Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



GANGLOFF Louis





Matricule "45.569" à Auschwitz


Louis Gangloff est né le 11 avril 1897 à Kerprich-lès-Dieuze en Moselle occupée.
Il habite au 25 rue du Maréchal Joffre à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie Rose Durant et de Louis Gangloff son époux. 
Il a huit sœurs et frères : Rose, née en 1885, Louis-Nicolas, né en 1887, Joséphine née en 1889, Arthur, né en 1890, Paul, né en 1892, Marcel, né en 1893, Louise née en 1896 et Martin, né en 1900. Il a également 6 demi-sœurs et frères, nés d’un premier mariage de son père avec Christine Brion, décédée en 1884.
Conscrit de la classe 1917, Louis Gangloff, mosellan, est mobilisé dans l’armée allemande le 19 juin 1917 au 570ème régiment d’artillerie de barrage, comme 2ème canonnier. Il est fait prisonnier par l’armée anglaise. Il est emprisonné en Angleterre, puis en France. Ses états de service dans l’armée allemande sont comptabilisés jusqu’au 10 janvier 1919, date à laquelle il est vraisemblablement libéré.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Hayange (Moselle) au moment de l’établissement du livret matricule français, et qu’il exerce alors le métier d’ouvrier machiniste.
Alsacien-Lorrain réintégré de plein droit dans la nationalité française (article 1er de la section V du traité de Paix de Versailles), il est classé « service auxiliaire » par l’armée française. En avril 1922, il habite en Belgique à Aisseau (commune de Charleroi) au 219 rue Saint-Roch.
Il s’est marié avec Anna, Georgina, Marie Doucet, ménagère. Le couple a deux filles, Marie-Louise et Marie-Rose (père de famille de deux enfants vivants, l’armée le rattache à la classe 1913 en mai 1935 en cas de mobilisation).
En 1933, la commission de réforme de Strasbourg le classe en invalidité à 20% pour « sclérose légère du sommet droit. Très léger souffle à la pointe du cœur. Névralgie sciatique ».
Les aciéries Micheville à Villerupt
En mai 1935, la famille Gangloff habite au 26 rue Carnot à Villerupt (Meurthe-et-Moselle). Louis Gangloff est pontier aux aciéries Micheville de Villerupt (le métier de pontier consiste à soulever et déplacer des charges, souvent très lourdes et volumineuses, d’un point à l’autre à l’aide d’un engin mécanisé, le « pont roulant »).

Le 20 mai 1940, Louis Gangloff est domicilié cités des fonderies à Foug (Meurthe-et-Moselle). Il habite au 25 rue du Maréchal Joffre à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté. La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174). Louis Gangloff est arrêté le 10 août 1941, à son domicile, par des policiers français du commissariat de Villerupt, "sur dénonciation pour activités antinazie" (Henry Pilarczyk), en même temps que Victor Bieber, Marcel Durand et Henri Peiffer. Il est écroué à la prison Charles III de Nancy.
Louis Gangloff est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 12 août 1941 (Henri Peiffer) au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage. Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Gangloff est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45569".
Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Louis Gangloff meurt à Auschwitz le 30 octobre 1942 d’après les registres du camp. Dans les années d’après-guerre, le ministère des ACVG n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques a fixé le décès au 15 octobre 1942 à Auschwitz. Sur les dates de décès, lire l’article du blog Les dates de décès à AuschwitzLe titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Il a été déclaré "Mort pour la France".

Hommage à la Libération / FNDIRP

Plaque à la nécropole nationale de Thil
Son nom figure sur le monument aux morts de Villerupt et sur une plaque apposée sur le mur du four crématoire du camp de concentration de Thil, voisin de Villerupt, dans la crypte de la Nécropole Nationale - "Déportés de Villerupt - Thil décédés ou disparus de 1940 à 1944 dans les bagnes nazis, Pour la France".
Hommage lui a été rendu comme à tous les déportés de Villerupt à la Libération.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Documents fournis par ses filles, mesdames Marie-Louise Bernard et Marie-Rose Morizot, (brochure sur l'historique du crématoire de Thil (camp à 4 km de Villerupt), où le nom des déportés de la région est honoré).
  • Martyrologie de la déportation à Villerupt, feuilles communiquées par Mme Marie-Louise Bernard, fille de Louis Gangloff
  • Documents envoyés par M. Alain Casoni, maire et conseiller général de Villerupt (avril 1989) : acte de décès et documents concernant les déportés de Villerupt, fournis par M. Henry Pilarczyk, président de la section FNDIRP de Villerupt, juin 1991, ainsi qu’une photo d’avant guerre (juin 1989).
  • Numéro matricule confirmé par identification entre la photo d’immatriculation à Auschwitz et une photo d’avant-guerre.
  • © Etat civil et Registres matricules militaires de Moselle.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en 2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com



Affiche de la conférence du 5 juillet 1997

salle Pablo Picasso à Homécourt

Aucun commentaire: