Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



BALESTRERI Raymond


Matricule "45194" à Auschwitz

Surnommé "le joueur d'accordéon", Raymond Balestreri est né le 3 mai 1922, à Auboué.
Il habite à Mercy-le-Bas (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.

Il est le fils de Maria, née en 1887 à Avillero (Italie) et de Luiggi Balestreri, son époux, né en 1877 à San Martino (Italie). Luiggi Balestreri est manœuvre. Au moment de la naissance de Raymond, les parents habitent au 781 Cités du Tunnel à Auboué.
Raymond Balestreri a deux frères et une sœur connus : Gabrielle, née en 1909 à Bouligny (Meuse), Jules né en 1911 à Bouligny et Hubert né en 1911 à Saint-Privat (Moselle).
Il est possible que Raymond et ses parents aient habité les environs de Mulhouse vers 1935 : en effet un nommé « Raymond Balestreri » décroche une première mention de violon à la classe préparatoire de musique du conservatoire de la ville, ce qui correspondrait à son goût pour la musique qui s'exprime au Block 11 (voir plus loin) (in Le Menestrel juillet 1935).
En 1936, son frère Jules, manœuvre aux mines de Bazailles, l'épouse de celui-ci et ses deux enfants sont domiciliés à Mercy-le-Bas au n°189 route nationale. 
L'accrocheur accroche les wagonnets
Raymond Balestreri est "accrocheur" à la mine (société des Mines de Bazailles) située à 3 km. Il est membre du Parti communiste. Il est marié.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174)
Affiche avec promesse de récompense
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Raymond Balestreri est arrêté le 20 février 1942, à son domicile, pris comme otage. 
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 3 mars, en vue de sa déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Raymond Balestreri est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Raymond Balestreri est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45194".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, comme Raymond Balestreri, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Plusieurs rescapés se souviennent de lui avec grande estime. Henri Peiffer a écrit à Maurice Rideau que Raymond Balestreri était des 18 déportés français ramenés de Birkenau à Auschwitz en février 1943 : "Deux camarades avaient flanché pendant la route, qui avaient été traînés, n'avaient plus de genoux. C'est un détail horrible, mais vrai. Le surlendemain, Balestreri, le "joueur d'accordéon", trépassa aussi. Nous restions à 15 sur 585."
En fait Raymond Balestreri meurt à Auschwitz le 27 octobre 1943 d’après la l
iste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Ce que confirme André Montagne, qui se souvient de lui jouant "Perles de cristal" et d'autres succès popilaires, au Block 11 (ajoutant "mais où se l'était-il procuré ?"). André Montagne qui y est infirmier confirme qu'il est mort de tuberculose pendant sa quarantaine au Block 20 (les ACVG ont retenu la date du 25 octobre 1943).
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. 
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 27-06-1987). Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Mercy-le-Bas.

Sources

  • Lettre d'Henri Peiffer à Maurice Rideau, mars 1983.
  • Conversation avec André Montagne (1990).
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle" (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 346.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (octobre 1993).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943.
  • Recensement de la population, Auboué et Mercy-le-bas.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 


Affiche de la conférence du 5 juillet 1997
salle Pablo Picasso à Homécourt

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