Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



BOLOGNINI Angelo, Erminio


Angelo Bolognini le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule "45265" à Auschwitz


Angelo (ou Angel) Bolognini est né le 2 mai 1913 à Sotto-il-Monte (Italie), le village de naissance de Joseph Roncalli (pape Jean XXIII).
Il habite au 333 rue du Chemin des Dames à Mancieulles (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
 Il est le fils de Maria Rigamonti, née en 1891 et de Giovanni Bolognini, né en 1889, tous deux à Sotto il Monte.
Il a un frère et cinq sœurs, ses cadettes et cadet. Elisa (devenue Mme Elizabeth Subtil), née en 1915, Carolina, née en 1922 toutes deux à Sotto-il-Monte. Marino, né en 1925, Olga, née en 1928 ou 1929, Maria, née en 1931 et Eglée née en 1933 tous quatre à Mancieulles.
En 1924, la famille a quitté l’Italie et vient habiter au 329 cité de la Mine à Mancieulles (Meurthe-et-Moselle). En 1926 ils habitent au 7 rue de l’Argonne. En 1931 la famille habite au 4 rue de l’Argonne.

En 1932, Angel Bolognini est embauché comme manœuvre («accrocheur») à la mine de Saint-Pierremont de Mancieulles. Puis il sera ouvrier mineur ou chargeur-mineur à Mancieulles.
En 1933 les parents et les enfants Bolognini sont tous naturalisés français.
En 1936 la famille a déménagé au n° 20 de la même rue, Angelo vivant toujours au domicile de ses parents.  Il est syndiqué à la CGT.
Angelo est sportif, footbaleur, licencié au Club amateur du F.C. Mancieules jusqu'en juillet 1938, date à laquelle il demande sa mutation pour la saison suivante au club de la J.S. d'Audun-le-Tiche (L'Est républicain du 11 juillet 1938).
Angel épouse Cléonice Zaffagni. Ils ont un garçon, Maurice âgé de 9 mois au moment de l'arrestation.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174)
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Angelo Bolognini est arrêté Place de la Mairie le 20 février 1942, par la police allemande lors d'une distribution de tracts anti-nazis, et pris en otage, en même temps que Stanislas Slowinski et Henri Creutzer qui seront déportés avec lui. Angelo Bolognini est interné au camp d'Ecrouves. Puis il en est extrait le 3 mars et est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu (le Frontstalag 122) à Compiègne le 5 mars en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Angel Bolognini est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Angel Bolognini est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45265". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) assez abîmée (nous l'avons retouchée) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur
sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Demeuré à Birkenau, il entre à l'infirmerie de Birkenau le 4 novembre 1942. On ignore sa date de décès.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Mairie de Mancieulles (mai 1992).
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Mme Louise Bermand, sœur d'Henri Creutzer en mai 1992, qui mentionne Angel Bolognini.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp (sous le nom d'Angel Bolognini).
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (octobre 1993).
  • Recensement de la population de Mancieulles, 1931, 1936.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2012 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 



Affiche de la conférence du 5 juillet 1997

salle Pablo Picasso à Homécourt

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