Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



BIGOS Wladyslaw

Portrait de famille D.r.

Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "45.248" à Auschwitz

Wladyslaw Bigos est né le 24 juin 1905 à Dobra Nadzieja (Pologne). Il habite à Homécourt (Meurthe-et-Moselle) au 198 rue Émile Heurteau (aujourd’hui rue des Pommiers) dans la cité ouvrière de la Petite-Fin, au moment de son arrestation. Il est voisin de Jean Krecioch (lui aussi au 198), Jean Trzeciak (au 196) et de Victor Ziemkiewicz (au 190).
Il est le fils de Marie Kolentz, 22 ans et de Francizek Bigos, 25 ans, manœuvre à l’Usine de la Marine et d’Homécourt (groupe De Wendel). Il est l’aîné d’une famille de huit enfants (Hedwige née en 1907, Jean né en 1909, Franz, né en 1911, Stanislas, né en 1916, Stephen, 1919, Joseph né en 1922 et Hélène née en 1925 à Homécourt. Seule cette dernière est née en France. Ses frères sont soit manœuvres à l'usine sidérurgique "Marine" ou apprenti mineur. Une de ses sœurs est infirme.
Puits du Fond de la Noue (carte postale Punti, éditeur,
 Homécourt; Collection : industrie.lu)
Wladyslaw Bigos  est mineur à la mine de fer d'Homécourt, puits du Fond de la Noue. D'après Charles Dalavalle, qui habite le même immeuble, il est "nationaliste polonais, farouchement antinazi".
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elles est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.

La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). A Homécourt la Préfecture recense 1 sabotage de voie ferrée et 3 sabotages de freins de wagons, à Auboué commune voisine de deux kilomètres : 2 sabotages de lignes téléphoniques, 2 sabotages d’installations industrielles, 3 sabotages de voies ferrées. Le sabotage du transformateur d’Auboué, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Arrêté à la mine le 2 mars 1942, Wladyslaw Bigos est pris en otage, avec Wladyslaw Bigos, Boleslaw Ferenc, Jean Trzeciak et Victor Ziemkiewicz, tous polonais et travaillant dans la même mine, après le sabotage du transformateur d'Auboué.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 3 mars, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Wladyslaw Bigos est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est immatricule le 8 juillet 1942
Son numéro d’immatriculation (1) à Auschwitz n’était pas certain. Le numéro « 45248 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Mais grâce au portrait fourni par l'Union départementale CGT en 1997, il a pu être validé.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Wladyslaw Bigos meurt à Auschwitz le 23 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 91). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • M. J.P. Minella, maire d'Homécourt (mars 1989).
  • M. Charles Dallavalle, ancien résistant (1972).
  • Série de portraits de déportés d'Homécourt (UD-CGT 54).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997, 
salle Pablo Picasso à Homécourt
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com


Les baraques des cités de la Petite Fin

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