Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



MAUGER Charles


Charles Mauger  vers 40 ans
© Jérôme Debret et Nadia Mauger
La photo se trouvait au dessus du lit de 
ma Grand-mère  (Nadia Mauger)
Charles Mauger a 20 ans
Matricule "45864" à Auschwitz

Charles Mauger est né le 17 avril 1900 à Cherbourg (Manche). Il est le fils de Maria Augustine Hubert, 35 ans, et de Louis, Auguste Mauger, 38 ans, menuisier, son époux. Charles Mauger habite Octeville (au village Ferronay) dans la Manche au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Charles Mauger mesure 1m 60, a les cheveux noirs clair et les yeux marron, le front bas, le nez vexe. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme charpentier en fer à  l'Arsenal de Cherbourg (Manche) où habitent ses parents au 18 rue Bouillon.
Conscrit de la classe 1920, Charles Mauger est ajourné pour « faiblesse »  par les conseils de révision de 1918 à 1922, et exempté en 1923.
Le 18 septembre 1920 à Cherbourg, Charles Mauger épouse Marie, Charlotte, Augustine Hélaine (née à Jobourg, Manche, elle habite au 18 rue Bouillon à Cherbourg) . Le couple a deux enfants : Christiane (Charlotte, Jeanne), qui naît le 23 juin 1921 et Jacques (Henri, Camille), le 24 juin 1924.
En 1928, militant libertaire (ce qui lui vaudra quelques déboires avec la police en 1929) , il est membre du Secours Rouge international et des syndicats unitaires (CGTU). Charles Mauger est archiviste de la CGTU à l'Arsenal.
Ouest Eclair 14 avril 1932
Il adhère au Parti communiste en 1931 : il en sera le candidat aux élections législatives de 1932, à Valognes, et aux élections cantonales de 1934. Sur l'article concernant les candidatures communistes du journal Ouest Eclair figurent les noms de trois "45.000" : Pierre CadiouEdouard Lechevalier et Charles Mauger. Dans l'extrait ci-contre du "Journal de l'arrondissement de Valognes" sa candidature est présentée avec un certain mépris.  L'article, non signé en tient pour le candidat républicain, le docteur Auvret, conseiller général de l'arrondissement. 
Classe contre classe
l'Humanité du 2 avril 1932
L'Humanité du 2 avril 1932 présente les candidats communistes de la Manche avec le sur-titre "Classe contre classe", mot d’ordre correspondant à la ligne politique fixée entre 1928 et 1934  par l'Internationale communiste et appliquée par le Parti communiste.
Journal de Valognes

Secrétaire adjoint du syndicat CGTU de l'Arsenal, de 1931 à la réalisation de l'unité syndicale en 1935, Charles Mauger est mandaté au congrès fédéral de 1931 et au congrès confédéral de 1933 - où il se situe dans les rangs de la majorité.
Charles Mauger remplace Edouard Lechevalier (qui sera lui aussi déporté dans le convoi du 6 juillet 1942, n°45738) en mars 1933 au secrétariat général de l'Union locale «Protagoniste important de l'Union syndicale en 1935», Charles Mauger est élu à la Commission exécutive de la nouvelle Union Départementale CGT au Congrès de 1935.

Il est secrétaire général de l'Union locale de Cherbourg de 1937 à 1939. (Le Maitron)
Elu conseiller municipal d'Octeville en 1935, il est, en janvier 1937, gérant de "La lutte antifasciste", organe cherbourgeois du Comité mondial de lutte contre la guerre et le fascisme. 
Ouest-Eclair 13 octobre 1937
Il est candidat en octobre 1937 aux élections des conseillers d'arrondissement pour l'arrondissement de Valognes. Il obtient 14 voix à Valognes, 2 à Brix, 1 à Lieusaint, 2 à Tamerville et 2 à Yvetot-Boccage.
En 1938, le maire d'Octeville et son premier adjoint démissionnent. Charles Mauger obtient 4 voix sur 15 lors de l'élection du nouveau maire.
Dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 "relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique", il est révoqué de l'Arsenal.
Charles Mauger est également déchu de son mandat municipal le 29 février 1940, en tant qu'ancien membre du Parti communiste, interdit depuis septembre 1939 (décret du 21 janvier 1940) .

Après la déclaration de guerre, lorsque sa classe est mobilisée (en 1936, il a été  reclassé dans la classe de mobilisation de 1916 comme père de famille avec deux enfants vivants), la commission de réforme de la Manche du 13 février 1940 le classe « bon service armé ». 
Le 16 avril 1940 à Octeville, en secondes noces, Charles Mauger épouse Eugénie Drouet, née le 25 juillet 1896, employée de commerce à Cherbourg. Le couple a un garçon, Guy (Charles) qui naît le 9 août 1940. "Mon grand-père lui  appris à marcher" (Nadia Mauger).
Il est « rappelé à l’activité » le 17 avril 1940 et affecté au dépôt du génie n°3. 
Action clandestine.
Attestation d'André Defrance
Militant actif du Parti communiste clandestin "il a apporté sa contribution à la lutte armée contre l'occupant, et Vichy : en assistant aux réunions clandestines, de son groupe, au cours desquelles étaient examinés les moyens les meilleurs pour la bataille, en propageant mots d'ordres, consignes et nouvelles patriotiques, en diffusant les publications patriotiques"  (attestation d'André Defrance, capitaine FFI-FTP le 9 décembre 1949).
Au camp de Gaillon octobre 1941
Charles Mauger est arrêté le 19 septembre 1941, à son domicile, par les forces allemandes et la police française.

« Il se savait dénoncé, il n'a pas voulu croire qu'on viendrait l'arrêter et ne s'est pas sauvé, il n'imaginait pas que la police française viendrait le prendre et n'aurait jamais cru qu'il finirait en camp, pour lui, il aurait fait un peu de prison et serait libéré, il affrontait fièrement ses idées, je vous le dis car j'ai été élevée par ma grand-mère qui me l'a raconté » (Nadia Mauger, sa petite fille, à partir des souvenirs de sa grand-mère).
Conduit à la Prison maritime de Cherbourg, Charles Mauger est transféré au camp de Gaillon (Eure) le lendemain 20 septembre. Il y reçoit le matricule "25619".
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 6 mai 1942. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 6 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Mauger est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45864".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Attestation de décès par Emmanuel Michel
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Charles Mauger meurt à Auschwitz le 5 janvier 1943 d’après les registres du camp. Emmanuel MicheI, rescapé, a témoigné de sa mort dans la nuit du 4 au 5 janvier 1943, abattu par un SS, "pour refus de travail" écrit-il.
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Il a été déclaré "Mort pour la France" le 5 avril 1947.

Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) au grade fictif de soldat comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit le 8 novembre 1950.
Une cellule du PCF porta son nom à Octeville et une autre à Cherbourg. Son nom est inscrit sur le monument aux morts d'Octeville, dans le cimetière.

Sources

  • Source principale : notice d’Yves Le Floch in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, édition informatique, CD-Rom et Tome 36, page 115.
  • Fiche d’état-civil fourni par le délégué d’état-civil, juillet 1991.
  • Documents fournis par son fils Guy (15 août 1991).
  • Attestation Front National (mai 45)
  • Notification des ACVG : Appartenance à la RIF.
  • Attestation André Defrance (capitaine FFI) pour les actes de résistance (décembre 1949).
  • Attestation de décès par Emmanuel Michel (1947).
  • Recherches de Mme Renée Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971), effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales, qui ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 16 des 18 "45000" de la Manche. 
  •    "La Résistance dans la Manche" (Marcel Leclerc), Ed. La Dépêche, page 41.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen, juillet 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Archives du camp de Gaillon (DR), références in site "Mémoire Vive".
  • Registres matricules militaires.
  • Photo couleur envoi de M. Jérôme Debret (2018).
  • Autorisation de publication de photos. Nadia Mauger, sa petite fille, mars 2018.
Biographie rédigée en avril 2001 (modifiée en février 2012, 2016 et 2018) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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