Ce convoi, dit des "45000", composé d'un millier de communistes et de 50 juifs, faisait partie des mesures de terreur (exécutions et déportations d'otages) ordonnées par Hitler pour tenter de dissuader les résistants communistes de poursuivre leurs actions armées contre des officiers et des soldats allemands. Sur les 1170 déportés immatriculés à Auschwitz le 8 juillet 1942, 119 seulement sont revenus.
Après les décès d'André Montagne en mai 2017 et de Fernand Devaux en mai 2018, Richard Girardi est désormais le dernier rescapé du convoi.
L’histoire de ce convoi singulier dont les premières recherches furent initiées en 1970 par Roger Arnould, déporté à Buchenwald et auteur de plusieurs ouvrages édités par la FNDIRP, a fait l'objet d'une thèse de doctorat d’Histoire soutenue par Claudine Cardon-Hamet en 1995 et de deux livres parus en 1997 et 2005.



KINSBOURG Roger Alexandre


Matricule 46287 à Auschwitz


Roger Kinsbourg est né le 22 août 1890 au 24 place de l'Eglise à Remiremont (Vosges). 
Il est le fils d'Aline Weil, 24 ans et d'Anatole, David Kinsbourg, 32 ans, son époux. Son père né 1858, est docteur en médecine et ancien conseiller municipal.
Roger Kinsbourg habite à Chenôve (Côte d'Or) au moment de son arrestation. Il y est agent général d'assurances. 
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Paris 9ème au moment du conseil de révision et qu’il travaille comme commis d’exportation. 
Il mesure 1m 66, a les cheveux noirs et les yeux bleus clairs, le front et le nez moyens, et le visage long. Il a un niveau d’instruction « n°5 » pour l’armée (il est bachelier et licencié es lettres).
Conscrit de la classe 1910, Roger Kinsbourg est appelé au service militaire le 1er octobre 1911. Il est affecté au 149ème régiment d’infanterie où il arrive le 10 du mois. Il passe au 170ème régiment d’infanterie le 15 avril 1913. Il « passe dans la disponibilité » le 8 novembre 1913.
Lorsqu’est décrétée la mobilisation générale du 1er août 1914, il est mobilisé jusqu’à la fin de la guerre. Il fait partie des trois classes d’appelés qui resteront le plus longtemps sous les drapeaux (5 ans et 9 mois). Roger Kinsbourg arrive au 170ème régiment d’infanterie le 2 août 1914 qui monte au front. Il est blessé par un éclat d’obus le 27 avril 1916 à Verdun-Douaumont. Evacué et hospitalisé, il ne reviendra au dépôt du régiment que le 15 juin 1916. Il passe au 8ème escadron du Train le 16 octobre 1916 et il est « affecté TM 582 » (affecté au Transport de Matériel, unité 582, en général composée d’une vingtaine de soldats, 4 sous-officiers et un officier) aux armées. il est par la suite affecté au QG de la 18ème Division d'infanterie. Entre le 14 janvier 1917 et le 13 janvier 1918,  il passe successivement à la section auto du « TM 420 » rattaché au 8ème escadron du Train, puis « TP 560 », au « TM 566, au « TM 868 ». Il a aussi été affecté au groupe d'Artillerie à grande portée (ALGP) n° 60.
Roger Kinsbourg est démobilisé le 19 janvier 1919. 
Il épouse Hélène Levy, 23 ans, le 24 juin 1920 à Strasbourg (Haut-Rhin). Après leur divorce, elle épousera Joseph Gourneau. Elle est décédée le 21 septembre 1989 à Neuilly-sur-Seine à l’âge de 91 ans. Le couple a une fille, Huguette, qui naît le 14 février 1925 (elle épouse Jean-Pierre Vireton. Elle est décédée en 2005).
Aux élections municipales de 1929, Roger Kinsbourg est élu conseiller municipal de Metz (Moselle).
On trouve trace au Journal officiel du 27 mai 1932, d'une médaille de bronze "pour services rendus aux œuvres de prévoyance". En 1932, il fait une causerie à l'entracte d'un concert de la musique du 146è RI, intitulée "Metz et le sport hippique" (concert et causerie radiodiffusés par la TSF de Strasbourg. In L'Echo d'Alger du 30 juin 1932). 
Roger Kinsbourg, très marqué par la guerre, est vice-président du Souvenir Français de Moselle. A ce titre, et également comme conseiller municipal, il est présent lors de l'inauguration par le président Albert Lebrun du Canal des Mines de Fer de Moselle, le 14 août 1932.
Il aurait été adjoint au maire de Metz selon Gabriel Lejard (information non vérifiée : les archives électorales des élections municipales de 1935 ont disparu). 
Son mariage d'avec Hélène Lévy est dissous par arrêt de divorce rendu le 10/2/1931 par la Cour d'Appel de Colmar.
Le 8 février 1933, il épouse Alice, Gertrude, Louise Weiss, à Spada (Meuse), en secondes noces.
Son père décède le 4 janvier 1937 à Remiremont.

En octobre 1938, Roger Kinsbourg effectue une période militaire d’une dizaine de jours au 66ème bataillon régional. Il est classé sans affectation militaire en mars 1939. On sait que les classes 1909, 1910 et 1911 ont été appelées lors de la mobilisation générale, mais libérées très tôt. Son registre matricule militaire n’en fait toutefois pas état, mais par contre, il y est inscrit qu’il est dégagé de toute obligation militaire le 25 juin 1940.
En 1938, le couple a quitté la Moselle et habite au 7 rue Charles Poisot à Chenôve (Côte d'Or).
Roger Kinsbourg est arrêté le 2 août 1941 par la police allemande.
Il est interné au camp allemand de Compiègne, le Frontstalag 122, dans le camp des prisonniers politiques (Gabriel Lejard).

De nombreuses interventions ont lieu en faveur de sa libération, mais en vain (le Maire de Chenôve, le directeur de cabinet du Maréchal Pétain sollicité par la mère de Roger Roger Kinsbourg, l’ambassadeur de France De Brinon, délégué général du gouvernement Français dans les territoires occupés) : mais le Préfet a annoté en rouge qu’une enquête est prescrite et que l’intéressé est "israélite". 
Le commissaire de police écrit « Mr le Feldkommandant ayant été informé de ce que R. Kinsbourg se livrait à une activité communiste assez intense, fit effectuer une perquisition au cours de laquelle il fut découvert plusieurs tracts communistes qui motivèrent son arrestation immédiate et son internement à Compiègne». Selon Gabriel Lejard, il avait trouvé dans sa boîte à lettres des tracts antinazis. « Comme il aimait plaisanter, il les montrait à tout le monde ». 
Mais son nom figure bien sur la liste des Juifs du convoi du 6 juillet 1942, ce qui signifie que c'est bien comme otage Juif, qu'il est déporté.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Roger Kinsbourg est déporté à Auschwitz comme otage Juif dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages Juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46287".
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
A l'arrivée à Auschwitz, il est parmi les plus battus. « Il avait du sang partout » raconte Gabriel Lejard. D’après son témoignage, il meurt 3 jours après l’arrivée.
« Il m’a dit, Gaby, je suis foutu, si tu rentres, tu diras comment ils m'ont arrangé ». 

Roger Kinsbourg meurt à Auschwitz le 27 juillet 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1954. Son nom est inscrit sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah à Paris, ainsi que sur la plaque commémorative sise au 5 rue de la Synagogue à Dijon. Il est également gravé sur le monument aux morts de Chenôve.

Sources

  • Récits enregistrés en 1988 et écrits de Gabriel Lejard.
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943. Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives en ligne des Vosges.
  • Kinsbourg Genealogy and Kinsbourg Family History Information @ Geni
  • © Registres matricules militaires des Vosges.
  • © Memorial Genweb
Biographie rédigée en février 1998, complété en 2015 et avril 2106 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Aucun commentaire: