Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



SIOUVILLE Lucien, Léon, Jacques, Auguste







Matricule "46106" à Auschwitz

Lucien Siouville est né le 16 décembre 1908 à Saint-Lô (Manche). Il habite avec sa femme et leur enfant Bricquebec (Manche) au moment de son arrestation. 

Il est le fils d'Albertine Mahaut et de Louis Siouville son époux.
Il travaille à l’Arsenal de Cherbourg comme chaudronnier.
Appelé au service militaire en 1928 (matricule 862, circonscription de Cherbourg).
Le 27 février 1932, il épouse Renée, Madeleine, Alice Defrance, âgée de 25 ans.
Le couple aura un garçon, Gilbert, qui naît en 1935.Communiste connu, Lucien Siouville est candidat aux élections municipales à Cherbourg. Syndicaliste CGT, il est élu délégué ouvrier à l’Arsenal.
Cherbourg, L'Ouest Eclair 
janvier 1939
Octeville, L'Ouest Eclair
 janvier 1939
Pour les élection municipales complémentaires du 22 janvier 1939, il est candidat dans deux villes : il fait partie des 10 candidats présentés par le Parti communiste à Cherbourg et Octeville, où il recueillera 154 voix. 
Dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 "relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique", Lucien Siouville est révoqué. Il est mobilisé en avril 1940.
Après la défaite de 1940, il s’évade du camp de prisonniers de Fourchambault (Nièvre) et se réfugie au Moulin de Gonneville, près de Bricquebec (à 15 km de Cherbourg), lieu d’hébergement et de réunion de partisans avec sa femme et son enfant.
Il travaille alors comme bûcheron et effectue de petits travaux.
Il reprend rapidement sa place dans la lutte contre l’hitlérisme : il retrouve la liaison avec le Parti communiste clandestin en février 1941
, grâce à André Defrance (1) le frère de son épouse), qui organise le secteur et dont il devient l'agent de liaison, puis comme membre du Front national à partir du mois de juillet 1941 (Lucien Siouville assure des liaisons avec les comités du F.N. de l’agglomération cherbourgeoise).
Mais André Defrance est repéré par les Allemands, et Lucien Siouville, à son tour, est identifié.
Le domicile provisoire ayant été «donné» à la Gestapo qui recherchait activement ses occupants à Equeurdreville
et à Cherbourg, Lucien Siouville est arrêté par une soixantaine d’Allemands venus de Cherbourg en cars, dans la nuit du 27 au 28 octobre 1941. Sa femme le sera deux jours après.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Siouville est conduit à la prison maritime de Cherbourg ("La Totoche", dans le jargon de l'Arsenal). Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Lucien Siouville est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46106".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Lucien Siouville meurt à Auschwitz le le 30 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1120). 
Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et DIR (Déportés et Internés Résistants) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Le titre de «Déporté Résistant» lui a été attribué.
Son nom est honoré sur les monument commémoratifs de Saint-Lô et de Cherbourg-Octeville
  • Note 1 : André Defrance : né le 18 décembre 1908 à Cherbourg, ouvrier chaudronnier à l’arsenal de la Marine de Cherbourg ; Secrétaire général du syndicat unitaire de l’arsenal, militant communiste ; Mobilisé en 1939, il reçoit la Croix de guerre. Démobilisé en septembre 1940, il participe à la reconstitution du Parti communiste dans la clandestinité. Passe dans la clandestinité en juin 1941. Il met sur pied le Front national dans le département de la Manche sous le pseudonyme «André». Puis en juin 1942 il passe dans l’Oise (pseudonyme «Pierre»). En décembre 1942, en Seine-Inférieure (pseudonymes «Roland» et «Claude»). Responsable FTP aux opérations militaires pour le département. Commissaire militaire pour la région basco-landaise sous le pseudonyme de «Caron». Arrêté le 15 janvier 1944 alors qu’il se rendait à Tours, il est remis aux Allemands et interné à Compiègne d’où il est déporté le 27 avril 1944 vers Auschwitz. Transféré à Buchenwald puis à Flossemburg, il est évacué, avec des malades, le 20 avril 1945, il s’évade le 25. Recueilli par les troupes alliées le 27. André Defrance fut homologué Capitaine FFI. Il meurt le 8 juillet 1952 à Équeurdreville (d’après la notice biographique du Maitron, par Yves Le Floc).
Sources
  • "La Résistance dans la Manche" (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Pages 40/41.
  • Photo @ www.wikimanche.fr
  • Les recherches de Mme R. Siouville (veuve de Lucien Siouville, rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 "45000" de la Manche.
  • - http://beaucoudray.free.fr/1940.htm
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel, juillet 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie rédigée en avril 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et l'association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Aucun commentaire: