Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



ARMAND Louis, Félix

© Louis Armand DR.
Matricule "46216" à Auschwitz

Louis Armand est né le 7 juillet 1898 à Charleville (Ardennes).
Il habite au 25 rue du Commerce à Joeuf (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.

Il est le fils d’Elisabeth Baun, 28 ans, sans profession et de Louis, Félix Armand (sic), 31 ans, journalier.
Ses parents habitent à Hollerich (Grand Duché du Luxembourg).
Machiniste, Louis Armand est conscrit de la classe 1918. Il aurait dû être mobilisé par anticipation (en 1917), comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, mais il n’a pu être recensé et mobilisé « pour cas de force majeure ». Charleville est en effet occupée par les Allemands dès le 2 septembre 1914 (elle devient capitale du 2ème Reich où Guillaume II s’installe le 16 septembre 1914), jusqu’à la fin du conflit.
Au moment de sa mobilisation, Louis Armand habite 5 rue Pierre de Bar à Joeuf (Meurthe et Moselle), sans doute une pension de famille. Il est incorporé au 91ème Régiment d’infanterie le 20 novembre 1919. Il passe au 79ème RI le 23 février 1920. Il est démobilisé le 20 juin 1920.
11 octobre 1920, il habite 5 rue Pierre de Bar à Joeuf.
En juin 1921, il est au Luxembourg à Rollingergrund.
En février 1923, il habite à nouveau Joeuf au 19 rue grande.
Le 11 septembre 1924, à la mairie de Joeuf, il épouse Amélie, Marie Greiffennberg. Le couple aura deux enfants, dont Pierre.
En 1928, ils habitent 25 rue du commerce à Joeuf.
Lors de la mobilisation générale du 2 septembre 1939, Louis Armand est « affecté spécial » aux Aciéries de la Marne à Homécourt. Il est démobilisé par la brigade de gendarmerie de Joeuf le 10 octobre 1940, où « il se retire ».
Il est machiniste (chemin de fer) à Joeuf (Meurthe-et-Moselle) sans doute aux Aciéries de la Marne. Il est socialiste. Pour son épouse, Louis Armand « était inscrit purement et simplement à la section socialiste, il ne s’occupait que de la jeunesse pendant les vacances scolaires ». Il est cependant considéré par la Préfecture comme le responsable des « Faucons rouges »(1) de Dombasle.
D'après un certificat établi après la guerre par le liquidateur du mouvement de Résistance "Libération Nord", il hébergeait et nourrissait des prisonniers de guerre évadés et des Lorrains qui fuyaient leur département de la Moselle, annexé par l'Allemagne, et les accompagnaient sur une partie du chemin. 
Louis Armand est arrêté le 1er juillet 1941, il est enfermé pendant deux semaines à la Prison de Briey, avant d'être relâché. 
Le sabotage du transformateur d’Auboué, entraîne une très lourde répression en Meuthe et Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
C’est dans la suite des 20 premières arrestations que Louis Armand est arrêté par des Feldgendarmen, le 7 février 1942, en même temps que Louis BresolinArsène DautréauxRené FavroMaurice FromentValère HenryCharles MaryJean Pérot, Primo Pasquini, Joseph Schneider, Serge Schneider et Emile Tunési.
Il est interné au camp allemand de Compiègne (le Frontsatalag 122) en mars 1942. Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Armand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 19 DIRit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46216". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Louis Armand entre à l'infirmerie d'Auschwitz le 18 ou le 19 septembre 1942. Il meurt le 19 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 33). De nombreux déportés d’Auschwitz (dont 148 «45000») sont déclarés morts à ces mêmes dates à l’état civil d’Auschwitz : il est vraisemblable qu’il sont morts dans les chambres à gaz de Birkenau, gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les Blocks d’infirmerie. Son camarade Jung, d'Homécourt, en a témoigné.
Extrait de son registre matricule militaire
mentionnant son appartenance à la Résistance
Il est homologué « Déporté Résistant » le 1er octobre 1955 (certificat de validation n° 34.864, décision ministérielle n° DIR).
  • Note 1Proche de la SFIO ce mouvement de jeunesse n’était pourtant pas une organisation d’éducation pour le Parti. Opposés à la guerre en Espagne, les "Faucons Rouges" et les Jeunes socialistes sont dissous en novembre 1936, en raison de leurs critiques à l’égard de Léon Blum (in Wikipédia).
Sources
  • Informations recueillies auprès de la mairie de Joeuf (en 1972) par Charles Dallavalle, ouvrier sidérurgiste aux usines Marine Wendel d’Homécout avant guerre, Résistant et déporté.
  • Bureau de la Divisions des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz (N°31892 et N°9).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • Bulletin périodique de l’Association Mémoire du Pays de l’Orne Pagus n°10 (novembre 1992), page 26. 
  • Registre matricule militaire, Etat civil, archives en ligne des Ardennes.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2009, 2012, 2015 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Aucun commentaire: