Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



CREUTZER Henri


Henri Creutzer naît le 8 mai 1906 à Fontoy (Moselle). Au moment de son arrestation, il est domicilié au 495, rue de Verdun à Mancieulles (Meurthe-et-Moselle), à quelques centaines de mètres du domicile d’Angelo Bolognini (rue du Chemin des Dames).
Il est le fils de Léonie Martin née en 1878 à Aumets (Moselle) et Louis Creutzer, né en 1878 à Fontoy, mineur, puis garde-champêtre, son époux.
Il a un frère aîné, Charles né en 1904 à Fontoy et deux soeurs cadettes, Emilienne, née en 1909 et Louise (1), née en 1911, toutes deux à Fontoy.
Ayant quitté Fontoy, la famille habite à Pontigny (Moselle), à 40 km de Metz. En 1921 la famille est venue habiter au bourg de Giraumont (Meurthe-et-Moselle) à 2 kilomètres de Jarny. Louis Creutzer père y travaille comme garde champêtre (emploi réservé) et Henri, 15 ans, travaille comme domestique « chez Lapointe ». 
En 1924, la famille Creutzer déménage à Mancieulles, "Les cités n° 460", dans le nouveau lotissement construit en dehors du vieux village par les Mines de Saint-Pierremont pour loger son personnel. En 1926, Henri Creutzer, conscrit de la classe 1926 effectue son service militaire  à Thionville. En 1931, il habite avec ses parents au 4 rue de Verdun à Mancieulles.
En 1936, il habite au 30 rue de Metz à Mancieulles, où il vit maritalement avec Marie-Cécile Tessi-Rosenbaum, née en 1912 à Fraimbois (Meurthe-et-Moselle).
Henri Creutzer est d’abord manœuvre, puis aide-forgeron, puis forgeron (chargeur) à la mine de Saint-Pierremont à Mancieulles.
Henri Creutzer est toujours membre du Parti communiste après la dissolution  ("communiste" mention indiquée au DAVCC) après avoir eu sa carte de sympathisant selon sa belle-sœur.
Il est militant syndical (CGT).

Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
Le 15 juillet 1941, Henri Creutzer est écroué pendant quinze jours à la Maison d’arrêt de Briey à la suite d’une distribution de tracts communistes dans son quartier.
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Henri Creutzer est arrêté place de la Mairie de Mancieulles le 20 février 1942, par la police allemande lors d'une distribution de tracts anti-nazis, et pris en otage, en même temps qu'Angelo Bolognini et Stanislas SlowinskiHenri Creutzer est interné à la prison de Briey jusqu'au 5 juillet 1942 (DAVCC). Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122)  en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Creutzer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro "45413?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Il meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 187). Dans les années d’après-guerre, le ministère des ACVG a fixé son décès au 30 novembre 1942, selon le jugement déclaratif de décès, parvenu en Mairie en février 1958.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Il a été déclaré "Mort pour la France".

Une plaque commémorative est apposée sur le mur extérieur de la Mairie, une autre au Monument aux Morts.
Son beau-frère, Adrien Bermand, lui aussi déporté, meurt après la Libération.

  • Note 1 : Louise Creutzer a épousé Adrien Bermand, né en 1913 à Mancieulles, qui sera déporté « NN » en 1943 à Erzinger, kommando de Natzweiler. Libéré à Allach le 30 avril 1945, il est mort des suites de sa déportation.
Sources
  • Mairie de Mancieulles (janvier 1992).
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Mme Louise Bermand sa sœur (février 1992).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (1991).
  • Registres de recencement de la population de Pontigny et Mancieulles.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 



Affiche de la conférence du 5 juillet 1997

salle Pablo Picasso à Homécourt

Aucun commentaire: