Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



LONGLE René, Charles


René, Charles Longle est né le 19 août 1900 à Paris 14ème. Il est le fils de Louise Charles, 26 ans,  ménagère et de René Longle, 27 ans, employé, son époux. Ses parents habitent au 88 rue du Bois (rue Henri Barbusse) à Clichy.
Charles Longle habite 42 rue Couraye à Granville (Manche) au moment de son arrestation.
Il est ouvrier boulanger de profession à Clichy-la-Garenne (Seine / Hauts-de/Seine), où il se marie le 31 juillet 1920 avec Marie, Rose Bonnefoy. Il est père de trois ou cinq 
enfants selon les sources. 
Il est docker à Granville au moment de son arrestation.
Charles Longle est un "militant communiste actif" selon les services de police.
Il entre le 5 mai 1929, au conseil municipal de Clichy-la-Garenne sur la liste de Charles Auffray. Il ne suit pas le maire et la majorité des édiles dans la dissidence qui les oppose à la direction du Parti communiste (création du Parti d’Unité Prolétarienne). Il est considéré, en 1931, par le "Prolétaire de Clichy-Levallois" créé par Charles Auffray, comme le «chef de la fraction communiste».
Entre 1931 et 1936 Charles Longle quitte la région parisienne et s’installe à Granville.
L'Ouest Eclair du 27 avril 1936
Le 26 avril 1936, Charles Longle remplace Pierre Cadiou comme candidat du Parti communiste aux élections législatives de Mortain (il recueille 63 voix soit 0,11 % des exprimés, alors que Pierre Cadiou avait recueilli 3 % en 1935). 
En 1937 il est membre de l'Union locale CGT de Granville, dont il devient secrétaire adjoint lors du renouvellement de bureau.
Ouest Eclair 12 avril 1937
Le 11 avril 1937, à l'élection législative partielle, il est à nouveau candidat du Parti communiste (il recueille 137 voix, soit 1,14% des exprimés).
L'Humanité  7 octobre 1937
Il est à nouveau candidat du Parti Communiste pour l'élection cantonale partielle d'octobre 1937 à Granville (photo ci-contre : le typographe de L'Humanité a mal orthographié Mortain).
Résultats du premier tour à Granville,
Humanité du 16 octobre 1937
Charles Longle est astreint à résidence à Granville par le gouvernement Daladier.
Toujours membre de la section communiste de Granville en 1939, il en est le délégué permanent et travaille à la reconstitution du Parti communiste clandestin.
Troupes allemandes sur la place Foch à Granville. Coll. JM. Santier
En septembre 1940, il diffuse des tracts anti-allemands avec Léon Blouet (son adjoint), Charles Passot et Léon Lamort.
« A Granville, en mars, Louis Blouet est l'adjoint de René Longle avec qui Louis Pinson, instituteur à La Haye-Pesnel, prend contact à l'occasion d'une visite à son ancien professeur Maurice Marland qui l'encourage à la Résistance. Pour l'instant le mouvement ne se manifeste que par des tracts envoyés par la poste ». Jean Quellien.
En février et mars 1941 rejoints par Louis Pinson, instituteur à La Haye-Plenel, ils composent et ronéotent des lettres qu’ils adressent à des personnalités ou militants laïques, de gauche, avec lesquels ils avaient été en contact lors du comité antifasciste des années 35-36, « afin de les « tâter », ne sachant pas trop comment avaient évolué leurs sentiments »  écrit Louis Blouet. Contacts étaient pris sur la route Granville-Tours où Léon Blouet se rendait à bicyclette.
Charles Longle est arrêté le dimanche 22 juin 1941, en raison de son passé politique : le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (prison maritime de Cherbourg, prison de St Lô pour ceux de la Manche) ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”, le Frontstalag 122.
Avis du commissaire de police de Granville 
au sous-préfet d’Avranches concernant l’arrestation 
de trois communistes granvillais 
et de réfugiés russes par les Allemands 
(24 juin 1941) Arch. dép. Manche (1370 W 127)
« Les partis politiques ont été interdits dès le début de l’occupation et seul le parti communiste a maintenu une activité clandestine importante. Les partis collaborationnistes ont étés autorisés, soumis au contrôle allemand. 18 militants communistes résidant à Granville à la date du 27 décembre 1940 sont surveillés par le commissariat de police, et trois d’entre eux (Léon Lamort, Charles Longle et Charles Passot) sont arrêtés le 22 juin 1941 par les Allemands en même temps que cinq réfugiés russes et un Russe naturalisé. Détenus d’abord à Saint-Lô, les trois présumés communistes granvillais sont convoyés à Compiègne ». in Le Didac’doc - Service éducatif des archives départementales de la Manche - Janvier 2010. Léon Lamort est déporté le 24 janvier 1943 à Neuengamme. Il meurt le 2 février 1945 dans un Kommando travaillant pour l’avionneur Blohm et Voss.
Pour le département de la Manche, Léon Lamort, Charles Longle (45802) et Charles Passot (45951) de Granville, Alphonse Doucet (45479) et Maurice Fontaine, d’Equeurdreville, Edouard Lechevalier (45747) et Hyppolite Mesnil de Cherbourg, Julien Leterrier de Tourlaville, Gaston Launay d’Octeville, sont arrêtés dans le cadre de cette opération. La grande rafle est commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique.
Depuis Compiègne, Charles Longle va être déporté à Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Léon Blouet écrit : "la femme de Charles 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Longle à qui j'apportais à diverses reprises - en me cachant - des colis pour mes trois camarades, m'apprit un jour qu'ils avaient été déportés en Allemagne".
Charles Longle est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation de Charles Longle à Auschwitz n’est pas connu. 
Le numéro « 45802 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Charles Longle meurt à Auschwitz le 27 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 739). .
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 5 août 2008 paru au Journal Officiel du 2 septembre 2008). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé le 15 janvier 1943 à Auschwitz (Pologne). Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Et ce d'autant plus que la date exacte a été inscrite sur son acte de naissance à la mairie du 14ème le 17 août 1998 !
Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Grâce aux démarches de Léon Blouet (président de la commission départementale FFI à la Libération), résistant de Granville, Charles Longle est homologué "Déporté Résistant". 
Son nom est inscrit sur la plaque « Aux Victimes de la répression nazie », porte de l'ancienne prison détruite lors du bombardement du 6 juin 1944. Il est également gravé sur le Monument Maurice Marland et à l’Eglise Saint-Paul de Granville.

Sources
  • Témoignage de Léon Blouet, qui milita avec lui dès 1935-36, et qui repris contact avec lui dès sa propre démobilisation (début juillet 1940). Lettre du 8 décembre 1972
  • Les recherches de Mme R. Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 "45000" de la Manche.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
  • "La Résistance dans la Manche " (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Page 39.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Archives en ligne de Paris.
  • Wikimanche, résultats des élections législatives de 1936 et 1937.
Biographie rédigée en avril 2001 (actualisée en 2012, 2016, 2017 et 2018) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Aucun commentaire: