Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



DAUTREAUX Arsène

In « Chronique des années 36/38 » Montage photo P. Cardon

Arsène Dautréaux, In Chronique des années 36/38, 

Arsène Dautréaux est né le 12 décembre 1901 à Tourcoing (Nord). Il habite au 3 rue Clémenceau à Homécourt (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Arsène Dautréaux est le fils d’Angèle, Louise Thallein ou Hallein et d’Henri, Alphonse Dautréaux son époux. Conscrit de la classe 1921, il est incorporé au 11ème régiment d’aviation de bombardement stationné à Metz. Durant son service (loi du 1er avril 1923) la durée légale passe de 3 ans à 18 mois. Il est libéré au bout de 25 mois d’armée.
Le 18 août 1923 il épouse Maria, Emilia Legrand à Hamon (Nord). Le couple a trois enfants : André, né en 1924 à Hamon, Pierre, né en 1928 et Micheline, née en 1930, tous deux à Joeuf.
Arsène Dautréaux est ouvrier métallurgiste dans le Nord de 1925 à 1927. De 1927 à 1934 il est employé à l'Usine Sacilor d'Auboué, puis il est ouvrier métallurgiste à l'usine sidérurgique "Marine d’Homécourt".
Amené à choisir entre son métier de sidérurgiste et ses activités syndicales, il quitte l’usine d’Homécourt en 1934 : il travaille à la « Maison du Vin » d’Auboué de 1934 à 1941. Son épouse travaille comme "débitante".
Arsène Dautréaux est adhérent du Parti Socialiste SFIO. Il est secrétaire du Syndicat confédéré des Métaux en 1935, et participe à la création des syndicats CGT de la division d’Auboué et de la SOLPA (conserverie) à Homécourt en juin 1936. Il collabore à la rédaction du contrat collectif particulier à la SOLPA en juillet 1936.
Arsène Dautréaux, poing levé (croix)
Arsène Dautréaux est également à l'origine du « syndicat du Bâtiment d’Homécourt et environs » en 1936. En 1936, il se déclare comptable lors du recensement, travaillant chez Lagier à Auboué.
Il est trésorier de l'Union locale de Joeuf-Homécourt à sa création (1937).
Dans le même temps, il appartient au Comité antifasciste de Joeuf-Homécourt, et il est le vice-président de la Section locale de la Ligue des Droits de l'Homme.

Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). A Homécourt la Préfecture recense 1 sabotage de voie ferrée et 3 sabotages de freins de wagons, à Auboué commune voisine de deux kilomètres : 2 sabotages de lignes téléphoniques, 2 sabotages d’installations industrielles, 3 sabotages de voies ferrées.
Le sabotage du transformateur d’Auboué, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Arsène Dautréaux est arrêté le 20 février 1942, à 6 heures du matin, par deux gendarmes français et deux gendarmes allemands, comme otage, après le sabotage du transformateur d'Auboué, en même temps qu'Auguste DuboisDino Tamani, et R. Steinmetz, qui sera relâché. Lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942.
Arsène Dautréaux est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages.
Il a, comme beaucoup d'autres déportés de ce convoi, jeté sur le ballast une lettre adressée à sa femme. Trouvée par un cheminot, elle lui a été remise. Il y écrit qu’Amadéo Cavalli et Louis Armand sont dans le même wagon que lui.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Arsène Dautréaux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le numéro d’immatriculation d’Arsène Dautréaux à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45429 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
© Dessin de Franz Reisz, 1946
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Arsène Dautréaux meurt à Auschwitz le 22 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 214). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le 30 décembre 1947, le maire d'Homécourt certifie qu'il a été arrêté par les Allemands le 20 février 1942 et déporté à Auschwitz.
Médaille militaire
Il reçoit la Croix de Guerre avec palme, la Médaille de la Résistance et la Médaille Militaire, à titre posthume. (Journal officiel du 6 décembre 1958 "Magnifique patriote, arrêté pour faits de Résistance").
Le site internet www.gedenkorte-europa.eu, reprenant quelques éléments du blog écrit en 2017 : « Arsène Dautréaux, geboren 1901 in Tourcoing (Nordfrankreich), Metallarbeiter, Mitglied der sozialistischen Partei SFIO und Gewerkschafter; er  wurde am 20. Februar 1942 von zwei französischen und zwei deutschen Gendarmen verhaftet, den Deutschen übergeben und in Compiègne interniert; von dort in das KZ Auschwitz deportiert, wo er am 22. September 1942 umkam ». http://politique-auschwitz.blogspot.de/2010/08/dautreaux-arsene.html 



Sources

  • Documents fournis par le gendre d'Arsène Dautréaux, Raymond Falsetti (mars 1990) : Attestation d'arrestation délivrée en décembre 1947, Récit du sabotage d'Auboué (Journal daté du 8 février 1988).
  • Chronique des années 36/38, Roger Martinois (page 12).
  • © Photos et  informations biographiques tirées du même ouvrage.
  • M. Jean Pierre Minella, maire d'Homécourt (9 mars 1989).
  • Charles Dallavalle, ancien résistant (1972).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P) (N°32327) (N° 82).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Et Tome 24, page 104
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • © Archives en ligne : Registres matricules militaires du Nord.
  • Recensement de 1936 à Homécourt.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en 2001, 2015 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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