts dans les chambres à gaz de Birkenau, gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
D'après Henri Peiffer, "sélectionné" pour la chambre à gaz à la suite d'un œdème, il fait partie du groupe qui chante la Marseillaise dans le camion qui le conduit à la chambre à gaz.
Il a été déclaré "Mort pour la France". Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Une rue de Longlaville porte son nom.
  • Note 1 : La simple naissance en France ne vaut attribution de la nationalité française que pour l'enfant né de parents inconnus ou apatrides, ou de parents étrangers qui ne lui transmettent pas leur nationalité (article 21-11 du code civil).
  • Note 2 : L’été 1938, à Londres, le Comité international pour la non-intervention préconise le retrait des étrangers engagés en Espagne dans les deux camps. L’Allemagne nazie et l’Italie fasciste conseillent à Franco d’accepter ce principe mais d’en différer l’application. Mais, afin d’obtenir le retrait des soutiens étrangers des franquistes et surtout de se concilier la France et le Royaume-Uni pour obtenir d’éventuels financements, le chef du gouvernement républicain, Juan Negrín annonce le 21 septembre 1938 à la tribune de la Société des nations (SDN) le départ immédiat de tous les combattants non espagnols présents dans les rangs gouvernementaux (chs.huma-num.fr/exhibit). Commence alors la « Despedida » (le départ des brigadistes) du 23 au 28 octobre 1938.

  • Note 3 : Guérino Bresciani, né à Seriates (Italie) le 17 avril 1915, résistant est lui aussi déporté le 6 juillet 1942, mais directement depuis la prison de Briey vers la prison allemande de Karlsruhe (il est sans doute déporté « NN »). Dirigé ensuite sur la prison de Reinbach, puis à Kassel (Kommando de Buchenwald) et à la prison de Staubürg où il est libéré fin 1944.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Souvenirs d'Henri Peiffer (45956) de Villerupt et d'Eugène Charles (45354).
  • M. Fabrizy, FNDIRP (mai 1991).
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 347.
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz.
  • Courriels de Pascale Jacquin, sa petite nièce (août-septembre 2010).
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com



Affiche de la conférence du 5 juillet 1997
salle Pablo Picasso à Homécourt

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