Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



MANON Jean, Adolphe


Jean Manon est né le 15 janvier 1921 à Saint-Jean-Aux-Bois (Ardennes). Il habite 78 route de Briey à Audun-le-Roman (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Catherine, Félicie, Cécile Pecheux (1881-1967) et de François, Elie Manon (1884-1952). Il a 4 sœurs et frères aînés (Marie née en 1909, Léa, née en 1910, Ida née en 1913 à Hirson, Henri né en 1916 à Colombier et un cadet, Marcel né en 1924.
Il est célibataire, employé à la compagnie des Chemins de fer de l'Est, qui devient SNCF.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174)
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 

Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.

C’est dans la suite des 20 premières arrestations que Jean Manon et Léon Toussaint sont arrêtés. Tous deux sont cheminots et suspectés d’être communistes.
L'arrestation.. Témoignage de sa sœur Ida.
Supposé communiste (son frère Henri, également cheminot, est militant CGT), Jean Manon est arrêté le 22 février 1942 à Audun par des militaires allemands. 
Sa sœur Ida en a témoigné (elle a 29 ans en 1942). « J’étais ce jour là en visite chez mes parents. Il était 17 h, 17 h 30 et mon frère Jean venait de rentrer, son travail étant terminé. Un autobus dans lequel se trouvaient deux personnes d’Audun s’est arrêté devant la maison de mes parents. J’ai reconnu M. Toussaint. Deux militaires sont entrés dans la maison. L’un d’eux a demandé Jean Manon. Ma mère a dit « qu’y a-t-il ? Reviendra-t-il aujourd’hui ? Il lui a été répondu « Nix retour ». Mon frère a protesté, disant « je n’ai rien fait ».
Jean Manon et Fernand Toussaint son collègue de travail, sont écroués à la prison de Briey du 20 au 24 février, puis internés le 24 février au camp d'Ecrouves. Le 5 mars, ils transitent par la prison de Toul pour être remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci les internent le 5 mars 1942 au camp de Royallieu à Compiègne, en vue de leur déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Manon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz pourrait être le "45825" par extrapolation d'une des quatre listes par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Mais elle n'est absolument pas certaine.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dans l'hypothèse ou le matricule de Jean Manon serait le "45825", il serait mort à Auschwitz, le 12 décembre 1942, selon la même source. A la Libération l'état civil a indiqué comme date "décédé le 1er août 1942, sans autre précision". Un arrêté paru au JO de 1994 a fait inscrite la mention "mort en déportation".
Il a été déclaré "Mort pour la France" le 25 avril 1947.
Son nom figure sur le monument commémoratif d'Audun.
Une rue de la ville rappelle son souvenir.

Sources

  • Témoignage de la sœur de Jean Manon, Ida (épouse de M. Emile Shmids, maire de Félin), qui assista à l'arrestation.
  • Mairie d'Audun-le-Roman, 3 mars 1992.
  • Lettre de son neveu, M. Jean-Claude Peiffer (22 mars 1992).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Recensement de la population d'Audun le Roman, 1936.
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 


Affiche de la conférence du 5 juillet 1997
salle Pablo Picasso à Homécourt

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