Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus. Le dernier rescapé est décédé le 30 mai 2018.

L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



LEVAUFRE Lucien


Matricule "45792" à Auschwitz

Lucien Levaufre est né le 10 octobre 1910 à Octeville (Manche), où il réside, place de l'Hôtel de Ville au moment de son arrestation.

Il est le fils de Marie, Louise, Aubin, 22 ans et de Lucien, Louis Levaufre, 23 ans, ouvrier à l'Arsenal, son mari. Ses parents habitent au 244 rue Sadi Carnot, où il est né.
Le 10 octobre 1930, à Cherbourg, il épouse Marie, Louise Briard qui habite Cherbourg au 25 place de la République. Le couple aura deux enfants.
Sortie des ouvriers de l'Arsenal
Lucien Levaufre est chaudronnier à l'Arsenal de Cherbourg (Manche).
Militant communiste. Il est révoqué en 1939 pour ses opinions politiques dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 " relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ". 

Conscrit de la classe 1930, il a effectué son service militaire à la Base aéronautique navale de Cherbourg (base d’hydravions). Il en sort première classe. Radié de l’Arsenal de Cherbourg pour ses opinions politiques, il n’est donc plus « affecté spécial » et il est mobilisé fin 1939 et affecté à la Base aéronautique navale de Cherbourg. Le 19 juin 1940 Rommel à la tête de la 7e Panzer division reçoit la reddition des troupes françaises des mains du Préfet maritime, le vice-amiral Le Bigot. Auparavant ce dernier a pris soin de commander la destruction des tous les sous-marins en cours de construction à l'arsenal et au fort de l'Est. 30.000 hommes sont faits prisonniers. 
Lucien Levaufre est fait prisonnier, comme son beau-frère, soldat au 11ème RI (le nom de Lucien Levaufre figure sur la liste des prisonniers communiquée par les autorités allemandes le 16 octobre 1940 : il est emprisonné au Frontstalag 131 à Saint-Lo. On ignore s'il en est libéré ou évadé : il est toutefois possible qu'ouvrier de l'Arsenal de Cherbourg, il ait été libéré ou "affecté" pour y travailler. Ce que l'on sait seulement, c'est que Lucien Levaufre est arrêté le 22 octobre 1941 à Octeville, comme René Fouquet, Pierre Picquenot et Lucien Siouville. Il est détenu à la Prison maritime de Cherbourg, puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
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Lucien Levaufre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45792".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau
Lucien Levaufre meurt à Auschwitz le 2 septembre 1942 d’après les registres du camp.

Son nom est honoré sur le monument commémoratif de Saint-Lô « Aux Victimes de la répression nazie » (porte de l'ancienne prison détruite lors du bombardement du 6 juin 1944). Il est également gravé sur les monuments aux morts d’Octeville-Cherbourg.

Sources

  • "La Résistance dans la Manche" (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Page 41.
  • Les recherches de Mme Renée Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 16 des 18 "45000" de la Manche.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en avril 2001, complétée en 2018, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association "Mémoire vive") juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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